Accueil / [Re]vue de Web / [Re]vue de Web : Santé, enfin du concret

[Re]vue de Web : Santé, enfin du concret

Si Emmanuel Macron déroulait sa pensée complexe lundi dernier à Versailles devant des parlementaires pantois, Édouard Philippe, le lendemain s'attachait, quant à lui, à détailler une feuille de route bien plus concrète sur les "sujets qui fâchent".

Lire : On badine à Versailles, on folâtre à Nancy

 "À force de constater que François Hollande était incapable de prendre de la hauteur, Emmanuel Macron a visiblement décidé d'adopter l'attitude inverse. Avec excès. (...) Mais les parlementaires n'avaient pas fait le voyage de Versailles pour entendre un discours si stratosphérique. Ils en sont repartis avec la conviction que Jupiter devrait redescendre sur terre, ou tout au moins s'en rapprocher" remarque avec malice Paul-Henri du Limbert dans l'édito du Figaro de mardi dernier. Dans Valeurs Actuelles, Yves de Kerdrel ironise : Macron aurait confondu le Congrès et le Collège de France.

Lire : Macron, coup de poker sur la santé

Le discours d'Édouard Philippe sur la santé

Le Premier Ministre s'est exprimé plus clairement sur les grands chantiers du quinquennat et a évoqué ceux concernant la santé. Agnès Buzyn a confirmé les engagements majeurs peu de temps après.

Extrait du discours de politique générale d'Édouard Philippe devant l'Assemblée Nationale

"Rétablir la confiance c’est aussi rassurer les Français sur le futur de la Sécurité sociale. La Sécurité sociale est une partie de nous-mêmes. Elle est comme le veut une belle formule "le patrimoine de ceux qui n’en ont pas". Mais alors si tel est le cas traitons-la comme un véritable patrimoine, en l’entretenant, en la préservant, en la rénovant.

C’est vrai pour notre système de santé. Les Français y sont attachés parc que, à juste titre, ils font confiance à leur médecin et aux professionnels de santé et à l’hôpital qui reste un pole d’excellence française. Mais ils constatent aussi que le système est mal coordonné, que la répartition entre urgence et consultation, entre soins de ville et soins hospitaliers n’est pas optimale, que l’on évite au fond ni l’exclusion des soins, si l’accroissement des inégalités.

La prévention sera le pivot de la stratégie nationale de santé discutée à l’automne. Des maladies que l’on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur ce n’est pas admissible.

L’an prochain, les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé, deviendront obligatoires.

En matière de lutte contre le tabac là encore il nous fait assumer des choix courageux. Chaque année le tabac en France entraine plus de 80 000 décès. C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents. Ne rien faire est exclu, nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi.

Nous créerons un service sanitaire pour les étudiants des filières de santé, pour leur permettre d’intervenir dans les écoles et les entreprises pour des actions de prévention. Mais prévenir ne suffit pas. Il nous faudra aussi revoir la manière dont est organisé notre système de soins.

Nos professionnels de santé sont compétents et dévoués. Mais leur action est trop souvent entravée par les rigidités de nos structures, les carcans administratifs, le fonctionnement en silos. Il faut donc bâtir des parcours de soin en favorisant l’interconnexion des professionnels de santé et la circulation de l’information au bénéfice du patient, en mettant en place de nouvelles incitations et de nouveaux modes de rémunération, en mesurant la qualité des soins et en la faisant connaitre.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale traduira cette ambition dès cette année. Notre stratégie de santé devra aussi permettre de garantir un égal accès aux soins. Pas seulement en droit mais surtout dans les faits.

La ministre de la Santé prépare, pour le mois de septembre prochain, un plan de lutte contre les déserts médicaux en bonne intelligence avec les collectivités territoriales et les acteurs du monde de la santé. En la matière, la télémédecine offre des opportunités formidables, nous les favoriserons.

Enfin notre stratégie de santé devra rompre le cercle vicieux du renoncement aux soins. D’ici la fin du quinquennat tous les Français auront accès à des offres sans aucun reste à charge pour les lunettes, les soins dentaires et les aides auditives.

Rétablir la confiance c’est savoir que nous serons tous ici, tous, jugés sur la façon dont nous nous comportons avec les plus faibles. Pas seulement pour changer le regard que la société porte sur eux, sur le handicap, sur les personnes âgées, sur les plus pauvres, mais aussi pour reconnaître tout ce que nous pouvons recevoir d’eux.

Nous revalorisons dès 2018 l'Allocation adulte handicapé et le minimum vieillesse ; nous simplifions les procédures pour les titulaires de droits sociaux qui souvent, par désespoir ou par ignorance, ne les réclament plus.

Nous renforcerons notre action en matière de lutte contre la pauvreté en insistant particulièrement sur les familles comprenant de jeunes enfants. Ces efforts financiers sont nécessaires et ils ne seront pas suffisants. Il nous faut aussi reconnaître et soutenir les solidarités familiales affectives et financières. Les familles sont de plus en plus diverses, mais leur rôle reste central.

La génération de mes grands-parents a été la première à bénéficier de la retraite ; la génération des mes parents est la première à bénéficier de la retraite tout en ayant assumé une partie de l'aide à ses propres parents. Le changement de civilisation est majeur, il ne me paraît pas suffisamment pris en compte ; la baisse de la natalité de son côté, réelle depuis deux ans, doit nous alerter. Nous cesserons donc de considérer les familles comme de simples variables d'ajustement fiscal.

La ministre de la Santé et des Solidarités présentera des mesures améliorant le congé maternité et les solutions de garde d'enfant ; c’est aussi une mesure qui s'inscrit dans la grande cause nationale de l'égalité entre les femmes et les hommes.

L’inclusion des personnes en situation de handicap constituera une des priorités du quinquennat. C'est à une mobilisation nationale que j'appelle sous l'impulsion du président de la République et sous la conduite de la secrétaire d'Etat. Les personnes en situation de handicap et celles qui les accompagnent ont droit à la solidarité nationale. Elles ont besoin de bien plus encore, et elles peuvent nous apporter davantage.

Un enfant handicapé scolarisé ce n’est pas simplement une histoire d'argent ni même de justice, c'est une chance pour l'ensemble de ses camarades. Une entreprise ou une collectivité territoriale qui embauche plutôt que de payer une taxe c'est une communauté de travail plus forte et plus motivée.

Les moyens ne pourront pas être illimités, mais l'énergie que nous y mettrons ne sera pas comptée."

Agnès Buzyn confirme sa feuille de route

Dans le prolongement de ce discours de politique générale, Agnès Buzyn a confirmé lors d'un point avec la presse sa volonté de rendre obligatoires 8 vaccins supplémentaires, jusqu’alors simplement recommandés pour la petite enfance, en complément des 3 vaccins actuellement obligatoires.

"Cette décision répond à une nécessité de santé publique. La France a des taux de couverture vaccinale meilleurs que les autres pays pour les vaccins obligatoires, mais ils sont en revanche très insuffisants pour la plupart des vaccins recommandés. Cette couverture vaccinale insuffisante, à l’origine d’épidémies, a conduit à la réémergence de certaines maladies et engendré des hospitalisations et des décès évitables. Ces maladies transmissibles sont, en outre, particulièrement dangereuses pour les enfants et les personnes plus les fragiles : la vaccination n’est pas seulement un acte individuel, elle est également destinée à protéger son entourage. Se faire vacciner permet de se protéger et de protéger les autres." explique-t-on dans un communiqué du Ministère publié le lendemain.

Invitée d'Élizabeth Martichoux sur RTL, la Ministre de la Santé tente de convaincre les Français sur la vaccination. Un surcoût de "10 à 20 M€" pour la Sécurité Sociale assez faible au regard des coûts des maladies évitables. "Nous travaillons sur une clause d’exemption… si vraiment les familles s’opposent absolument, nous essaierons de de leur permettre d’éviter la vaccination" a-t-elle rajoutée au micro. Un casse-tête difficilement applicable.

Elle a confirmé par ailleurs l'augmentation forte du prix du tabac à 10€ le paquet "d'ici à trois ans".

 

La nouvelle équipe cherche à tourner la page de l'ère Touraine. Il est bien question de "confiance" dans le discours du Philippe alors même que les idées et les recettes sont toujours les mêmes que depuis la loi HPST...

Le trou de la Sécu est de retour

Selon le rapport à la Commission des comptes de la Sécurité sociale publié hier, le déficit de la sécurité sociale se résorbe moins vite que prévu. "Le déficit du régime général et du FSV s’élèverait à 5,5 Md€, en amélioration de 2,2 Md€ par rapport à 2016 mais en dégradation de 1,3 Md€ par rapport à la prévision de la LFSS." Contrairement à ce qu'affirmait Marisol Touraine l'année dernière, elle n'a pas sauvé la sécu... Il faudra plutôt attendre 2019-2020.

 

Une note du Conseil d'analyse économique montre qu’"une baisse ambitieuse des dépenses publiques est compatible avec une reprise de la croissance si elle est sélective, structurelle et accompagnée d’un programme temporaire d’investissement". Cette note porte un regard critique sur le système mixte d'assurance-maladie français (sécurité sociale obligatoire et organismes complémentaires) et propose de concentrer la couverture obligatoire sur un "panier de soins solidaire" ; à charge pour les complémentaires de développer une offre en dehors du périmètre de ce panier. Avantage du dispositif, selon le CAE : "Le financeur du panier de soins solidaire pourrait contractualiser avec les offreurs de soins afin de mieux maîtriser la dépense et l'accès aux soins" relève le QdM.

Agnès Buzyn saisit l'IGAS sur le tiers payant généralisé

La Ministre l'a assuré sur RTL : "La mesure sera généralisée quand les médecins pourront accéder à un système fiable qui ne leur prend pas du temps médical. Je tiens à ce que les médecins soient partie prenante des évolutions". De quoi satisfaire les médecins qui ont été braqués par une mesure jugée trop idéologique...

Lire : Les vrais enjeux du tiers-payant généralisé

Pour cela, elle compte lancer une mission de l'IGAS sur le sujet. Emmanuel Macron s'était déjà prononcé en faveur d'une telle mesure de concertation lors de la campagne présidentielle.

 

Crédits photos : UMP

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.

Voir tous ses articles.

x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

PLFSS 2018 et expérimentations de la télésurveillance médicale : qu’en penserait Nostradamus ?

L’amendement n° 489, adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, sonne-t-il comme ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer