Des trolls et des hommes

Éditorial de la 384

À mesure que l'échéance de la confrontation de 2017 se rapproche, l'électricité croissante du climat ambiant suscite une cristallisation idéologique dramatique. Chaque camp se sent obligé de se défendre, en peu de mots et peu de temps, quitte à sacrifier une partie des arguments ou à appauvrir les idées, au profit des plus bas raccourcis.

Et cette trollisation du débat n'échappe pas aux questions de santé comme en témoignent les idées-reçues véhiculées sur le programme santé de François Fillon, tant par ses détracteurs que ses thuriféraires. Philosophiquement, la communication est une activité qui cherche la restauration d'une entente; aujourd'hui, c'est fini. On ne cherche plus à convaincre par l'argumentaire, c'est l'argumentaire qui créé la vérité. Les communicants, qui grouillent dans les ministères, cherchent à défendre un point de vue et un bilan politique à coup de tweets, de posts ou de phrases assassines. Le bastion dogmatif contre l'argumentation. Preuve en sont les déclarations sidérantes d'une Ségolène Royal faisant le panégyrique de Fidel Castro (c'est bien connu, chez Castro, il y a tout ce qu'il faut), d'une Marisol Touraine affirmant que "le trou de la sécu a disparu" ou d'un François Hollande que "les comptes publics sont assainis". Petits mensonges par petits mensonges, l'opinion finira bien par y croire. De toute façon, elle ne peut rien y comprendre.

Car, en face, la réponse opposée ne vaut pas mieux. Enserrée dans cette logique, la pique adverse, à gauche comme à droite, rivalise de simplification outrancière. Et le jeu des media est construit pour qu'on n'entende que les plus radicaux. Il faut un titre racoleur, une dépêche saignante, peu de mots. Bref un anathème ou une calomnie. Et vite. L'analyse originale, la pensée construite, le raisonnement prennent "trop de temps" et resteront dans le bruit environnant, oubliés des relais informationnels. Le débat épidermique sur l'extension au numérique du délit d'entrave à l'avortement qui a secoué cette semaine l'Hémicycle en témoigne avec violence.

Cette "brume mentale" (non pas, hélas, celle, poétique, du Värmland de Selma Lagerlöf...) conduit à l'asphyxie du débat public et entretient la fâcheuse montée des extrêmes.

Crédits photos : Frida.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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