Entre le chaos et l’eau tiède

Le chamboulement politique que vivent les citoyens français les place dans une situation cornélienne : empêcher le chaos qu’entraînerait une victoire du Front National ou opter pour le projet peu argumenté d’un jeune premier de la classe, arrivé premier au premier tour, qui s’évertue à ménager la chèvre et le chou dans l’espoir de rebattre les cartes de la gouvernance politique française.

La mal-être de beaucoup de citoyens est visible car les voilà coincés, les citoyens français, dans une situation sans comparaison possible avec le 21 avril 2002. En quinze ans, le FN s’est dédiabolisé, s’est banalisé, Marine Le Pen sourit, édulcore, rassure au point de faire oublier le fond de commerce d’un parti qui prend racine dans ce que l’histoire française renferme de plus détestable. On n’écoute plus les experts, fussent-ils prix Nobel, trop compliqués, trop longs, on s’en remet, entre deux métros, aux inepties et au charabia anonyme des réseaux sociaux, désormais refuge mondial de la crétinerie internationale, l’opinion se résume à 140 caractères.

En face, ce n’est pas Chirac, le chouchou des Français, sortant en 2002 d’un septennat en demi-teinte, rose/bleu, rassurant, bonhomme, tâtant le cul des vaches au salon de l’agriculture entre deux Corona, et qui, en dehors du Plan Juppé, avait fait du hollandisme avant l’heure. Non. En face, il y a Emmanuel Macron, inconnu, insaisissable, réussissant à 39 ans un coup de poker incroyable.

Aucun doute. Il faut éviter le pire. Beaucoup disent que l’abstention conforterait le FN comme le plus grand parti de France, dans un nouveau schéma bipolaire. Certains se disent aussi qu’après tout le vrai pouvoir sera au parlement après les législatives et que si Marine Le Pen arrivait en tête au 2ème tour, elle serait comme Donald Trump : une présidente aux pouvoirs limités. C’est oublier que la constitution de 1958, faite par et pour un général, donne au président français un domaine de compétences énorme. Une présidente qui se pointerait à Bruxelles, à l’ONU, à Moscou… pendant que le parlement se déchirerait sur les affaires intérieures.

Vous imaginez-vous le bazar ?

Alors Macron, oui, mais à quelle condition ? Pour le monde de la santé et de la protection sociale, cette success story pourrait être une opportunité exceptionnelle, une occasion unique de réviser de fond en comble la manière de gérer le système de santé. Cinq ans de Marisol Touraine ont épuisé les envies de bien faire. Et la pire erreur de Macron serait de continuer sur sa lancée. L’équipe « santé » d’En Marche commence à sortir du bois. Certains se propulsent déjà ministre, tel Olivier Véran, encore un petit génie qui, à 37 ans est neurologue au CHU de Grenoble, mais aussi élu socialiste de la région Rhône-Alpes, député suppléant de la ministre Fioraso dans le gouvernement Valls et qui se déclare candidat aux législatives de juin au nom de la « société civile ».

On dit qu’une cinquantaine de personnes, sous la houlette d'Olivier Véran, ont participé au programme santé d’En-Marche. Qui sont-ils pour accoucher de propositions aussi creuses ?

Il existe aussi quelques soupçons de conflits d'intérêts que Le Monde et La Lettre dans son numéro 399 ont exprimés.

« Pas de chèque en blanc » a dit Macron sur TF1. Ira-t-il jusqu'au bout d'un vrai changement ou fera-t-il comme les autres? Comme nous l’avons écrit, c’est un autre schéma de gouvernance auquel les professionnels aspirent et il faudra au gouvernement s’appuyer sur une société civile prête à offrir son expérience, son savoir-faire, son ardeur, ses idées. À condition qu’on l’écoute. Il faut refaire confiance aux citoyens, aux partenaires sociaux, aux syndicats professionnels, au monde associatif, et ne pas s’en remettre systématiquement à la haute fonction publique au motif qu’elle sait tout.
Comme le dit le président de la CSMF, c'est ce que souhaitent les médecins libéraux.

A bon entendeur

Crédits photos : OECD.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l’Assurance maladie jusqu’en 2002. Il est depuis cette date consultant international.

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