La Lettre de Galilée

Chiffons rouges et banderoles

Écorchée jusqu’à l’os par plus de 1400 amendements et 60 heures de discussions opiniâtres en commission sociale –du jamais vu– la loi Bachelot est examinée aujourd’hui par le Sénat en séance plénière.
La torpeur légendaire des sages de la chambre haute n’est plus ce qu’elle était. Les souvenirs du plan Barre de 1980, Séguin de 1987 et celui de Juppé de 1995 ont produit des antidotes énergiques contre la somnolence camérale. Il suffit d’entendre le pas des manifestants sur le pavé parisien pour éveiller spontanément un réflexe pavlovien contre l’endormissement du pouvoir.
D’autant plus efficace qu’on sait que ce genre de manif, celle des médecins, se paie généralement à l’élection suivante.

Car, tout de même, il n’est pas coutumier de voir tant de grands patrons de la médecine, habituellement si peu enclins à s’exhiber autrement que dans les congrès internationaux, à occuper l’avenue de Ségur avec autant de conviction. Et un Bernard Debré plus vrai qu’un Bernard Thibaut dans l’exercice cocasse d’une révolution éphémère.

La médecine en colère fait trembler le pouvoir. Au point que la malheureuse loi HPST, si courageusement défendue par sa génitrice, en est défigurée. À tel point aussi que le Président, encore une fois, monte au créneau (cf. la une de Le Figaro de ce matin) pour reprendre les commandes à la faveur d’un opportun rapport Marescaux.
Remis hier à Nicolas Sarkozy, le rapport de la commission qui porte le nom de son président/rapporteur propose une direction collégiale des hôpitaux, proposition que le Sénat pourrait bien faire sienne.
Mais les sénateurs ont entendu aussi les grognements de la médecine libérale dont la relation avec le pouvoir en place a été si longue à se rabibocher depuis 96. La contribution forfaitaire exigée dans le cadre du « Contrat de Santé-Solidarité » (taxe pour aider les zones sous-médicalisées) est passée à la trappe. L’obligation d’installation pour les jeunes médecins a suivi le même chemin. Pour avoir compris que Roselyne Bachelot avait l’intention de restaurer un semblant de cohérence à son dispositif dans le débat public qui commence ce matin, la CSMF montre ses muscles à la même heure tandis que Nicolas Sarkozy tente simultanément de déminer le terrain depuis Nancy.

Reste l’essentiel derrière toutes ces corporations provisoirement et partiellement satisfaites : une loi bien mal en point !
Or comment faire comprendre aux médecins qu’il existe des gisements d’économies considérables (cf. La Lettre de Galilée n° 75) ? Comment faire admettre que le système de santé est mal géré et qu’une réforme est indispensable ?
On aurait pu attendre une riposte argumentée des directeurs d’hôpitaux et de l’assurance maladie sur la gabegie de moyens qui nuit à l’excellence si véhémentement revendiquée par les grands noms de la médecine. Que nenni !
Les premiers sont restés étonnamment silencieux. Probablement abasourdis par les attaques (sans doute hélas justifiées) dont ils ont été la cible, les directeurs d’hôpitaux n’apportent aucun argument sur le bien-fondé d’une gouvernance plus rationnelle.
Tout juste a-t-on entendu dans Le Quotidien du Médecin du 30 avril 2009, le président du SNCH évoquer le « chiffon rouge » de la gestion comptable des hôpitaux par les médecins hospitaliers pour faire peur aux patients. On aurait apprécié des détails plus éloquents d’établissements PSPH dont la gouvernance est exactement conçue sur le modèle de ce qui est prévu par la loi et qui, jusque-là, n’a pas démérité, que l’on sache !
La seconde n’a pas été très loquace non plus. Les services médicaux de l’assurance maladie regorgent de statistiques sur l’inadéquation des hospitalisations par rapport aux pathologies et sur les transgressions de la T2A. Chiffres qui auraient pu s’avérer opportuns dans le débat actuel sur la différence entre gestion comptable et recherche d’efficience.

Dans ce désert pédagogique, les chiffons rouges ont la belle vie. Et les banderoles ne sont pas au placard.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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