La Lettre de Galilée

De profundis et Urcambis

Comme tous les cyclones, la Loi Bachelot aura eu l’indéniable effet de stimuler la renaissance. Les réformes ont cette indicible vertu, du moins chez les survivants, de revigorer les enzymes de l’activation cellulaire. Instinct de survie ou volonté de conquête, les cerveaux bouillonnants de la transfiguration sanitaire sont en surrégime.

Haletante jusqu’à l’apoplexie dans l’attente fébrile de la nomination des directeurs d’ARS, la COREG a vécu ses dernières heures. Quel travail accompli ! Le secrétaire général des ministères sociaux, Jean-Marie Bertrand, nommé fin juillet pour prendre la tête de la nouvelle CNP (en d’autres termes : le patron des ARS), peut s’enorgueillir d’avoir bâti une véritable machine de guerre. 80 groupes de travail, qui n’ont rien laissé au hasard, pas même la surface du bureau de chaque agent. Certes, quelques incertitudes encore sur le paiement des premiers salaires des 1 577 transfuges de l’assurance maladie mais une communication d’enfer, avec tout ce qu’il faut de suspens, digne de la sortie de la dernière ligne E de chez Mercedes.
Une note interne indique clairement que « le déploiement en région doit se faire autour de chantiers critiques ». Une dizaine, précise la note, d’événements déjà programmés et « qui seront relayés par le niveau national » (comprendre : par la ministre en personne).

C’est probablement la dernière fois que les directeurs d’URCAM se réuniront aussi demain. Grognards du plan Juppé, paradoxalement bannis par tous les directeurs successifs de la CNAMTS sans exception depuis 1997, les « fondateurs » en sont réduits à murmurer un inaudible de profundis en marge d’une réforme tapageuse.
Pas un seul d’entre eux, sauf surprise de dernière minute, n’accèdera à l’adoubement suprême. Auraient-ils démérité ? Non ! Certainement pas, et l’histoire mouvementée de la protection sociale (ou tout simplement les directeurs d’ARS eux-mêmes) reconnaîtra bien un jour l’inestimable travail accompli notamment avec les URML dans une médecine de ville empoussiérée.

L’avenir nous vaudra d’ailleurs de curieux paradoxes.
Car, déficit oblige, les pouvoirs publics ont une impérieuse nécessité de mettre le paquet sur les économies. Empêtrées pour un temps dans des problèmes d’organisation et de logistique, les ARS n’auront pas la force de frappe nécessaire pour boucher les trous les plus béants. En tout cas, pas avant les échéances électorales.
L’assurance maladie est pour le moment furieusement utile. Les succès remportés par Frédéric Van Roekeghem, lequel, selon Les Echos de la semaine dernière, a toutes les chances d’être reconduit cinq ans de plus, donnent aux caisses un second souffle inespéré. Réunis dès les premières lueurs de septembre, les directeurs coordonnateurs (entendez : les patrons régionaux de l’assurance maladie) ont été félicités par le directeur de la CNAMTS lui-même pour les résultats obtenus dans les CAPI. Mais 10% c’est bien mais ce n’est pas assez. Objectif en sortant de la réunion : passer à 40% des effectifs de médecins de ville.
En dépit du recours du Conseil National de l’Ordre des Médecins, le mouvement est en marche et les CAPI pourraient bien à terme changer radicalement le paysage conventionnel. Fort de son succès, le patron de l’assurance maladie ne changera pas un iota de son discours à l’université d’été de la CSMF vendredi à Cannes.
Avec 40% de médecins contractuellement liés aux caisses, le rapport de force s’inverse. La régulation des dépenses se fera dans les caisses, en accord avec les médecins.
On en vient alors à imaginer de renforcer les moyens de ces coordonnateurs régionaux en créant des centres de compétences à l’échelle régionale au sein de l’assurance maladie.
Serait-on en train de créer des Urcam-bis ?

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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