Coronavirus : les masques vont tomber

Éditorial de la 487ème

Lors du conseil de défense au ministère de l’Intérieur, vendredi dernier, Emmanuel Macron a réglé ses comptes avec Agnès Buzyn en lâchant : « Je félicite toutes celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu, les commentateurs en sont plein« . Les aveux de l’ancienne ministre avait fait l’effet d’une bombe faisant le jeu des dissidences politiques et des thèses complotistes les plus loufoques.

Lire : Coronavirus : les déclarations polémiques d’Agnès Buzyn sèment le trouble

Hélas, pendant que la classe politique s’écharpe, l’hécatombe continue. Selon Santé publique France, hier à 14h, la France comptait 19 856 cas confirmés et 860 décès depuis le début de la pandémie. Et on apprenait les premiers décès parmi le corps médical ce week-end : samedi, le premier médecin hospitalier, Jean-Jacques Razafindranazy, âgé de 68 ans, est décédé du coronavirus, sans antécédent particulier. Un choc parmi les soignants qui redoutait la nouvelle. Quatre autres médecins de ville sont décédés : trois médecins généralistes de la région Grand-Est (Haute-Saône, Haut-Rhin, Territoire-de-Belfort) et un gynécologue-obstétricien qui exerçait à Mulhouse dans le Haut-Rhin. Selon France Info, 490 cas positifs parmi les médecins sont recensés à Paris.

« Sans masques, les médecins vont tomber les uns après les autres » s’insurge le Dr. Hervé Boissin dans Le Parisien. Malgré les annonces d’Édouard Philippe qui promet 12,3 millions de masques livrés cette semaine dans 21 000 pharmacies, il est toujours difficile pour les soignants de s’en procurer dans les pharmacies. Olivier Véran a annoncé samedi avoir commandé 250 millions de masques, qui seront « progressivement » distribués en priorité aux professionnels de santé. « Les stocks de masques existent, même s’ils sont insuffisants. Les autorités ne savent même pas où se trouvent ces stocks. Pis, elles ne savent pas comment distribuer ces masques. Il n’y a aucune coordination, même des préfets s’en plaignent. Ça fait quinze jours qu’on nous promet des masques, on n’a toujours rien ou alors au compte-gouttes. Les médecins montent au front sans ordres et sans matériel » ajoute le Dr. Boissin. Les stocks de masques sont dispersés sur près de 70 sites dans toute la France.

Pourtant, pour Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, interrogé sur France 2 lors du journal télévisé de 20h, « il n’y a pas de problème de masque en France. À côté de lui, Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement, interrogée sur BFMTV, assure que la pénurie de masques remonte… à 2011 à cause de Fillon. « Vous savez quoi ? Je ne sais pas utiliser un masque. Je pourrais dire : Je suis une ministre, je me mets un masque mais, en fait, je ne sais pas l’utiliser » conclut-elle. Des « jacasseries insanes » s’insurge le Dr. Lehmann dans Libé.

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Finalement, Olivier Véran, devant le Sénat jeudi dernier, a coupé court à la polémique sur les masques. Il a fait l’aveu que la France n’avait plus de stocks suffisants de masques. « Nous étions un pays hélas pas préparé du point de vue des masques et des équipements de protection, en raison d’une décision prise il y a neuf ans. Si nous avions eu un milliard de masques chirurgicaux et 600 millions de masques FFP2 comme c’était le cas en 2010, personne ne parlerait des masques« .

Le spectre du gâchis de la crise du H1N1 de 2009 sous le ministère de Roselyne Bachelot a certainement conduit la Direction Générale de la Santé (DGS) à ne pas renouveler les stocks en 2011. Pourtant, à cette époque, les stocks s’élevaient à 600 millions de masques FFP2 et à 800 millions de masques chirurgicaux… Dès janvier, le Gouvernement était au courant de l’ampleur de la crise pandémique. À titre personnel, simplement en suivant l’actualité médicale et les réseaux sociaux de professionnels, le 20 janvier, nous avons décidé d’acheter une centaine de masques FFP2 et FFP3 pour poursuivre l’activité professionnelle (chirurgie-dentaire) au cas où la pandémie était avérée (dès avant les mesures de confinement, nous avons du coup donné notre stock à notre médecin généraliste qui n’avait rien).

Pourquoi le Gouvernement n’a pas anticipé ? Le décret de réquisition des masques FFP2 est publié au JO le 4 mars. Le Conseil Scientifique est installé par Olivier Véran le 11 mars dernier. Le Gouvernement navigue à vue en pleine contradiction. Pataquès et conflits d’intérêts à propos des recherches sur la chloroquine du Pr. Raoult. Confinement mais travail. Soins sans masques.

Jouer la carte du « en même temps » jupitérien en temps de pandémie est désastreux.

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À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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