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La Lettre de Galilée

Pour ne pas gâcher la belle idée des maisons de santé

Au-delà des réactions, finalement assez convenues, entendues à la porte du Tapis Rouge où avait lieu vendredi le premier tour des États généraux de l’organisation de la santé (ÉgéOS), il ne restera sans doute qu’une seule idée de cet exercice de démocratie participative : Maisons de santé pluridisciplinaires !
Le concept n’est pas nouveau et, au risque d’irriter les thuriféraires de la formule, il n’est pas abusif d’évoquer à leur propos les mânes de la médecine de groupe, à ses tout-débuts, dans les années ... cinquante, à l’époque portés dans l’Ouest de la France, par le christianisme social. Sablé, ville de la Sarthe, conjugue d’ailleurs assez bien ce télescopage de l’histoire pour être celle dont François Fillon, actuel premier ministre, est le maire et celle qui a hébergé, en 1956, le premier cabinet médical « communautaire ».
Entre temps, les Centres de Santé intégrés, figurant au programme de santé socialiste de 1981 –inspirés des CLSC québécois (Centres locaux de services communautaires)– ont fini par sombrer dans l’utopie expérimentale du « grand soir » ... A chaque génération politique son projet professionnel pour la santé. L’utopie contemporaine s’appelle donc « Maison de santé pluridisciplinaire » et ... elle n’est pas vraiment utopique ! Car les exemples opérationnels sont déjà nombreux. Le récent rapport Julhiard, rédigé par un avisé sénateur auvergnat, en a réalisé un inventaire et un panégyrique l’un et l’autre opportuns. Aux récentes rencontres de la HAS (Haute autorité de santé) l’expérience des pionniers a trouvé sa caisse de résonance. Et des publications institutionnelles comme le Journal du Sénat contribuent à leur promotion.
Ces expériences ont été largement initiées par des militants de MG-France en région rhône-alpine mais d’autres, proches de la CSMF, mènent des histoires parallèles sous d’autre cieux comme en Aquitaine ; tandis que la FMF elle-même, avec son projet de « pôles de santé multidisciplinaires » en Bretagne n’est finalement pas si éloignée... Au diable, la sémantique puisque quel qu’en soit l’intitulé, l’idée de ces maisons s’impose littéralement auprès des jeunes générations comme en atteste une enquête du Quotidien du Médecin à paraître demain, mercredi.

100 maisons de santé seront donc subventionnées par la Loi promise pour septembre à hauteur de 50 000 Euros selon ce qu’en a dit Mme Bachelot au quotidien Le Monde. Les esprits chagrins mettront ce chiffre en perspective avec les 500 maisons promises par Ségolène Royal qui, elle, n’avait pas, dans son programme officiel, envisagé de financement d’« amorçage ».
Dont acte. Reste à discuter des modalités car en l’espèce, « le diable se cache toujours dans les détails ». L’avenant 20 qui prévoyait déjà, par voie conventionnelle, de contribuer à la solution des déserts médicaux à coups d’avantages en nature, est largement demeuré inopérant, justement par méconnaissance des détails. A notre connaissance, seule la région Nord-Pas de Calais en a tiré partiellement parti ; son URCAM est, en tout cas la seule à avouer la modestie de son engagement et de ses résultats.

L’explication en est toute simple : n’étaient admis à postuler au subventionnement que les cabinets de groupe, créés ou à créer, à l’œuvre... sous un même toit. Grave erreur qui s’explique par des raisons purement comptables et nul ne peut valablement reprocher à la Cnamts d’avoir pris garde de réguler progressivement l’accès au dispositif. Mais grave erreur parce que le problème est moins aujourd’hui celui d’un toit commun que de la pluridisciplinarité nécessaire. L’isolement géographique pourra certes s’avérer pesant au jeune généraliste tenté par une aventure rurale. Mais pourquoi imposer un groupe –c’est à dire deux médecins au minimum– en un endroit que rebute une seule vocation... Un canton isolé n’est pas forcément en mesure de nourrir deux médecins ! Par contre un médecin associé à une infirmière pourraient y travailler utilement au maintien à domicile de populations souvent âgées, au bénéfice de la collectivité et des finances sociales.

L’excès de prudence de la caisse a finalement coupé les ailes d’une idée a priori généreuse et intelligente. Il faudra éviter le même écueil pour les futures Maisons de santé. Elles sont a priori mieux nées.

Mais pourquoi ne pas aller franchement au-delà. Et affirmer d’ores et déjà que la maison de santé « virtuelle » a aussi un bel avenir. On a beaucoup dit des réseaux qu’ils étaient –potentiellement– des « établissements sans murs » ; où les praticiens étaient d’abord en contact par TIC. A l’heure de la télémédecine, le contact physique de deux consultants attelés à un même diagnostic n’est pas impératif s’ils peuvent échanger par internet.
Le besoin des maisons multidisciplinaires n’est pas seulement patent en médecine de premier recours même si c’est en médecine générale qu’il est le plus criant. Et on peut parfaitement imaginer les mêmes pôles de référence, en gérontologie, médecine interne, à base de SEL (système d’échanges locaux)  multidisciplinaires et ... multi-sites.
Une consultation de cardiologie, en tandem médecin/infirmière, deux jours par semaine dans un chef-lieu de canton pour satisfaire aux besoins du parcours de soins en insuffisance cardiaque, fléau attendu du siècle entamé, sera mille fois plus efficient ... que des hospitalisations lointaines, itératives et coûteuses.
Pour l’heure, l’idée infuse lentement, très lentement, trop lentement, embourbée dans des vaines querelles de chapelles syndicales médicales. Il y a urgence à les dépasser et faire en sorte que ces ÉGéOS ne finissent pas dans les poubelles de l’Histoire. Pour faire en sorte qu’une génération épouse aussi un projet à sa mesure.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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