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Quand la Cour des Comptes se prend pour la Haute Autorité de Santé

Dans son rapport public annuel, la Cour des Comptes s'est livrée à un exercice peu habituel. Les Sages de la rue Cambon, garants de la bonne gestion de l'administration publique, ont ainsi consacré un chapitre entier sur la politique vaccinale en France. Et ces énarques émérites ont même troqué leur hermine contre un stéthoscope en se hasardant à quelques recommandations de santé publique. Mais que fait la Haute Autorité de Santé ?

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La piqûre de rappel

La Cour des Comptes analyse ainsi froidement les taux de couverture de la vaccination en France qui, pour les vaccins obligatoires sont satisfaisants. Concernant les vaccins recommandés, en revanche,  "la situation est nettement plus contrastée" (p.208), géographiquement et socialement. En réalité, si la couverture vaccinale augmente en France, elle reste largement en-dessous des ambitions et des objectifs assignés en 2010.

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S’agissant des vaccinations spécifiques à certaines catégories de populations, "les taux de couverture demeurent insuffisants" (p.209). C'est le cas de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) ou celle contre la grippe saisonnière. Mais, fortuitement, le rapport n'ose aborder les raisons de cette déréliction vaccinale : "Ainsi, entre 2010 et 2014, les opinions défavorables ont progressé pour ce qui concerne la vaccination contre le papillomavirus humain, alors même que de nombreux articles scientifiques ont démontré son efficacité pour éviter la survenue de cancers du col de l’utérus." Surprenant, n'est-ce pas ?

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Quelques piques sont lancées pour expliquer cette "hésitation vaccinale particulièrement importante" qui s’inscrit "dans un contexte français où se sont succédé depuis plus de 20 ans de multiples crises qui ont affaibli la crédibilité des autorités sanitaires" (p.215).

Le fléau de l'"hésitation vaccinale"

Les Français préfèrent l'homéopathie plutôt que les vaccins, constate le rapport qui n'hésite pas à rapprocher les deux chiffres d'opinion. Et 41 % des Français  estiment que les vaccins ne sont pas sûrs, 17 % doutent de leur efficacité et 12 % ne tiennent pas les vaccins infantiles pour importants.

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Mais le phénomène n'est pas franco-français : selon l'Organisation Mondiale de la Santé, "la réticence à la vaccination comme un problème mondial à la fois complexe et d’évolution rapide qui nécessite une surveillance continue".

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En France, le calendrier vaccinal est devenu "illisible" et "complexe", pour les patients comme pour les professionnels : "de 4 pages jusqu’en 2002, il est passé à 8 pages en 2003, 12 en 2004, 16 en 2005, 20 en 2007, 32 en 2009, 55 en 2014 pour atteindre 64 pages en 2017". Le rapport pointe du doigt également une "hésitation vaccinale" qui touche également les professionnels de santé. "Face à des couvertures vaccinales parfois lacunaires qui font peser un risque de réémergence de certaines pathologies, et malgré le développement d’une hésitation qui touche les citoyens comme les professionnels de santé, les pouvoirs publics ne se sont mobilisés que lentement" (p.220).

Quelles solutions ?

Face à cette "érosion inquiétante de la couverture vaccinale", le Ministère de la Santé n'a réagi que tardivement avec des plans successifs "inaboutis". Face à ce constat, "l’extension des obligations vaccinales a fini par apparaître comme l’unique solution" (p.222).

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Si la Cour des Comptes estime légitime cette extension de l'obligation vaccinale, elle appelle à une "nécessaire clarification". Mais, même cette pédagogie pour regagner la confiance ne suffira pas : "des mesures complémentaires s’imposent dans le cadre d’une politique d’ensemble" (p.225).

Pour faciliter le "parcours vaccinal", la Cour plaide pour un élargissement des compétences de certains professionnels de santé (infirmier, pharmacien, sage-femme), rejoignant ainsi les conclusions du Haut conseil de la santé publique en 2014. En gros, on ne peut pas trop compter sur les médecins car ils ne se vaccinent pas eux-mêmes et ne tiennent pas leur ROSP...

L'école pour prévenir de l'hésitation vaccinale

L'échec retentissant de la campagne de vaccination contre l’hépatite B en 1994-1995 "a laissé des traces" (sic) auprès des personnels de santé de l’éducation nationale. Le ministère de l’éducation nationale est complètement absent des problématiques de vaccination alors qu'une stratégie vaccinale renouvelée impose une "approche interministérielle forte" afin de "redonner à l’école un rôle actif dans l’amélioration des taux de couverture et dans la prévention de l’hésitation vaccinale" (p.230).

Les Sages partent en "guerre" contre les réseaux sociaux

Rejoignant la vision négative d'Agnès Buzyn sur les réseaux sociaux propageant de fausses rumeurs sur les vaccins, la Cour des Comptes veut livrer une "guerre d’influence" contre "les rumeurs et polémiques, relayées et amplifiées par les médias sociaux et souvent accompagnées d’un discours "complotiste", [qui] alimentent les doutes et créent un climat anxiogène sur la vaccination". Elle engage la HAS à tweeter davantage ses messages de santé publique...

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Ah ces réseaux sociaux ! Avec un simple hashtag, on dévoile le côté obscur des choses. Et quand on voit la guerre de comm que livrent les CHU pour endiguer le phénomène et redorer leur blason, on a vraiment l'impression en lisant les recommandations de la Cour des Comptes que deux mondes s'opposent, deux paroles, deux visions. L'Administration vs. le Complot.

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Crédits photos : Jeanne Menjoulet.

 

 

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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