Dépistage Covid-19 : la stratégie du Gouvernement dans le flou

Éditorial de la 498ème

C‘est finalement Jean Castex, le Premier Ministre, plutôt qu’Olivier Veran, le Ministre de la Santé, qui a été désigné pour annoncer les prochaines mesures pour contrer la pandémie de Covid-19. Un choix de communication préférable pour rassurer des Français plongés de force dans un climat anxiogène.

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À l’issue du Conseil de Défense, vendredi dernier, le Premier Ministre a tenu un discours bien moralisateur. « La période estivale a été marquée par une forme de relâchement que l’on peut probablement expliquer après les longues semaines de confinement du printemps dernier.(…) Demain dépend de vous, de nous ». 

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Mais il a voulu surtout tenté de se montrer cohérent : « Face à cette épidémie, notre stratégie ne varie pas : lutter contre le virus en évitant de devoir mettre entre parenthèse notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement. » Cohérent mais complètement différent de l’approche initiale. Le choix est clairement de préserver l’économie du pays, pour éviter les dégâts d’un nouveau confinement (voir notre dernier édito n°497). Le Président a d’ailleurs rassuré les plus libéraux devant la French Tech lundi : il ne croit pas dans la décroissance et au « modèle amish« …

C’est donc un changement de cap majeur par rapport aux annonces de mars dernier, lorsqu’Édouard Philippe assénait : « notre objectif, avec le Président de la République est de protéger la Nation, de vous protéger« . Les annonces du Premier Ministre ne sont pas révolutionnaires. On décentralise la gestion aux préfets pour adapter aux territoires la meilleure stratégie face à la pandémie.

Aujourd’hui, pour soutenir l’économie et concilier les impératifs sanitaires élémentaires, on en vient tout de même à obliger les enfants de plus de 11 ans à porter le masque à l’école, toute la journée, à l’intérieur comme à l’extérieur, mais à autoriser de l’enlever une fois assis au restaurant ou au bar. Il est donc admis qu’assis à une table avec une mousse et des cacahuètes, on peut ne pas porter le masque; alors qu’assis à une table, avec un cahier et un crayon, on doit absolument le conserver.

Comme nous l’évoquions la semaine dernière, la France poursuit sa stratégie de dépistage massif. Même si les délais de prélèvement et d’obtention des résultats des test PCR s’allongent risquant de saturer le sytème de soins. Mais on s’obstine et on s’adapte.

Le Ministre de la Santé, Olivier Veran, a tenu une conférence de presse hier, jeudi. « Nous sommes – au regard du nombre de tests réalisés chaque jour – confrontés à de réelles difficultés organisationnelles que nous devons résoudre. » a-t-il précisé. « C’est la raison pour laquelle nous avons instauré une doctrine de priorisation des tests avec une liste de personnes prioritaires (…) Les cas contacts des cas contacts ne sont pas des cas contacts ».

Les tests sont gratuits pour tous depuis l’arrêté du 25 juillet mais sous certaines conditions. On apprend sur le site Ameli.fr que les délais de réalisation des tests pour qu’ils soient remboursés par la Sécurité sociale doivent absolument être de 24 heures, en cas d’apparition des symptômes ou si le cas contact vit dans le même foyer que la personne contaminée, et 7 jours, si le cas contact ne vit pas avec la personne contaminée et qu’il ne présente pas de symptômes. Des délais aujourd’hui intenables car le système est saturé.

Hier, Hervé Jouve, le patron d’Unilians, l’union des laboratoires d’analyses de biologie médicales Loire, Rhône, Isère, interviewé par BFM Lyon, évoque également les délais pour obtenir les résultats : « Le remboursement est soumis à une nomenclature qui date de mars/avril de cette année. Au début de la crise, nous avions des capacités importantes de réalisation de tests par rapport à la demande qui était beaucoup plus faible. Et il nous était imposé de rendre tout en 24 heures pour être remboursé. Les demandes du Gouvernement ont un peu changé; le texte n’a pas bougé. Mais je pense que les tests seront remboursés malgré qu’on ne puisse pas tous les réaliser en 24h« . Cela revient à dire que les tests non prioritaires sont remboursés alors que légalement ils ne devraient pas l’être dès lors que le délai de 24 heures n’est pas respecté.

Pour préserver la paix sociale des Français inquiets sur leur santé, le Gouvernement a certainement donné des consignes à la CNAMTS de rembourser coûte que coûte. Quitte à flinguer toute la stratégie de tracing en saturant et en engorgeant le système.

« Après la pagaille des masques, on a la pagaille des tests » s’insurge froidement Ségolène Royal, reléguée par Emmanuel Macron à la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique, au micro de Jean-Jacques Bourdin.

Après le bide total de l’application StopCovid, téléchargée 2,3 millions de fois (autrement dit 3% des Français) et qui n’avait envoyé que 72 notifications depuis son lancement pour une facture mensuelle de 200 000 €, on s’oriente à ce rythme-là vers un bide des tests PCR qui n’auront réussi à déceler aucun cluster à temps…

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On attend encore les tests salivaires déjà utilisés aux États-Unis et validés par la FDA (Food and Drug Administration) depuis mi-août.

Avec un tel degré d’impréparation, aurait-on atteint les limites de l’omnipotence de l’État français ? Comment peut-on arriver à perdre la partie avec un brelan d’as en main ? Comme le disait Jean Castex, « notre stratégie ne varie pas« . Ne changeons rien alors puisque tout va bien. Il n’y a pas eu de pénurie de masques, il n’y a pas eu de retard à l’allumage des stratégies de dépistage. À croire que les scandales s’enchaînent dans le but de nous faire oublier le précédent… Les commissions d’enquête sur la gestion de la pandémie auront certainement du mal à polir cette idéologie de granit.

Crédits photo : La Lettre de Galilée.

 

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.