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Le marché pharmaceutique français en baisse pour la 3ème année consécutive

L'économiste en santé Claude Le Pen a présenté cette semaine les tendances du marché pharmaceutique. Pour la 3ème année consécutive, le marché français est en baisse (-0,3%) : pour la médecine de ville les valeurs sont même en baisse de -1,8%. Côté hospitalier, le Sovaldi a dopé le marché de +10%. Sans ce médicament coûteux, le marché hospitalier est "plat". Deux raisons avancées par l'économiste : les baisses de prix imposées par le Gouvernement et la diminution des prescriptions des médecins libéraux.

La baisse des dépenses pharmaceutiques à la hussarde

La maîtrise des dépenses de l'ONDAM dont le couperet tombe chaque année a incité  Frédéric Van Roekeghem, l'ancien patron de la CNAMTS, à développer des méthodes fortes. Le PLFSS 2015 souligne encore que "l’effort attendu des régimes de sécurité sociale s’appuiera en premier lieu sur une maîtrise renforcée et amplifiée des dépenses d’assurance maladie. L’objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) verra ainsi son taux d’évolution abaissé à 2% en moyenne sur la période 2015-2017, ce qui représente un effort global d’économies de 10 Md€ sur trois ans. (...) En 2013, les comptes sociaux poursuivent leur redressement en dépit d’un environnement conjoncturel toujours dégradé. Le rétablissement du solde structurel est soutenu par la montée en charge de la réforme des retraites de 2010, et par la poursuite de la maîtrise des dépenses d’assurance maladie, l’ONDAM ayant été sous exécuté pour la quatrième année consécutive."

Lire : Consommation pharmaceutique, l'héritage empoisonné de Rocky

La tendance à la hausse du marché est largement portée par les pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil dont les croissances annuelles flirtent avec les 10%. En France, l'effort de maîtrise des prescriptions semble porter ses fruits selon l'étude d'IMS Health puisque selon Claude Le Pen le volume des prescriptions baisse de 1% par an depuis quelques années.

La Lettre de Galilée

En revanche, en 2014, la pénétration du générique "s'est un peu tassée". On avait assisté en 2012 à une forte hausse des substituts génériques suite à l'accord avec les pharmaciens ainsi qu'avec la mesure "tiers-payant contre générique". Une étude récente montrait la réticence encore des Françaises à recourir aux génériques : selon un sondage Ipsos-Steria, 82% des femmes affirment un "attachement très fort à leur liberté de refuser que l’on remplace le médicament prescrit par le médecin par un générique". Il y a encore du mal à modifier profondément les comportements face aux innovations que connaît le système de santé.

Lire : la santé vue par les femmes

Une étude de l'INSEE révélait en décembre 2014 les chiffres d'affaires des officines : d'habitude dynamique dans le secteur du commerce de détail, "la progression du chiffre d’affaires du secteur de la pharmacie tend à s’essouffler" et est désormais "inférieure à celui de l’ensemble du commerce de détail". Les raisons en sont simples :

  • baisse des prix des produits pharmaceutiques, basés sur l'indice des prix à la consommation (-1,5 % par an entre 2000 et 2006, puis -2,4 % par an entre 2006 et 2012);
  • baisse des prix des médicaments remboursables (-2,0 % par an entre 2000 et 2006, puis -3,0 % par an entre 2006 et 2012).
  • diverses politiques de santé publique : tarifs forfaitaires de responsabilité en 2003, plans Médicament de 2004 et 2006, promotion des génériques, à partir de 2007.

Les conséquences sur les ventes : étant donné que les médicaments remboursables représentent près de 90 % des dépenses de médicaments, "la part des ventes de médicaments non remboursables a progressé dans le chiffre d’affaires des pharmacies, atteignant 12 % des ventes en 2012, soit 4 points de plus qu’en 2000".

Les baisses de prix

Le Gouvernement souhaite "accélérer" les mesures déjà engagées : baisses de prix des médicaments, promotion des génériques, bon usage du médicament espérant sur les produits de santé et la promotion des génériques des économies substantielles de 1 065 M€. Pour éviter l'emballement des dépenses avec le remboursement des traitements de l'hépatite C et la remise en cause de l'ONDAM, un mécanisme spécifique d'enveloppe fermée a été mise en place... Le médicament reste donc le plus gros contributeur à l'effort budgétaire.

Lire : Médicament, l'ire du LEEM et l'âme du LIR.

La Lettre de Galilée

Autre innovation dans la LFSS2015 que souligne Claude Le Pen dans son analyse du marché pharmaceutique français : le taux directeur pour les dépenses remboursée de médicament. Autrement appelé taux L (anciennement taux K), il s'agit d'un mécanisme de régulation des dépenses de médicaments grâce à une contribution des laboratoires pharmaceutique.

Lire : Médicament et croissance économique, les industriels dans le cas "K".

En clair, le Gouvernement fixe un taux depuis son instauration en 1999. Si l’évolution du chiffre d’affaires hors taxe des laboratoires dépasse ce taux, ils doivent s'acquitter d'une taxe. En 2015, il est fixé pour la rempiler fois à un taux négatif : - 1 %. Les industriels ne décolèrent pas... Ce taux n'a cessé de diminuer depuis 1999 : 1,4 % entre 2008 et 2009, 1 % en 2010, de 0,5 % entre 2011 et 2012, puis de 0,4 % entre 2013 et 2014. Il est aujourd'hui négatif, ce qui signifie que si le chiffre d’affaires des laboratoires ne baisse pas de 1 % cette année, ils devront payer cette taxe dont l'assiette a en outre été élargie. On comprend pourquoi le marché n'est pas porteur en France.

Parallèlement, le collectif Regards citoyens a révélé le montant des cadeaux, majoritairement attribués aux médecins, par les laboratoires pharmaceutiques : entre janvier 2012 et juin 2014, près de 250M€ ont été distribués sous forme d'invitation, de repas, d'hôtels, etc. En tête du classement, les laboratoires Novartis, Servier ou GSK.

Il est encore loin le temps où les laboratoires pharmaceutiques seront perçus par l'opinion publique comme des agneaux montrant patte blanche...

Crédits photos : EpSos.de

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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