Valls… a mis le temps

Sujet sensible et électoralement volcanique, la santé ne sera pas l’objet de réformes en profondeur. La gestion soporifique de Marisol Touraine fera l’affaire jusqu’en 2017.

Lire : Touraine en mode mineur

Tourne à gauche, tourne à droite

La photo de famille du 2ème gouvernement Hollande montre des sourires figés. Une équipe reconduite presque dans la même configuration aurait pu incliner un moment à penser à un canular. Mais les deux sortants et les deux entrants dans l’équipe du "jeune homme pressé" confirment au contraire le savant calcul du président sur la suite des opérations.
La Lettre de GaliléeLe départ de Moscovici était attendu. C’est ce que, en telle circonstance, les intéressés racontent toujours, après coup. Il est vrai que Bercy abritait un peu trop de ministres et que locaux, bureaux avec vue sur la Seine, secrétaires et vedettes fluviales faisaient l’objet, pendant les récréations budgétaires, de batailles de chiffonniers.
La nouvelle équipe est plus resserrée mais, entre un Montebourg, anti-européen, mal vu des Allemands, et un Sapin taillé dans le bois inflammable du keynésianisme, les couacs risquent de ressurgir. Quoique, les couacs, ont parfois des vertus pédagogiques.
Le départ de Peillon est plus complexe. Comme le souligne l’Express, le ministre, au moins, n’aura pas mis les lycéens dans la rue. La réforme des rythmes scolaires, plutôt plan-plan, a surtout hérissé les maires auxquels Hollande aura donné un moratoire d’un an.
Quant aux deux entrants, no coment : un fidèle des fidèles, le maire de Dijon et « l’ex » qui retrouve le maroquin qu’elle avait sous Mitterrand. En dédommagement de quelque ancien tweet assassin ?

La Lettre de GaliléeLe président Hollande a donc son Valls, comme Mitterrand a eu son Rocard, Pompidou son Chaban-Delmas, Giscard son Chirac, Chirac son Jospin… un homme qui se retrouve à la tête d’une équipe dont la constitution lui a échappé, chargé maintenant de conduire le pacte de responsabilité en même temps que la reconquête d’un électorat perdu. Un coup à gauche, un coup à droite, selon l’analyse de la situation que fera le président.

C’est ce qu'explique Guy Carcassonne au Figaro et ce qu'analysent les journalistes politiques de France Info :

« Comme l’a déjà démontré Peltzman (1976), pour obtenir un soutien politique –renvoi d’ascenseur lors des prochaines élections il faut :

  • Redistribuer à destination de bénéficiaires en nombre limité, afin qu’ils soient plus sensibles,
  • Faire financer la relance par le plus grand nombre pour étaler le coût et mieux « le faire passer »,
  • S’adresser de préférence à sa « clientèle captive » son électorat de prédilection : ici les bas salaires qui votent plutôt à gauche »

Les réformes ne sont pas pour tout de suite tant que l’œil du gouvernement restera rivé sur le baromètre électoral.

Reportés sine die

Pour impopulaires qu’ils fussent, Hollande et Ayrault auraient pu mettre le paquet dès leur arrivée car la dégringolade dans les sondages de popularité n’a pas mis trois mois et le terrain électoral était désertique pendant 2 ans. L’équation est aujourd’hui plus compliquée car après la claque aux municipales, le plat froid risque de repasser aux Européennes dans deux mois, et dans un an pour les cantonales et les régionales. Pourtant, l’intention y était, mais la gestion, trop pépère et tranquille du premier ministre Jean-Marc Ayrault, a manqué de pugnacité. Comme quoi, quand on rate le coche... Faute de s'appuyer sur une majorité solide, le premier ministre créait des comités trucmuches, histoire de sonder les réactions, et passait son temps à réparer les couacs de ses élèves turbulents (il était prof à l'origine). Le gouvernement, disait un membre du PS, "c'est le congrès qui dure 5 ans".

Les quelques dossiers que nous lègue le premier ministre déchu contiennent néanmoins la plupart des solutions aux grandes misères de notre système de santé.
A commencer par le conseil d'analyse économique qui, dans une note remise au premier ministre le 6 mars 2014, préconise des solutions radicales : "En finir avec un système mixte d'assurance maladie en organisant un financement des soins unifié sur un mode public décentralisé ou sous la forme d'une concurrence régulée entre caisses d'assurance". En d'autres termes, il s'agit de choisir entre un système anglais qui, selon les auteurs de la note, donne satisfaction... aux Anglais, et un système allemand, très proche des fondements de notre propre système, qui a réussi à dégager un excédent équivalent à ce que nous avons constaté... en déficit.

Mis en place par Jean-Marc Ayrault lui-même dès l'automne 2012, le haut conseil pour le financement de la protection sociale (HCFi-PS) laisse aussi quelques kilos de réflexions et d'analyses sur la situation financière de la vieille dame. Dans le pacte de responsabilité, la question des cotisations familiales est sur la sellette, comme Sarkozy l'avait maladroitement abordée avec la TVA sociale que les socialistes reprennent à leur compte avec une sémantique de camouflage.

Le HCFi-PS, comme le HCAAM, ont échafaudé des scenarii audacieux, sur lesquels aucun membre du gouvernement n'a communiqué, encore moins la ministre de la santé elle-même dont on aurait pu penser qu'elle en saisirait la portée.

Le gros morceau, après le tour de passe-passe sur la retraite, reste la refonte des assises financières de l'assurance maladie. Le HCFi-PS, comme le haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM), ont échafaudé des scenarii audacieux, sur lesquels aucun membre du gouvernement n'a communiqué, encore moins la ministre de la santé elle-même dont on aurait pu penser qu'elle en saisirait la portée.

Soporifique

A u lieu de recourir à un discours de raison sur la nécessaire réforme de l'assurance maladie, Marisol Touraine, quand elle ne fait pas référence à la gestion désastreuse de ses prédécesseurs (lui a-t-on seulement dit que la campagne présidentielle était terminée ?) s'est lancée dans une campagne de communication sur la stratégie nationale de santé dont la caractéristique essentielle est de ronronner sur des slogans rancis. Car enfin, directement inspiré du "comité des 7 sages" dont le rapport ne nous avait pas particulièrement séduits, la stratégie nationale de santé s'attaque à des moulins à vents.

Lire : Touraine en mode mineur

Reprenons. La lutte contre les inégalités d'accès aux soins fait fi des travaux les plus sérieux sur les inégalités sociales. Laisser croire qu'on peut réduire les secondes en limitant les premières est un leurre.

A quel moment les initiatives prises par des médecins libéraux sont-elles montrées sur le site web du ministère de la santé comme des exemples à diffuser  ?

Le discours récurrent sur les déserts médicaux concerne 6% de la population (voir en particulier les travaux de la DREES) car depuis plusieurs années et pour quelques décennies encore, 95% des Français sont à moins de 15 minutes d'un médecin. A quel moment les initiatives prises par des médecins libéraux, souvent sans l'aide des ARS, sont-elles montrées sur le site web du ministère de la santé comme des exemples à diffuser  ?

 

Lire : La révolution du premier recours

On s'étonne aussi que le document en ligne sur le site du ministère ne consacre que 15 lignes à la situation financière alors que le problème majeur de notre système de santé se situe bien au-delà d'une maîtrise d'un ONDAM de toute façon inadapté aux enjeux.
Pour quelle raison enfin la ministre s'obstine-t-elle à exacerber le renforcement d'une démocratie sanitaire alors qu'en généralisant la complémentaire santé, la démocratie sociale revient sur le devant de la scène ?

Il nous paraît en fait que le maintien de Marisol Touraine dans le gouvernement II de Hollande réponde à une stratégie dans laquelle celle-ci excelle depuis deux années : parler pour ne rien dire. Ne rien faire bouger, ne provoquer aucune vague, tant il est vrai que l'histoire nous enseigne que les grandes réformes du système de santé ont provoqué de brutales alternances.

Crédits photo : Élysée, Parti Socialiste.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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