Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Médecins libéraux : la CSMF part en guerre

Médecins libéraux : la CSMF part en guerre

Éditorial de la 327

Boudée par la Ministre à son ouverture, démoralisée par le directeur de la CNAMTS à sa clôture, l'université d'été de la CSMF, qui s'est déroulée sur la presqu'île de Giens, a déterré la hache de guerre.

Tout le monde s'en est ému. Pour sa 21ème édition, l'université d'été n'a pas eu droit à son traditionnel happening ministériel. Marisol Touraine est la première ministre de la santé à avoir décliné l'invitation du président de la CSMF. Raison invoquée : la proximité des élections professionnelles et la nécessaire égalité de traitement à respecter entre tous les syndicats. Là-dessus, il est vrai qu'à un mois de date à date des élections des URPS Médecins, si tant est qu'on supposât une quelconque complicité d'esprit entre Marisol Touraine et les purs et durs de la médecine libérale, l'ostentation médiatique eut été tentante. D'autant plus que les vacheries entre syndicats pleuvent depuis quelques temps et que la visite de Marisol Touraine à Jean-Paul Ortiz aurait tourné à son désavantage. Dans son dernier Ugé-Zapping la FMF tire à boulets rouges sur MG-France qui "pleure toujours sur le différentiel des majorations entre généralistes et spécialistes" et, bien sûr, sur la CSMF accusée de jouer "la C à 30 euros après nous avoir promis la C à 25 euros en 2010 et négocié ensuite les ROSP à des années lumières de l'acte mis en avant dans la campagne électorale". La FMF réclame l'alignement des médecins français sur la moyenne européenne, rien moins que 5 milliards d'euros, "véritable plan Marshall pour la médecine libérale" dit son président Jean-Paul Hamon dans sa conférence de presse.

Il faut bien avouer que les grognements sur le tiers-payant et les marchandages sur le prix de la C paraissent (aux yeux des péquins moyens que nous sommes) un tantinet dérisoires sinon pitoyables. Les milliers de médecins qui font du tiers-payant tous les jours, et même des actes gratuits, ne communiquent pas assez. Aucune étude, aucun recensement, aucun chiffrage pour montrer que le tiers-payant de Marisol Touraine, parce qu'il aura un effet contraire et antiéconomique répond en réalité à une idéologie. Pas une idéologie politique, car enfin, la droite fait la même chose quand elle tient les rênes, mais une idéologie administrative qui fait son chemin depuis plus de cinquante ans et qui repose sur l'idée que l’État sait et peut tout faire.
Quant à la surenchère sur le prix de la consultation, la comparaison avec l'horaire du plombier ou avec les actes des autres professions indépendantes méritent là-aussi des études sérieuses qui seraient bien utiles, à condition que tous les éléments soient mis sur la table, le contenu qualitatif de la consultation par exemple mais aussi les charges de gestion que la bonne dame sécurité sociale prend à sa charge.

Ce qui nous rassure ici est la prise de conscience, par le corps médical, que la loi de santé est un vrai choix de société. Et les T-shirts qu'avaient endossés les médecins de la CSMF dans la presqu'île de Giens peuvent attester qu'ils sortent des contingences matérielles pour rentrer dans le dur. La loi de santé détricotée par le Sénat, que la ministre va tenter de recoudre avant son passage en commission mixte, est la cible bien comprise. Comme l’argumente le site de la CSMF les enjeux sont énormes et ne sont pas, sans rappeler, pour ceux qui s'en souviennent, ceux de l'automne 1995. Enfermés à l'époque dans une enveloppe (aujourd'hui l'ONDAM reste cependant une limite incitative mais terriblement démonstrative) voilà les médecins enfermés dans un territoire. L'appel à la "désobéissance civile" s'en prend aux groupements hospitaliers de territoires brandis comme une mainmise sur l'ensemble du système par un établissement public. Une nouvelle planification soviétique en quelque sorte sans liberté de passer d'un territoire à l'autre. Car il faut arrêter de penser que les compétences sont les mêmes partout. Il y aura des territoires bien lotis et ceux qui auront les croûtes.

La voix des patients est monocorde. C'est celle du CISS qui s'en prend aux dépassements d'honoraires mais qui exprime peu de choses sur les restrictions de liberté qu'entraînera irrémédiablement la loi de santé.

Le délitement de la médecine libérale est une longue histoire qui commence par la transformation lente mais efficace de notre système d'assurance maladie en organisation d'État. Les partenaires sociaux sont quasiment morts; les syndicats de salariés ont été laryngectomisés, les patrons lobotomisés. Au tour des médecins libéraux, qui n'auront plus de libéral bientôt que le nom.
Petite suggestion : ne faudrait-il pas aussi demander au chouchou des Français dans les sondages, Alain Juppé, aux allures déjà tellement présidentielles, de s'engager à refaire en 2017 ce qu'il a si bien réussi à défaire en 1995 ?

Crédits photos : Jocelyn Kinghorn.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

[Re]vue de Web : les tactiques électorales en marche

À quelques jours des élections législatives, il était tactiquement crucial que l'exécutif ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer