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Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur

France Stratégie, l’ex Commissariat général du Plan, vient de publier une note d’analyse sur les dynamiques et inégalités territoriales en France. Les auteurs, Clément Dherbecourt et Boris Le Hir, posent la question : « doit-on fixer un panier de services minimaux garanti par l’État sur tout le territoire ? Doit-on fixer un objectif opposable d’égal accès aux services minimaux, prenant en compte les écarts d’accessibilité ? » Face au constat de métropolisation grandissante et d’accumulation des activités dans les zones urbaines denses, doit-on encore s’acharner à lutter contre les déserts médicaux ?

L’économie d’agglomération

Reprenant les chiffres de l’OCDE, le rapport de France Stratégie souligne le constat de métropolisation générale de la démographie française. Les grandes aires urbaines françaises bénéficient d’une forte démographie et capte l’essentiel de l’activité. Ainsi, « les quinze aires urbaines de plus de 500 000 habitants que compte la France rassemblent aujourd’hui 40 % de la population et 55 % de la masse salariale. Elles représentent aussi plus de 50 % de l’activité économique et le PIB par habitant est en moyenne 50 % plus élevé dans les métropoles que dans le reste du pays. »
Selon un rapport de l’observatoire de l’économie et des institutions locales de novembre 2015, ces métropoles ont généré entre 2007 et 2014 plus de 70 % des créations nettes d’emplois privés.

Lire : Santé à deux vitesses, la France coupée en deux ?

La réussite des métropoles provient aussi de purs effets de rendements. Il existe un lien entre gain de productivité et densité : la différence de productivité entre les villes les plus denses et les moins denses serait d’environ 10 %. Lire la suite…

Une partie du tout

Éditorial de la 368 Barkhane, Chammal et Sentinelle. Ce sont trois noms qui résonnent mal dans la liesse de l’Euro. Malgré l’euphorie générale et les cadeaux fiscaux, la France est en guerre. D’aucuns redoutent même une guerre civile. Pourtant, le Gouvernement s’ingénue à divertir l’opinion pour éviter qu’elle ne désespère de trop et à lui murmurer que tout va s’arranger. Et quand il a du mal à y croire, le Français croule sous les cadeaux… en plein été. François Hollande a annoncé un geste fiscal de 2 Md€. A un an des présidentielles, l’État ouvre les vannes. Calcul électoral ? Quand il n’y a pas d’idées novatrices pour faire adhérer le vote des électeurs, on redouble de largesses. Le débat d’orientation sur les finances publiques a eu lieu ce jeudi 7 juillet. Il a (suite…)

Santé à deux vitesses : la France coupée en deux ?

Le spectre de la « désertification médicale » -le sujet tarte-à-la-crème du JT de 13h- plane sur nos campagnes françaises, au profit d’une métropolisation concentrant l’essentiel de l’offre de soins. Deux études reviennent sur cette opposition entre des métropoles dynamiques et une France « périphérique », enclavée et sinistrée. La première est une note, intitulée La nouvelle question territoriale, issue des travaux de Laurent Davezies et Thierry Pech du think-tank Terra Nova. L’autre est un livre, paru également à la rentrée dernière, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, de Christophe Guilluy. Les deux travaux, par des chemins différents, proposent une vision, très binaire, très parisienne (et donc partielle !) des dynamiques territoriales françaises. A l’heure où les réformes territoriales redessinent les frontières politiques et culturelles des collectivités territoriales, les auteurs amènent de l’eau au moulin d’une France coupée en deux et d’une santé à deux vitesses.

Le territoire a fait récemment son apparition dans les discours et dans les politiques de santé publique. À l’origine, le territoire, c’est la projection d’un pouvoir administratif sur un espace donné. L’Empire Romain définit ainsi des territoires juridiques et politiques autour des centralités de pouvoir. Mais en projetant ainsi une représentation politique sur un espace, le pouvoir projette également souvent sa propre vision et ses propres fantasmes.

La France a cela de particulier que son jacobinisme a organisé le territoire autour de Paris. C’est Jean-François Gravier, en 1947, à l’heure où la France s’interroge sur son empire colonial, qui déplore cette situation dans son ouvrage devenu célèbre, « Paris et le désert français« . L’amorce de la décolonisation en Indochine ou en Algérie interroge l’intérieur même de l’hexagone et sonne l’ère de la repentance. La gloire des colonies s’émousse jusqu’au point de culpabiliser le « colonialisme » parisien. Dans son ouvrage, Gravier critique les disparités historiques entre Paris et la province, mais également les inégalités interrégionales entre les territoires des bassins industriels du Nord et de l’Est et ceux du Sud et de l’Ouest, plus attirés par un Paris « tentaculaire ». Et quand on lit Laurent Davezies et Thierry Puech, rien n’a bien changé. Le verbiage est plus technique, mais le constat est le même; porté par une culpabilité toute parisienne.

Lire : Faut-il s'entêter à peupler nos déserts médicaux ?

Laurent Davezies et Thierry Pech défendent ainsi l’idée selon laquelle on assiste à une recomposition des régions françaises. Pour faire simple, au travers d’une analyse statistique prospective des chiffres de l’INSEE, les auteurs appliquent le modèle d’étude qui a fait émerger les régions industrielles et tentent de l’appliquer à l’émergence actuelle d’une nouvelle économie « immatérielle ». Parallèlement, il est intéressant d’observer que les tendances recueillies par le Conseil nationale de l’Ordre des médecins (CNOM) dans son 8ème Atlas de la démographie médicale sont quasi identiques. Le phénomène de métropolisation accélère depuis quelques dizaines d’années la différenciation entre les départements où se situent les plus grands centres urbains concentrant l’essentiel de l’offre de soins (hospitaliers et ambulatoires, somatiques et psychiques, médicaux et paramédicaux) et tous les autres où elle se raréfie relativement.

Y’a-t-il une vie hors des métropoles ?

Ainsi, reprenant la courbe de Williamson, les auteurs de « la nouvelle question territoriale« , insistent sur la mutation de la répartition de l’activité et des richesses, constatant depuis les années 80, un déclin de l’économie industrielle au profit d’une industrie « immatérielle » davantage concentrée dans les pôles urbains. « On assiste ainsi en plus d’une trentaine d’années à l’élargissement continu d’un effet de ciseau entre la contribution des territoires à la croissance nationale et leur part dans la distribution du revenu« . L’accroissement des inégalités interrégionales concernant la production de richesse est de fait porté par le déclin des régions industrielles et la concentration dans les métropoles des secteurs de pointe : en dehors de l’Ile-de-France, seules les métropoles de Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes et Rennes ont connu une augmentation de leur contribution à la production nationale. Grosso modo, il s’agit d’une redistribution des cartes : « ce ne sont pas les gisements miniers qui font la géographie économique, mais les accumulations de matière grise. L’équilibre territorial est alors doublement menacé d’un côté par le déclin des régions industrielles qui avaient été les grandes gagnantes du cycle antérieur, et de l’autre par les nouveaux avantages comparatifs des « régions métropolitaines » tels que les définit la « Nouvelle Géographie Economique » derrière des auteurs comme Paul Krugman. » Et de conclure : « ces données, mais aussi l’analyse des mécanismes à l’œuvre, permettent néanmoins de prévoir un durcissement général des inégalités territoriales dans un futur proche. »

Lire : Piketti, Pisani et le Pape

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