Le train sifflera trois fois

Éditorial de la 351

Las ! Encore un sujet sur la désertification médicale. Aujourd’hui c’est un François Cluzet interprétant au cinéma le rôle d'un médecin généraliste en milieu rural qui nous tire la larme. Après Hippocrate sur le monde hospitalier, Thomas Lilti nous emmène par monts et par vaux, avec un médecin de campagne ancienne génération, à la rencontre du désert médical. De quoi émouvoir la ménagère qui applaudira à la fin de la liberté d’installation de ces médecins qui ne choisissent plus que la ville pour exercer leur art. Laissant désespérément vides ces maisons de santé pluriprofessionnelles construites par tant de maires investis. Nous ne les comptons plus ces maires qui attendent en vain un hypothétique médecin. Idylle d’édile, comme l’illusoire espoir du lieutenant Drogo scrutant le Désert des Tartares…
Le film de Lilti (qui sort la semaine prochaine) écorne un peu ces maisons de santé, plus vues comme des spéculations financières que comme une solution à la démographie médicale déclinante et vieillissante. Réunie à Nancy, la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS) a organisé ses 5èmes journées nationales les 11 et 12 mars derniers. L'occasion de faire le point sur les 750 MSP ouvertes depuis le loi HPST.

Une goutte d’eau dans la démographie des 58 104 médecins généralistes recensés en France par le Conseil de l'Ordre (p.177) au 1er janvier 2015. Une démographie en constante baisse : -10,3% sur la période 2007/2015. Médecine générale toujours boudée et parent pauvre des études de médecine, devenues le sérail d’une élite urbaine et libérale qui se reproduit entre elle. Selon une note de la Drees de juillet 2015, 25% des étudiants inscrits en PACES sont issus des classes sociales les plus favorisées. "Les études en santé sont, en effet, parmi les formations les plus clivées socialement, derrière les classes préparatoires aux grandes écoles, où cette proportion s’élève à la moitié." Un enfant de cadre a deux fois plus de chance qu’un enfant d’ouvrier de passer en deuxième année de médecine.

Comme le rappelle le Dr Mandroux, "le numerus clausus institue un concours d’entrée basé sur un programme qui n’a pas grand-chose à voir avec le but des études envisagées (mathématiques et physique de haute volée, accumulation de détails inutiles), nécessitant un bachotage intensif et le recours à des cours privés complémentaires fort onéreux. Cela contribue à la sélection sociale du recrutement.(…) Ainsi le NC et le Mica (une prime pour partir à la retraite avant 65 ans) ont organisé la pénurie de médecins, d’où la fameuse désertification tant à la mode aujourd’hui, mais aussi la modification du recrutement en favorisant l’accès des enfants des classes aisées qui ont les moyens financiers et le temps. Même si ce métier ne les passionne pas, ils le feront et chercheront à le rentabiliser au maximum. D’où l’explosion des dépassements indécents d’honoraires. A ma connaissance, aucun gouvernement depuis 1971 n’a sérieusement réfléchi à toutes ces conséquences, ni cherché à y remédier, si ce n’est en "important" en masse des médecins de nationalité étrangère (sous-payés dans les hôpitaux)."

La SNCF s'est "libéralisée"; elle a misé sur les liaisons TGV. Aujourd'hui, le réseau est vétuste, le groupe enregistre des pertes records et les maires de petites villes râlent se considérant laissés pour compte. Le désert médical français est un symptôme dramatique de l'échec du service public français dans nos campagnes. La compagnie ferroviaire est concurrencée par des liaisons en bus ou par le covoiturage. La médecine libérale pourrait rapidement connaître le même sort.

Crédits photos : Sean Kolk.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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