La Lettre de Galilée

Hello goodbye

Ce mardi 20 janvier palpite à l’heure américaine. À Washington, les rues glaciales se remplissent des premiers supporters matinaux, persuadés d’être « in the history », traversant le Potomac comme nos parisiens franchissaient la Seine pour se rendre à la République un certain 6 mai 2007. Toutes les liesses se ressemblent. Mais, en dehors des premières dames, toutes deux callipyges, la comparaison s’arrête là.
Bush boit un dernier café dans la cuisine de la Maison Blanche avant de disparaître. Good bye Dabeuliou. Le 44ème président des Etats-Unis sera investi dans quelques heures.
Réputée pour sa modération, l’équipe d’Obama va maintenant se mettre au travail et affronter la houle. Tom Daschle, le nouveau ministre de la santé, sexagénaire comme la plupart de ses collègues, a la lourde tâche de réformer le système de santé américain, l’une des grandes priorités d’Obama. Toutes les tentatives précédentes ont échoué. Hilary Clinton, elle aussi ministre sexagénaire des affaires étrangères de la garde rapprochée du président, le sait mieux que quiconque pour avoir affronté, déjà à l’époque avec Jeanne Lambrew qui revient comme adjointe du ministre de la santé, les conservatismes les plus inattendus.

La France a aussi ses drôles de conservatismes. La Loi Hôpital Patients Santé et Territoires, promise au débat parlementaire à la mi-février, en fait les frais. Erreur tactique ? Probablement. Eut-il fallu battre le fer quand il était chaud ? Sans doute. Car les contestataires ont le temps de fourbir leurs armes, et ont peu de scrupules à recourir à des arguments limites. On promet déjà à ce texte une montagne d’amendements, et pas seulement concoctés par le Parti Socialiste. À en croire l’inaltérable Jean-Luc Préel, qui préside inlassablement sa commission santé, le Nouveau Centre pourrait en profiter pour marchander deux ou trois pisse-dru de son terroir.

Mais le conservatisme vient surtout de la base. Une base qui a eu le temps de se remettre de ses agapes pour organiser une riposte aux relents unitaires. Au point que le Président de la République s’est senti obligé, à l’inauguration des 90 000 m² du nouvel hôpital de Strasbourg, de recourir aux tonalités œcuméniques dignes d’un Jean-Paul II pour calmer le jeu. « La France vous aime » a-t-il entonné dans un sanctus vibrant sans oublier de rappeler préalablement que le service public hospitalier avait été le seul secteur public à avoir bénéficié d’une augmentation de 50% de ses ressources en dix ans.

Malgré les exhortations rassurantes, le ban et l’arrière ban de la contestation syndicale, de Sud-santé à la FSU en passant par le Collectif contre les franchises, se mobilisent pour le 29 janvier, journée d’action, que la déléguée santé de la CGT souhaite « historique ». L’intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) n’y va pas non plus de main morte. Là où Jean de Kervasdoué dans un n° spécial à paraître très prochainement de la revue « Santé publique » parle d’étatisation, l’INPH dénonce « la privatisation rampante » de l’hôpital public. Qui a tort, qui a raison ? Comme nous le disions dans notre lettre n° 59, on n’est pas à une contradiction près. À une hypocrisie non plus, car de son côté, la coordination des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité en fait un cheval de bataille sans trop s’étaler sur la dangerosité de certains établissements.
L’hôpital est bien le point de mire de la Loi HPST et pourrait bien polluer voire dénaturer les autres sujets de fond promis aux futurs débats démocratiques.

Parallèlement aux agitations, un certain nombre d’institutions prépare l’avenir. Sans bruit. C’est le cas de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui vient de publier son projet stratégique pour 2009-2011 sous la plume trop discrète de son directeur François Romaneix. Il y en a pour tout le monde. Et aussi pour les établissements d’hospitalisation auxquels une lecture attentive ferait le plus grand bien.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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