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Quand le Conseil de l’Ordre des médecins se prend pour la CGT

La Lettre de GaliléeLa Lettre de GaliléeIl n'y a pas que le crâne dégarni et les moustaches fournies qui les réunissent. Le Congrès des Maires de France cette semaine a été l'occasion pour Patrick Bouet, le président de l'Ordre des Médecins, de dresser un constat alarmiste sur la démographie médicale, renouant avec les élans lyriques des députés communistes des années 70... 

Au 99ème Congrès de l'Association des Maires, présidée par François Baroin, le dauphin de Nicolas Sarkozy, qui s'est déroulé de mardi à jeudi dernier, les langues se sont déliées pour faire "cause commune". Derrière le jeu de mot, édiles et médecins ont trouvé un sujet de prédilection partagé : la désertification médicale. Le président de l'AMF ouvre le bal : "il n'y a pas un canton qui ne soit touché par un problème d'accès aux soins. Cela concerne aujourd'hui même les villes moyennes, voire certaines métropoles. C'est la raison pour laquelle nous avons considéré que la santé publique était une problématique centrale et devait être le thème numéro un de ce congrès". Les élus locaux boivent du petit lait... "La France a raté un tournant dans la formation de son personnel médical du fait du numerus clausus" poursuit-il.

Lire : Et si les déserts médicaux étaient un mirage ?

Patrick Bouet, le Président du Conseil national de l'Ordre des médecins, s'en est donné à coeur-joie : "l’Etat n’a pas été capable d’anticiper la catastrophe démographique et aujourd’hui aucun territoire du pays n’est à l’abri (...) On a perdu 14 000 généralistes en quinze ans, et on va en perdre encore 6 000". Il s'agit d'un "déficit structurel" de médecins qui n'épargne "aucun territoire", bien au-delà en effet des seuls territoires ruraux.

Déjà, le 26 janvier dernier, le CNOM avait publié 10 propositions pour réformer le système de santé au sein d'un Livre Blanc. L’objectif est "d'alimenter le débat public et les programmes politiques des prochaines échéances électorales dans la perspective d'aboutir à la construction d'une réforme de santé ample et partagée". L'une des propositions portait sur la réforme du numerus clausus.

Lire : Conventionnement des professions libérales, vers la fin d'un système ?

Mis en place en 1971, le numerus clausus entend réguler l'activité médicale. Il est en fait la rencontre de deux intérêts : celui des syndicats professionnels qui préfèrent limiter la concurrence et celui des caisses d'assurance maladie qui en limitant l'offre réduisent les dépenses. Jusque dans les années 1990, ce sont les syndicats de médecins et la CNAMTS qui ont ferraillé pour limiter au maximum le NC. En accusant ainsi les pouvoirs publics, M. Patrick Bouet à la mémoire très courte. Et révisionniste.

A la suite de la Commission Fougère en 1977 qui propose de réformer les études et de limiter le numerus clausus, il n'y a guère que les députés communistes pour défendre encore l'accès pour tous aux études médicales. Ainsi, le 21 avril 1977, une archive disponible de l'Assemblée Nationale retrace les débats de l'époque sur la réforme des études médicales. Le Dr Millet, député-maire d'Alès, communiste, s'emporte : "pourquoi cette hâte du Gouvernement à renforcer la sélection au début des études médicales ?

En agissant ainsi, le Gouvernement visait et vise toujours deux objectifs. D'une part, adapter le nombre des étudiants en médecine aux structures d'accueil, dans un secteur hospitalo-universitaire lui-même en crise et d'autre part, adapter le nombre des médecins à la stratégie du Gouvernement et du patronat en matière de santé. Alors même que tous les aspects de la vie économique et sociale, dominée par quelques grands groupes privés, constituent une atteinte grave à la santé de la population, cette politique tend à comprimer encore les dépenses de denté et à en faire supporter le poids par les intéressés eux-mêmes."

Le député-maire centriste et chirurgien, le Dr Deleneau lui répond : "laisser les étudiants s'engager sans sélection dans cette formation professionnelle longue et difficile, n'est-ce pas, en effet, mettre en place un piège qui se refermera sur la médecin libérale ? Il sera facile, ensuite, d'attirer les nouveaux médecins vers une médecine totalement fonctionnarisée qui leur assurera momentanément la sécurité mais, à terme, les maintiendra dans la médiocrité et l'aliénation au pouvoir politique."

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Pour revenir sur l'histoire de ce mandarinat, le Dr Wallach a relu les archives du Quotidien du Médecin et compilé quelques extraits au sein d'un livre intitulé Numerus Clausus, pourquoi la France va manquer de médecins très intéressant à lire ou relire.

Comme quoi, les années passent et les problèmes subsistent. Le CNOM et les syndicats de médecins souhaitent peser dans le débat depuis leur opposition farouche à la loi de santé. Quitte à oublier le passé et céder aux sirènes de l'idéologie. Comme la CGT.

Crédits photos : Nina Miller.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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