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Croissance : le syndrome d’Ulysse

Éditorial de la 358

L'accélération surprise de la croissance dans la zone euro au premier trimestre (+0,6%) surprend par sa vigueur. Il n'en fallait pas moins pour que François Hollande se réjouisse (enfin) des prémonitions de ses pythonisses et annonce une possible baisse d'impôts. Selon Ingrid Feuerstein des Echos, "l’exécutif y voit un moyen de conforter l’idée que "ça va mieux" et de continuer à redistribuer les fruits d’une croissance qui repart." Reste à savoir qui en bénéficiera. Bercy n'en finit pas de faire ses comptes en rajoutant cette annonce aux 4 Md€ de dépenses nouvelles déjà annoncées depuis le début d’année. "La trajectoire budgétaire ne sera pas facile à tenir, sans compter le risque d’un dérapage des dépenses liées à la prime d’activité". On se souvient du rapport Malvy-Lambert sur la finance publique.

Lire : Rapport Malvy-Lambert, une bombe dans la finance publique.

Un constat partagé par François Ecalle qui note que malgré cette reprise, analysée par Eurostat et l'INSEE, la France fait toujours figure de mauvais élève "en raison à la fois d’un déficit plus élevé et d’une croissance du PIB plus faible", juste devant l'Italie ou l'Espagne.

François Ecalle, haut fonctionnaire, spécialiste des comptes publics, planchant de 2008 à 2015 sur le tant attendu rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, a choisi de se mettre en disponibilité pour lancer un site http://fipeco.fr/, à destination des journalistes, enseignants et étudiants, pour vulgarise et expliquer les enjeux de la réduction des dépenses publiques. Le  retour à l'équilibre des comptes publics étant une priorité de François Hollande pendant sa campagne présidentielle. Un site à mettre dans ses favoris pour parfaire sa culture des finances publiques...

Pourtant, dans ce contexte d'embellie, Lamine Gharbi, le patron de la FHP, s'insurge contre la notion de "bénéfice raisonnable" introduit dans la loi de santé par lequel au-delà d'un certain seuil de rentabilité sur l'activité du soin, la clinique doit reverser l'argent à l'État. Dans le cadre du plan d'économies sur 3 ans de 3 Md€ pour le secteur hospitalier et privé, la FHP déplore, dans les colonnes du Figaro, d'avoir été obligée de détruire 5 000 postes. "Et cette année ce sera encore la même chose."

Lire : Hôpital, le plan d'économies affectera-t-il les effectifs ?

Reprenant les données HospiDiag, Guillaume Guichard revient sur les pertes essuyées par les cliniques : en 2014, 23% des 330 établissements affichent une perte nette, 16% affichent une marge nette minime. Seulement un petit tiers dégagent une marge nette supérieure à 5%. Les discussions sont en cours avec le Ministère pour savoir à partir de quel seuil s'appliquera la notion de bénéfice raisonnable. Pour la deuxième année consécutive, les cliniques font face à une baisse des tarifs. "Baisse des tarifs, bénéfices plafonnés, diminution des moyens des cliniques spécialisées... l'addition est salée. Et ce, alors même que les tarifs appliquées aux cliniques sont déjà inférieurs de 30% en moyenne à ceux fixés pour le public."

Lire : Le temps des cerises.

En cette période de pré-présidentielles, François Hollande doit à la fois boucler le pacte de stabilité, retrouver un certain équilibre des comptes publics, priorité du candidat, et (surtout) ménager son électorat, ou ce qu'il en reste, pour se faire réélire et paraître socialement sympathique avec quelques annonces sorties du chapeau. Mais il ne parvient qu'à soulever une guerre des gauches. Dans Challenges, cette semaine, Jean-Marie Colombani, sans souhaiter faire d'"analogie", se permet de rappeler le mot de Léon Trotski fustigeant l'attitude des communistes de l'Allemagne des années 30, plus préoccupés de la montée des sociaux-démocrates que par l'hitlérisme. Il les avait rebaptisés les "sociaux-traîtres". "Ceux qui se rangent du trotskisme ou qui se rangent, par l'organisation ou par la pensée politique, à l'extrême gauche, font des socialistes au gouvernement, en France, leur ennemi principal. (...) [ils ont] convaincu une part non négligeable de l'électorat de la gauche que François Hollande était bien coupable de trahison. Il passe aujourd'hui pour le président le pus renié. En même temps, cette guerre des gauches, des extrêmes gauches contre la gauche du gouvernement , se déroule dans un contexte européen de montée des populismes et des extrémismes. (...) Qu'à cela ne tienne ! Aux yeux de cette mouvance, il est bien plus important d'empêcher François Hollande d'être candidat à sa propre succession."

Lire : Personne ne bouge !

Dans L'Opinion, Éric Le Boucher n'en peut plus et choisit la troisième voie : celle du numérique et de l'intelligence artificielle. "Je crois que c’est ce qu’il y a de mieux à faire : remplacer nos politiques nuls par des ordinateurs dotés d’intelligence artificielle (...) La bonne politique est connue. Ce qu’il faut faire est écrit noir sur blanc depuis vingt ans dans tous les projets, les programmes, les rapports. La ligne directrice est acceptée : une bonne économie doublée d’un social moins cher mais plus efficace. Les seules questions sont de mise en œuvre et la méthode est, elle aussi, connue : le pragmatisme. Dès lors, rien de plus facile que de mettre tout ça en organigramme et bourrer les computers des données qui pullulent sur tout. Et en avant la musique. AlphaPol Président !".

Chiche !

Crédits photos : Mam'zelle Flo.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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