La Lettre de Galilée

French model et bon cholestérol

L’histoire récente nous vaut de curieux revirements. Suprême injure pendant les primaires américaines faisant de Hilary Clinton une gauchiste, la référence au « modèle français » est aujourd’hui à la mode. Dans la crise, la France, en fin de compte, s’en sortirait mieux que les autres, à en croire les principaux indicateurs économiques. A tel point que le plus virulent pourfendeur du système français, le journal libéral anglais, The Economist, consacrait le mois dernier un article dithyrambique à la revanche du « French Model ».

C’est aussi en lorgnant sur le système de protection sociale français que le président américain, nous dit-on, bouclerait le budget de sa réforme (1000 milliards de dollars), en faisant, comme en France, les yeux doux aux médecins réticents de la puissante American Medical Association.

Inutile de préciser que, au-delà de ses louanges passagères sur la résurrection de Colbert, The Economist ne manque pas de titiller le président français sur ses propres contradictions. N’est-ce pas le même Nicolas Sarkozy, interroge en effet le journal, qui vantait pendant la campagne présidentielle les vertus du libéralisme économique et le bien-fondé de ces subprimes … dont le monde entier mesure aujourd’hui le fiasco ?

Nouveau croisé du welfare state, le président de la République, pour la première fois depuis 1875, s’est adressé hier aux parlementaires réunis en congrès à Versailles, pour les exhorter au « mouvement » et au « courage de changer ». « Au moment même où le monde redécouvre les limites d’une logique exclusivement marchande, (…) le modèle français a de nouveau sa chance. »

Voilà l’Etat réhabilité, hissé sur le pavois, avec cette petite pointe de dirigisme et de centralisation qui finit par envahir les esprits les plus indépendants. Pour dire, même le patron de la Cour des Comptes, Philippe Seguin, malgré la grogne des soutiers de la rue Cambon, en serait contaminé.
Pour preuve aussi, comme le signale Gérard Bieth dans Annuaire Sécu du 21 juin, « dans la lutte entre la CNAMTS et l’Etat concernant les compétences des ARS en matière de gestion du risque, la CMP (commission mixte paritaire) a fait pencher la balance en faveur des ARS », agences dont la mise en place vient d'être repoussée au 1er juillet 2010 par les parlementaires.

Dans la laborieuse loi HPST, les agences régionales de santé cristallisent pour le coup cette ferveur nouvelle pour un Etat puissant, cloné dans chaque région administrative.
Et pour mieux attirer la sympathie de tous les acteurs du système de santé, les ministères sociaux ne lésinent pas sur les moyens. Une « Charte des valeurs des agences régionales de santé », prophétique comme un petit livre de catéchisme, est en préparation. Et pour éviter les erreurs juppéennes du passé, un « plan de communication » a été concocté. Véritable machine de propagande capable de « s’adapter aux éventuels mouvements d’opinion » ce plan prévoit de « mettre en place une communication de crise ».
Budget prévu pour la communication sur les ARS : 700 à 800 000 euros ! On croît rêver …

Dans son vibrant discours sur le renouveau du modèle français, le président de la République, distinguait les déficits publics comme on distingue le bon et le mauvais cholestérol. « Il y a le mauvais déficit, celui qui finance les mauvaise dépenses, les gaspillages, l’excès de bureaucratie, les frais de fonctionnement trop élevés. (…) Il y a enfin le déficit qui finance les dépenses d’avenir. »

Qui dira que les ARS sont du bon cholestérol ?

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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