La Lettre de Galilée

Elle est pas belle, la crise?

Alors que les bourses mondiales n’en finissent pas de dégringoler, l’opinion publique ne sait plus trop à quel saint se vouer, de Barak Obama, triomphalement élu la semaine passée sur une « promesse globale » qu’il lui reste à assumer ou de ce fameux G20 qui, dans trois jours, doit essayer de remettre un peu d’ordre dans la finance mondiale ! Pour les observateurs, le temps est venu de s’intéresser à l’impact de la crise sur le système de santé. La première enquête journalistique est venue du Médecin de France, journal de la CSMF dont on n’attendait pas autant de réactivité.
Mais il est vrai que c’est surtout pour donner à son président l’alibi d’un éditorial sans surprise : « La crise ne doit pas servir de prétexte à « bousiller » la santé et sacrifier les libéraux » (sic). L’argument devrait opportunément resservir cet après-midi où les partenaires conventionnels se retrouvent pour discuter des honoraires 2009.
Dans le même numéro, l’économiste Claude Le Pen explique tout à fait inversement que le secteur de la santé sera, du fait de sa vocation « d’amortisseur de crise […] plutôt moins touché que les autres ». Mais que « l’opinion publique ne comprendrait pas qu’on prélève 360 milliards d’euros sur son épargne […] et que, dans le même temps, on augmente les médecins qui sont considérés comme des nantis ». Dans cet entretien le président du Collège des économistes de santé* s’attarde également, et heureusement, sur deux impacts, un peu plus intéressants de la crise économique :

1/ Le poids de l’État : M. Le Pen semble considérer qu’il sera, chez nous, modéré et d’un parfait classicisme, à base de transferts financiers sur les complémentaires, multiplication de recettes de poches,-franchises, fléchages de nouvelles taxes (food tax)-, réforme de la gouvernance hospitalière, pression à la baisse sur les honoraires …  Rien de « révolutionnaire », et en tout cas pas l’esquisse d’un renforcement de la maîtrise dont l’interviewé semble, de manière surprenante, considérer qu’elle atteint ses limites : « Les dépenses sont aujourd’hui relativement maîtrisées. [Leur] croissance est de l’ordre de celle du PIB + l’inflation quand on considérait il y a 10 ans que le rythme normal était celui du PIB + 2 points ». La seule question qui vaille à ses yeux est celle de son « financement ... par la dette », dont on ne sait jusqu’à quand il restera politiquement tenable. Accessoirement, l’auteur pronostique quand même qu’il sera sans doute plus dur pour la CADES et pour l’ACOSS de trouver sur les marchés internationaux « des ressources fraîches »…
2/ Les intentions des fonds d’investissements présents dans le secteur de la santé. A voir « au cas par cas » avance prudemment « Ci-El-Pi »: « Tout fonds d’investissement a vocation à se désengager, mais … au bon moment ». Si la question de l’opportunité est justement posée, c’est qu’elle a été formulée, en ces termes, dans les colonnes du journal Le Monde des 9 & 10 novembre dernier. A en croire le quotidien parisien du soir, les sociétés ayant fait l’objet d’un LBO (Lowerage Buy Out), c’est-à-dire rachetées avec un fort recours initial à l’emprunt facile, se retrouvent aujourd’hui exposées à un risque majeur : 900 des 1600 entreprises dans ce cas seraient particulièrement sous surveillance de leur bailleur qui, aujourd’hui, ne s’aventurerait évidemment plus sur des crédits représentant 70 à 80% de la valeur de l’entreprise. « Les LBO sont un pétard à mèche longue » s’alarme un gérant (anonyme) de fonds anglo-saxons.
Toute la question est en fait de savoir, si ces fonds disposent encore de liquidités pour jouer leur rôle d’actionnaire en période de tempête. Et, pour le coup, l’anecdote rapportée par le même journal à propos de Blackstone vaut d’être rapportée. Ce groupe, propriétaire en France de la chaîne de cliniques Vitalia (voir Lettre Galilée n° 35) serait aujourd’hui dans une situation désastreuse avec des pertes cumulées abyssales et une chute de … 78% de sa valeur boursière depuis son introduction à Wall Street en juin 2007. Mais révèle le journal, citant un analyste new-yorkais, les dettes du groupe auraient déjà été transformées en produits composites comme de vulgaires subprimes, pour être bradées aujourd’hui sur les marchés internationaux. Et parmi les acheteurs : Blackstone lui-même qui rachèterait ainsi à vil prix, une dette qu’il avait lui-même contractée. « S’il doit y avoir des gagnants dans cette crise, Blackstone pourrait bien en faire partie. »

Dans un autre numéro du même journal Le Monde, Ronald Cohen, fondateur-retraité du fonds d’investissement Apax**, et proche de Gordon Brown, actuel locataire du 10 Downing Street, considère pour sa part, que la sortie de crise réside plutôt dans la stimulation (à coup de subventions et avantages fiscaux) de « l’actionnariat social qui créée l’indépendance et non la dépendance. »

Qui a dit que la crise n’était pas féconde pour ramener à ses fondamentaux le débat sur l’avenir de la médecine libérale ?
* Organisme qui célèbrera son trentième anniversaire le 4 décembre à l’occasion d’un intéressant colloque à Paris-Dauphine
** Propriétaire du groupe Capio, n° 3 de l’hospitalisation privée en France

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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