La Lettre de Galilée

Lune noire et black star

Le grand soir de la révolution du système de santé français n’aura pas lieu le 26 janvier prochain, date de la lune noire favorable au semis des plantes-racines comme le navet, mais aussi date probable initialement annoncée de la fin de la procédure d’urgence réclamée par le Gouvernement pour la loi HPST (hôpital patients santé et territoires). 
Les jardiniers de l’avenue de Ségur sont inquiets. La Ministre entame un tour de France pour vendre un texte qui porte désormais son nom. Mais il y a tout lieu de penser que le calendrier ne sera pas tenu.  
Comme pour toutes les lois « ultimes » -celle de Douste-Blazy en 2004 n’était-elle pas celle de « la dernière chance » ?- la personnalisation des réformes est à double tranchant. Généralement les noms associés aux lois qui touchent au système de santé, et plus généralement à la sécurité sociale, laissent un goût amer. Si Evin a longtemps laissé un goût de tabac froid, les divers plans de sauvetage ont laissé des souvenirs carrément cauchemardesques. Autant Périssol ou Madelin déclenchent un réflexe pavlovien de contentement béat chez les épargnants, autant les noms de Séguin, Barre, Juppé, ou encore Aubry ou même Bérégovoy provoquent encore quelques prurits incontrôlés.
Quelle sera la sémiologie de la Loi Bachelot ?
Ceci nous amène à une question volontiers benoite : comment s’y prend-on en France pour réformer avec autant de lenteur ? Les réformes se suivent à un rythme à donner le tournis aux diablotins les plus sarkoziens mais aucune ne parvient à son terme. Il y a assurément du côté du pouvoir une faiblesse en fin de parcours. 50 % du plan Juppé a été mis à la poubelle et autant des 147 articles de la Loi Kouchner. Sans parler de la réforme de Douste-Blazy assassinée sans s’être payée le luxe d’une alternance politique. Et ce n’est pas une question de gauche ou de droite. La pauvreté réformatrice du 75ème congrès du parti socialiste dans le domaine de la santé est affligeante. Jean-Marie Le Guen, le médecin de garde des questions de santé au PS en a piqué une colère.
Dernier exemple en date : le dossier médical personnel. Fusillée en plein vol en 2007 par un ministre du même bord que son géniteur, réhabilitée en début d’année dans l’allégresse générale, la révolution technologique du siècle est toujours en attente d’un accouchement 9 mois après. 
On n’osera même plus dire dans cette lettre que Jean-Yves Robin devrait être nommé aux commandes du GIP-DMP (groupement d’intérêt public du DMP) aujourd’hui même !
Sous le regard condescendant des pères fondateurs, les derniers entrants de l’Union Européenne pourraient bien paradoxalement nous donner des leçons d’efficacité. Les 12 petits derniers de l’Europe des 27 ont presque tous vécu plus de 60 ans sous l’épais couvercle de plomb de l’Union Soviétique. Formatés aux standards d’une bureaucratie lourde et corrompue pendant deux, voire trois générations, ces pays donnent pourtant un exemple extraordinaire de vitalité. Inutile de souligner le dynamisme polonais ou hongrois. 
Le dernier exemple est celui de la Roumanie. Entrée le 1er janvier 2007, la voici devant l’impérieuse nécessité de s’avaler, en deux ans, le règlement 1408, vieux de presque 40 ans, sur l’harmonisation des régimes de sécurité sociale, d’appliquer les dispositions du traité d’Amsterdam sur la libre circulation des travailleurs, et d’ingurgiter les subtiles dispositions du traité de Maastricht sur le principe de subsidiarité.
Aidée il est vrai par l’ADECRI* (association pour le développement et la coordination des relations internationales), l’administration roumaine, encore tout endolorie par le souvenir de Ceausescu, donne un exemple étonnant d’adaptation et de capacité au changement.
Dans notre enlisement bureaucratique (à se demander s’il n’est pas génétique), notre regard se tourne tout naturellement vers les Etats-Unis dont le monde entier s’approprie désormais le leader. Obama, l’espoir de la planète, le magicien de l’univers, qui se retrouve aujourd’hui engagé à tenir ses promesses, notamment à offrir une protection santé à 47 millions d’américains qui n’en ont pas et à rendre obligatoire l’assurance maladie aux enfants en faisant payer davantage les employeurs.
En juin 1993, les Démocrates avaient organisé à Boston un colloque franco-américain au cours duquel les conseillers d’Hilary Clinton présentaient leur projet d’assurance santé au vieux continent comme s’ils en étaient les inventeurs. C’est le côté imprévisible des américains : tout ce qui ne vient pas des US n’existe pas.
Hilary Clinton avait échoué. Mais le bazar financier mondial et la récession qui s’en suit pourraient bien faire d’Obama le réinventeur de la sécurité sociale.
Après tout, ce n’est ni la France, ni l’Allemagne, encore moins la Grande Bretagne, qui sont à l’origine du concept de « sécurité sociale » mais… Roosevelt, en 1935.
*Association regroupant les principaux régimes de la sécurité sociale française et l’Ecole Nationale Supérieure de Sécurité Sociale (EN3S)

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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