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Démographie médicale : la fracture territoriale des “gilets jaunes”

Le Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM) a publié son traditionnel Atlas de la démographie médicale. Si les effectifs de médecins continuent de baisser, certes de manière moins forte, plusieurs facteurs contribuent encore à exacerber les inégalités d'accès aux soins. Et pour certains, la contestation des "gilets jaunes" émane justement de ces territoires délaissés par les médecins et surtout par les services publics.

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Depuis 2007, le CNOM recense ainsi l'activité de ses médecins dont la démographie ne cesse de baisser drastiquement exacerbant les disparités de nos territoires. À l'échelle nationale, alors que depuis 2008, la population française a augmenté de 4%, en dix ans, les effectifs de médecins généralistes en activité ont quant à eux chuté de 7%. À cette baisse de la démographie se conjugue une polarisation des effectifs dans les centres urbains et péri-urbains attractifs, laissant des pans entiers de territoire gagnés par la désertification médicale. Une désertification largement portée par le désengagement progressif depuis les années 80 des services publics.

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La Lettre de Galilée

Lire notre dossier spécial sur La désertification médicale.

Dans l'Obs, Hervé Le Bras, a cartographié la répartition des "gilets jaunes" sur le territoire. Pour le démographe, il s'agit de cette France du vide qui manifeste : ces territoires où l'État est devenu absent, où la désertification médicale est la plus pressante, où les services publics se sont progressivement retirés.

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La Lettre de Galilée

À gauche, la carte réalisée par Le Bras qui figure le pourcentage de gilets jaunes par rapport à la population. À droite, la carte réalisée par le CNOM (dans son Atlas de 2017), qui représente la variation des effectifs entre 2010 et 2017 (en activité régulière) et la répartition proportionnelle du nombre d’actifs réguliers en 2017 à l'échelle départementale. Les parallèles sont assez frappants.

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Quelques chiffres clés

  • Les effectifs de médecins augmentent : on compte 296 755 médecins inscrits : soit +2% par rapport à l'année dernière et +13.5% par rapport à 2010.
  • 62% des médecins nouvellement inscrits exercent une activité salariée, 23% sont remplaçants et 12% sont libéraux (p.150)
  • La part des médecins retraités en activité est toujours plus prépondérante. Ainsi, "depuis 2010, la part de l’activité régulière a ainsi baissé de 9 points, et celle des retraités actifs augmenté de 3.7 points." (p.26)
  • La part des médecins remplaçants est également en forte augmentation : "depuis 2010, l’activité intermittente (essentiellement représentée par celle des médecins remplaçants) a augmenté de 22.7% et de 7.2% depuis 2017." (p.27)
  • On compte 41% de médecins de plus de 60 ans pour seulement 18% de moins de 40 ans. "Les départements hospitalo-universiataires ont un âge moyen significativement plus faible que les autres départements" (p.49). Les installations des jeunes générations s'effectuent généralement dans les territoires où se situent les universités.

Une fracture territoriale marquée

L'Atlas 2018 observe sur la variation des effectifs des médecins en activité totale (c'est-à-dire des médecins en activité régulière, des médecins remplaçants ainsi que des médecins temporairement sans activité) entre 2017 et 2018 une "fracture territoriale" forte entre :

- d’une part le littoral atlantique, la majeure partie des départements des régions PACA , Auvergne Rhône Alpes et une large majorité des départements hospitalo-universitaires qui gagnent des médecins

- et d’autre part une diagonale dite du vide, du Nord Est à l’intérieur du Sud Ouest, qui perdent des médecins.

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Variation 2017-2018 des effectifs en activité totale

 

Part de la population ayant en moyenne accès aux 12 équipements de la gamme intermédiaire en 15 minutes au moins

 

Dynamiques d’évolution des actifs (activité totale) par départements

"Les effectifs des médecins en activité régulière suivent le mouvement de métropolisation de la population française" constate sans surprise le rapport en page 57. De manière générale, les densités médicales baissent avec un record pour la Creuse : -23.13% entre 2010 et 2017. (p.123)

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Les densités les plus élevées intéressent l’arc méditerranéen, l’arc atlantique et le couloir rhodanien, les plus faibles un axe Nord Est - intérieur du Sud Ouest recoupant la diagonale du vide. Les densités demeurent plus élevées dans les départements de métropoles régionales et de CHU. (p.127)

Lire : Conventionnement des professions libérales : vers la fin d’un système ?

Et bien entendu, là où les densités sont les plus faibles s'enregistrent les départs à la retraite les plus tardifs (p.163).

Les effectifs de médecins généralistes toujours en baisse

Si les effectifs de médecins augmentent, des disparités subsistent par spécialités. C'est le cas de la démographie des médecins généralités qui confirme sa baisse : -7% depuis 2010. De plus, le mode d'exercice évolue : les médecins généralistes ont tendance à défavoriser l’exercice libéral (- 3.5 points) pour préférer le salariat (+ 4 points) questionnant l'accessibilité et la disponibilité des ressources en offre de soins de premier recours (p.67).

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Départements qui gagnent ou perdent des médecins généralistes en activité régulière entre 2017 et 2018

La féminisation des nouvelles générations

Les femmes représentent 67% des médecins généralistes de moins de 34 ans. Les femmes ont une part significative dans le renouvellement générationnel (p.103).

 

En un mot

L'augmentation des effectifs des médecins est en trompe l'oeil pour plusieurs raisons :

  • l'activité régulière en baisse de 9 points par rapport à 2010.
  • la part grandissante des effectifs de retraités particulièrement dans les territoires où l'offre est en tension.
  • la diminution constante des effectifs de médecins généralistes interrogeant l'accessibilité et la disponibilité de l'offre de premier recours.
  • le choix prépondérant de l'exercice salarié plutôt que libéral lors de l'installation.
  • la polarisation des installations autour des centres urbains et périurbains : "La répartition des nouveaux inscrits met en évidence une France rurale et une France urbaine".
Crédits photos : patricia m.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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