La Lettre de Galilée

Hic et nunc ?

Juste après le premier tour, alors que d’évidence les jeux étaient faits pour le second et que la mine défaite des ténors de l’UMP trahissait déjà quelques prochains réglements de compte internes sur les escapades « buissionnières » de leur leader, la plupart des journaux sifflait la fin de la récréation. « Bonjour les ennuis » titrait la couverture du Point du 26 avril alors que, revenu à une ligne éditoriale un peu moins partisane, Libération du 7 mai annonçait que « pour les socialistes, le vrai travail commence ».
Omniprésente pendant la campagne, Marisol Touraine, à en croire son propre blog, accumule suffisamment de Miles pour un billet prime à destination de l’avenue de Ségur. Seulement 200 mètres séparent le QG de "transition" du nouveau président et le ministère des affaires sociales. La fille du grand sociologue de gauche, invitée sur France 2 à 13 heures et sur I-Télé à 18h30 dès le lendemain de la reprise de la Bastille par les électeurs socialistes aux troupes de Mélenchon, s’évertue à occuper l’espace visuel. L’accession au pouvoir commence par la reconnaissance d’un visage : une image doit en chasser une autre.

Si peu abordés pendant la campagne et carrément absents du duel final, les problèmes de la santé ne sont pourtant pas des moindres.
Que va trouver Marisol Touraine (à moins qu’elle ne suive la destinée d’un certain Jean-Yves Chamard, promis sous les auspices de la droite de 1993 à une destinée ministérielle mais finalement tombé cruellement dans l’oubli) que va donc trouver la députée de l’Indre-et-Loire sur son agenda politique ?

Pour commencer, la préparation du PLFSS 2013. La réforme fiscale promise dès l’été par le nouveau président ne peut s’exhonérer d’une remise à plat du système de financement de la protection sociale. On voit mal en effet comment une réforme du quotient familial jetée en pâture par François Hollande pendant la campagne en réponse à la réforme impromptue de transfert sur la TVA d’une partie des cotisations d’allocations familiales mise en œuvre à la hâte par Nicolas Sarkozy, pourrait contourner le marigot fiscal du financement de la santé.
Le débat voulu il y a déjà plusieurs mois par le président sortant sur la part relevant de la solidarité nationale et sur celle incombant aux organismes complémentaires d’assurance maladie, prudemment éludé par la mutualité française pendant le débat public, reviendra sur le tapis.
La Cour des comptes ne tardera pas à mettre les pendules à l’heure sur la situation du financement de la protection sociale et sur les dépenses publiques. Et venant de Didier Migaud, son président, ancien député socialiste nommé par Sarkozy, il y a fort à parier que les préconisations du magistrat sur le déficit public seront prises à la lettre.
L’histoire, dirons-nous, se répète. Le tandem Aubry-Kouchner, né du retour victorieux de la gauche en 1997 après la bourde historique de Chirac, n’avait pas touché à une seule virgule du plan Juppé.

Autres sujets inscrits sur la feuille de route, le secteur optionnel et les dépassements d’honoraires. François Hollande s’était contenté dans une interview du 16 avril de vouloir « encadrer » les dépassements considérant que le secteur optionnel « n’était pas une bonne réponse » sans pour autant promettre de fermer le secteur II.
Réponse du berger à la bergère, Xavier Bertrand dans un entretien du 2 mai avec Le Quotidien du Médecin accuse la mutualité française d’avoir « perdu son stylo » et d’avoir renié son accord antérieur. Traduisez : la « mutu » a roulé pour Hollande.
Sur ce sujet comme bien d’autres, après les pugilats télévisuels et les images de liesse nocturne, l’immobilisme, vertu politique sûre dans les phases de transition incertaine, sera un excellent recours pour le ministre choisi. D’autant que la maison assurance maladie, forte d’un accord interprofessionnel avec 350 000 professionnels de santé libéraux est remarquablement tenue par un redoutable majordome peu habitué à dévier sa trajectoire et serait un excellent fusible si le feu venait à prendre dans l’arrière-cuisine.

Mais patience. Le ministre choisi dans quelques jours aura à gérer quelques bien maigres affaires courantes. Car, rien n’est encore acquis pour les socialistes. L’anti-sarkozysme a joué à fond. Le nouveau président ne bénéficie pas encore d’une majorité absolue. Rien n’indique d’ailleurs dans les premiers sondages qu’il l’obtiendra. Le pire pour lui serait de devoir composer avec son encombrante aile gauche mélenchonienne. Le ½ point d’ONDAM promis serait alors d’opportuns grains à moudre pour la revendication hospitalère. À moins que l’électorat, parfois fantasque, souhaite une paralysante cohabitation. Hypothèse bien peu conforme à l’esprit de la 5ème République direz-vous.

Hic et nunc. Le changement ici et maintenant. Ben non ! Il faut attendre un peu.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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