Tag archives : santé 2.0

Et si les « déserts médicaux » étaient un mirage ?

Si le territoire est aux confluences d’enjeux politiques parfois contradictoires, c’est certainement que la notion de territoire partage la même étymologie que celle de « terreur« . Mais l’actualité de la santé en France revient tellement sur le concept de « désert médical » qu’il convient de s’y arrêter quelques instants. A l’origine de cette expression, certainement l’ouvrage d’un géographe en 1947 qui marquera les scénarios d’aménagement du territoire successifs : « Paris et le désert français ». Il ne s’agissait pas encore d’un désert médical mais bien de territoires où la population n’avait pas les mêmes chances : l’objectif de l’aménagement du territoire est de combler ces « déserts » dans l’esprit volontariste de la IIIème République et des Droits de l’Homme. Question : alors que les politiques qui cherchaient des services publics de proximité n’ont pas réussi (suite…)

Patient sur Net pas net

Fortement connecté grâce aux nouvelles technologies de communication (les « NTIC »), le patient d’aujourd’hui se soucie davantage de son bien-être et de sa santé.  Selon un sondage TNS Sofres d’avril 2013, 49% des Français ont déjà utilisé Internet pour rechercher des informations médicales ou relatives à la santé. Le patient est dorénavant un véritable acteur de sa santé. Cette évolution du malade souffrant au patient branché, interconnecté, est-elle aussi nette qu’on le dit ? 

Paradoxalement, dire d’un patient qu’il est « acteur » de sa santé est un non-sens étymologique : à l’origine, le mot patient, vient du latin patior qui signifie endurer, supporter, se résigner. Le mot d’emblée sous-entend une notion de soumission. Et avant l’émergence du mot « patient », on parlait de « malade ». Si aujourd’hui, la crainte du patient s’est démystifiée, si le malade déchiffre par lui-même un certain nombre de données le concernant, néanmoins, comme le rappelle Mircea Eliade dans son célèbre ouvrage le Sacré et le profane, « l’homme se fait lui-même, et il n’arrive à se faire complètement que dans la mesure où il se désacralise et désacralise le monde. Le sacré est l’obstacle par excellence de sa liberté. Il ne deviendra lui-même qu’au moment où il sera radicalement démystifié. Il ne sera vraiment libre qu’au moment où il aura tué le dernier dieu. (…) Mais l’homme moderne qui se sent et se prétend areligieux dispose encore de toute une mythologie camouflée et de nombreux ritualismes dégradés. » Les choses pour le patient 2.0 ont-elles réellement changées ? La relation avec la maladie est-elle nouvelle ? Réinventée ? Le patient est-il vraiment prêt à tuer le dernier médecin ?

Du malade au patient

La relation singulière entre médecin et patient s’instaure sur ce rapport de force. La maladie s’inscrit avant tout comme un état anormal : dans les sociétés primitives, l’homme malade est celui qui ne peut agir normalement au sein de la communauté. Il doit guérir pour réintégrer la société. Cette maladie est assimilée à une punition, un châtiment pour s’être écarté de la loi.

La souffrance, trajectoire de l’homme

De Lucrèce et son traité sur la nature à Montaigne, la souffrance de l’homme est perçue comme un mal infligé par les lois naturelles. Les maladies et les souffrances qu’elles engendrent sont liées à notre nature humaine et à notre environnement. L’homme fait partie d’un tout et se trouve ainsi soumis aux caprices de la nature. Au XIIIème siècle, les réflexions du dominicain Maître Eckhart, connu pour avoir écrit un traité intitulé Du détachement, sont symptomatiques d’une souffrance qui se conçoit comme naturelle, inéluctable. Même, la souffrance est une voie d’accès au détachement et à la connaissance de soi et de Dieu.

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La Bataille des Centaures et des Lapithes par Piero di Cosimo (1462-1522). Les Lapithes, punis par les dieux, furent condamnés à subir un châtiment au Tartare. Le peintre retrace souvent dans ses oeuvres les civilisations primitives et leur rapport aux lois naturelles et divines. 

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Cette résignation à une nature inintelligible, presque hostile, soumet l’homme aux lois naturelles. La nature, ordonnée divinement, absorbe tous les vivants de leur naissance à leur mort. Et la maladie fait partie de cette nature : il vaut mieux s’y soumettre que de la contrarier. Montaigne, dont on connaît sa « dispathie naturelle à la médecine » selon ses propres mots, prétend même que le refus de la médecine participe de cette soumission à la nature. C’est pour cela que l’humaniste modifie en rien ses habitudes lorsqu’il est malade : « C’est une précieuse chose que la santé (…). J’ai été assez souvent malade : j’ai trouvé sans secours , mes maladies aussi douces à supporter (et en ai essayé quasi de toutes les sortes) et aussi courtes, qu’à nul autre : et si n’y ai point mêlé l’amertume de leurs ordonnances. La santé, je l’ai libre et entière, sans règle, et sans autre discipline, que de ma coutume et de mon plaisir. Tout lieu m’est bon à m’arrêter : car il ne me faut autres commodités étant malade, que celles qu’il me faut étant sain. «  (Essais de 1595). Lire la suite…

Et si la vraie démocratie sanitaire était virtuelle ?

Le 27 février dernier, j’ai assisté à un forum organisé par l’Agence Régionale de Santé d’une grande richesse sur l’aménagement urbain et la santé en l’Ile-de-France. Au-delà des échanges nourris et instructifs, ce colloque m’a inspiré quelques digressions sur la démocratie sanitaire. Un grand merci à Giovanna Marsico, fondatrice de la plateforme collaborative Cancer Contribution, pour sa relecture, ses conseils et ses liens bien utiles ! L’émergence de la démocratie sanitaire dans les années 90 participe d’un changement de paradigme qui tend à substituer à la conception d’un soin où le patient reste étymologiquement passif. Le terme patient vient du latin patior qui signifie souffrance. Le mot patient partage donc la même racine latine que les termes passion, patience, passif, etc. Une représentation de la santé où l’usager est, au contraire, (suite…)

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