Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Préservatif remboursé : la Sécu aurait-elle les bourses trop pleines ?

Préservatif remboursé : la Sécu aurait-elle les bourses trop pleines ?

Éditorial de la 461ème

Face à la vindicte populaire, Marie-Antoinette aurait conseillé de manger de la brioche. Agnès Buzyn, elle, nous donne des capotes.

Seuls quelques historiens et aristocrates de tous poils clabaudaient sur cette calomnie colportée par la Révolution. Depuis que François Ruffin a eu l'indélicatesse de comparer Emmanuel Macron face à ses gilets jaunes à notre dernière reine de France, tout le monde sait dorénavant que l'adage populaire est faux. Alors quand les grands médias de gauche se mettent à défendre la mémoire des Rois de l'Ancien Régime, l'heure est grave...

Revenons tout de même à cette information que l'on aurait pu croire tirée du Gorafi : la commercialisation, juste avant Noël, du premier préservatif remboursable sur prescription médicale. Tout juste le temps de filer chez son généraliste (25€) pour remplir les chaussettes de Noël au coin de la cheminée et faire plaisir à toute la famille.

C'est donc une première : à quelques jours de la journée mondiale de lutte contre le sida, la société Majorelle, présidée par Guillaume El Glaoui, a obtenu en juin dernier pour son préservatif EDEN un avis favorable de la commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS). Pourtant, peut-on lire sur la fiche, par rapport aux autres préservatifs vendus : aucun service médical supérieur. "Aucune étude spécifique aux préservatifs EDEN n’a été fournie". "Il serait souhaitable que des données permettant de mesurer l’impact sur la santé publique de la prise en charge par l’Assurance maladie des préservatifs soient disponibles lors du renouvellement d’inscription." Pour autant, l'avis conclut qu'"au vu de ces éléments, malgré l’absence de données spécifiques, la commission estime que le préservatif EDEN a un intérêt." Comprenne donc qui pourra.

Avec un marché estimé à "2 millions de couples hétérosexuels et homosexuels", c'est Majorelle qui se frotte les mains. Ce "laboratoire citoyen", comme il se définit sur son site, est issu de la fusion de laboratoires spécialisés dans la gynécologie et l’urologie (Codépharma, Akontis et Duo-Ge). Il s'est lancé dès 2012 dans la commercialisation de pilules de deuxième génération. En juin 2015, le laboratoire commercialise Vitaros, la première crème alternative au Viagra. "Majorelle exploite et valorise les molécules dont le brevet a expiré, en particulier dans l’urologie et la gynécologie. Son savoir-faire est de reprendre le développement de traitements afin de les rendre plus faciles à prendre, donc mieux suivis par les patients. À des prix compétitifs car les molécules ne sont plus protégées." lit-on dans un article de l'Usine Nouvelle.

Le sida reste encore une épidémie active comme le note Éric Favereau dans Libé. "Une épidémie de sida qui bafouille et des données qui manquent. (...) Il aurait pourtant été utile de savoir si le nombre de nouvelles contaminations en France baisse enfin de façon significative. Mais voilà, l’agence Santé publique France n’était pas en état de donner des résultats complets pour 2017, ce qui est un brin problématique pour nos responsables, censés conduire des politiques publiques."

Néanmoins, dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié ce mardi, malgré l'émergence de nouveaux outils de prévention comme les autotests, mais surtout avec la Prep (Prophylaxie pré-exposition) ou le Tasp (Traitement d’une personne séropositive comme prévention), l'épidémie gagne encore du terrain. En France, 3 000 contaminations chez les gays par an et particulièrement chez les seniors : en 2016, 20% des découvertes de contamination concernent les plus de 50 ans.

Si le sida reste une épidémie préoccupante et que la prévention se doit d'être renforcée auprès des publics les plus à risque, si le préservatif EDEN est remboursé, pourquoi pas tous les autres ? On est loin de la vaste opération de la capote à 1 franc de Philippe Douste-Blazy.

Pendant ce temps, comme le note Hayat Gazzane dans le Figaro, le reste à charge pour les patients pour certains médicaments risque d'augmenter : en effet, pour limiter la diminution des marges due à la baisse du prix des médicaments, une réforme a instauré un honoraire de dispensation pour les pharmaciens. Problème : quand les médicaments sont pris en charge à 15% ou 30% par la Sécu, les complémentaires qui ne prennent pas en charge ces médicaments ont décidé de ne pas non plus prendre en charge leur part des honoraires de dispensation. Autrement dit, les 30% des honoraires du pharmacien que la mutuelle devait payer resteront à la charge des patients. «Ces patients verront leur reste à charge augmenter dès l'an prochain avec la hausse des honoraires prévus par la réforme. C'est d'autant plus scandaleux que les mutuelles bénéficient de la baisse générale des prix sur les autres médicaments», dénonce la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).

Morale de l'histoire, gilet jaune ou pas, sortez couverts !

Crédits photos : telomi

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer