Les roublards et les balourds

Editorial de la 278

Le plan tabac présenté cette semaine par Marisol Touraine donne à son auteure une dimension qu’on ne lui connaissait pas. Voilà enfin une ministre qui ne passe pas son temps à régler son compte à contretemps à une droite devenue de toute façon moribonde. Nous le disions dans nos papiers précédents, fascinée, comme Hollande, par une revanche inespérée sur une droite insolente et tapageuse, la ministre de la santé ne pouvait s’empêcher de gloser sur le passé et de provoquer sur le futur. D’ailleurs, le débat au printemps sur sa loi de santé promet bien des escarmouches.
Nous apparaît aujourd’hui une ministre porteuse de consensus. On en viendrait presque à l’unité nationale, comme pour les frappes en Irak. «J’ai choisi mon camp, celui de la santé publique» dira-t-elle, œcuménique. En dehors de l’habituelle contestation des buralistes et autres marchands de vaporettes, plus personne aujourd’hui (comme le rappelle La Ligue contre de Cancer) ne nie la part du tabac dans la mortalité par cancer.

Cette droite insolente et tapageuse, justement, la revoilà, incarnée par un Sarkozy sautillant, à l’ambition démultipliée, arborant déjà ses habits de chef d’État, conservés, comme son discours, dans la naphtaline depuis deux ans. Tel un astronaute revenant d’un premier voyage sur Mars, le président battu de 2012 a fait une allocution messianique retransmise en direct et dans son intégralité sur certaines chaînes d’info.
Comme nous l’avions fait pour le premier ministre la semaine dernière (qui n’a rien trouvé de mieux à la 39ème minute de son discours de politique générale d’évoquer le tiers payant généralisé comme point fort de sa politique de santé) nous avons porté notre attention sur le couplet de la protection sociale de l'ancien président. Le choix du sujet était d’une grande habileté car le caillou lancé par Sarkozy fait trois ricochets destructeurs.
Le premier part d’une tautologie dont l’évidence fait l’unanimité. «Faut-il créer de nouvelles prestations sociales alors qu’on n’arrive pas à payer les actuelles ?». Schéma narratif classique partant d’une réalité économique admise : «Peut-on avec un minimum de bon sens faire entendre que la solidarité est une priorité nationale; mais si l’on distribue ce que l’on n’a pas produit, si l’on partage ce que l’on n’a pas acquis, et si l’on promet ce que l’on ne s’est pas donné la peine de créer, alors ce sera le chômage, la pauvreté et l’exclusion pour le plus grand nombre». En oubliant toutefois de dire que la contraction des dépenses sociales, notamment dans la santé, n’était effective que depuis 2012, même si, en dehors de l’opiniâtreté d’un Rocky aujourd’hui sur le départ, les uns et les autres n’y sont pas pour grand-chose.
Sarkozy prend alors l’exemple de l’AME (assistance médicale d’État) inventée par Martine Aubry en 1999 mais jamais remise en cause depuis, ni sous Chirac, ni par lui-même.
«La France ne refusera jamais de soigner ceux qui souffrent et qui ont besoin de soins urgents mais la France ne peut pas accepter la dérive de l’aide médicale d’Etat car maintenant il ne s’agit plus d’urgence mais de gabegie».
Missile dirigé cette fois contre le gouvernement, car en effet, les dépenses de l’AME ont fait la une de la presse au début de l’été à la suite d’une réponse un peu balourde de la ministre interpellée par les sénateurs confirmant qu’elle était bien au courant de l’envolée des dépenses, réponse d’autant maladroite que le sujet n'était pas nouveau et que l’opposition sénatoriale avait déposé une proposition de loi pour y mettre bon ordre susceptible de générer quelques communiqués préventifs.

Quand on y regarde de plus près (et Le Figaro de l’époque fournit des graphiques intéressants) il apparaît que l’AME pèse pas loin de 800 millions d’euros pour presque 300 000 personnes couvertes, c’est-à-dire une moyenne de dépenses par patient inférieure à la moyenne des Français.
La distinction est d’importance – et c’est là toute l’habileté du discours de l’ex-président – car il s’agit des «étrangers en situation irrégulière». Assurément les traces «buissonnières» sont encore visibles. L’augmentation des bénéficiaires de l’AME, de 40 000 personnes depuis 2011 – autant, il est vrai que sur les dix ans précédents –  se brouille habilement avec les chiffres de l’immigration.
En fait, l'augmentation du nombre de bénéficiaires de l'AME n’indique pas que le nombre de clandestins augmente (400 000 selon les données de l’intérieur), mais tout simplement que les services sociaux font bien leur boulot.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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