Que Valls devienne….

Éditorial de la 277

Particulièrement féconde en déclamations politico-médiatiques, la semaine passée nous montre cette singularité devenue ordinaire : un événement en chasse un autre.
Le premier ministre, Manuel Valls, a ouvert le bal le 16 septembre. Son discours de politique générale avait quelque chose de théâtral mais était au fond bien décevant. Un observateur même distrait n’avait pas de difficultés à deviner le numéro d’équilibrisme : un petit coup de cymbale à droite sur l’entreprise, provoquant même des applaudissements sur les bancs de l’opposition (comme si la droite au pouvoir avait dans le passé diminué les charges sur les entreprises, en dehors de la chaotique TVA sociale sortie in extremis avant la présidentielle et retoquée par la gauche immédiatement) ; un petit coup de violon alto pour jouer les mélopées habituelles de la gauche histoire de toucher le cœur des « frondeurs ». Résultat : un score serré et, comme le soulignent Les Echos du 17, « des éditorialistes (qui) ont lu diversement le discours ».
Ce numéro de thèse/antithèse avait en effet de quoi donner le tournis. D’un côté un panégyrique de la baisse des charges sur les entreprises et de l’autre, dans une puissante succession de « non, nous ne faisons pas l’austérité » (décidément, le couple à la tête de l’exécutif aime bien les anaphores) la défense du « modèle social français ». Mais on attend la 39ème minute de la symphonie pour découvrir que la seule mesure susceptible d’améliorer l’accès aux soins des plus démunis est…. le tiers payant généralisé. Deux hypothèses : ou bien sa conseillère pour les questions de santé, Cécile Courrèges, s’est pris les pieds dans la crinoline ; ou bien Valls partage la vision idéologique de Touraine sur la médecine libérale.

Le chef de l’Etat, rebaptisé rain man par le journal Le Point (dont l’incivisme à l’endroit de la fonction présidentielle n’arrange rien), a tenu conférence le 18 septembre. Le président est décidément un addict des formules anaphoriques. Son « c’est pas facile » lui vaut d’être brocardé par la presse et notamment par Le Monde qui voit dans son discours un exercice « d’autojustification ». Aucune question n’a porté sur la santé. À croire que l’intérêt pour ce sujet se noie sous les exhalaisons des poubelles people. La journaliste « indépendante » qui a posé la question sur le bouquin de Trierweiller aurait mieux fait de rester chez elle. Les citoyens méritent mieux que ce remugle de drap mouillé. Globalement, le président est si bas dans les sondages que le réflexe des médias paraît conditionné par l’opinion. Car finalement l’animal ne s’en est pas si mal sorti.
C’est seulement dans son discours liminaire que Hollande évoque la chose sanitaire. « J’ai fait le choix aussi de la justice sociale. L’accès à la santé a été, non seulement préservé, mais même favorisé ». Voulait-il dire que la loi de santé est déjà « pliée » et passerait au printemps les doigts dans le nez ?

Dernière élucubration de la semaine : le retour en politique de Sarkozy annoncé sur son « mur » Facebook à ses « amis » (il aurait, dit-on, 1 million d’amis) et à l’origine d’un nombre impressionnant de retournements fulgurants de ses anciens détracteurs. Le journal Le Figaro le montre en plein effort, suant dans Paris sur un parcours où l’on croise … des photographes. Rien n’est laissé au hasard. « L’énergie en marche » dit NKM sur France-Info, elle aussi dans la stratégie de « l’homme providentiel« . Les pitbulls de Mediapart annonce aussi le retour des affaires. Balayées d’un revers de main les affaires et déjà blanchi l’ancien président, affirme le nouveau candidat dans Le Journal du Dimanche.  ! « Nous avions Blanche-Neige et les sept nains, dit un journal satirique, nous avons maintenant le blanc nain et les sept neiges« .

Dans ce théâtre de guignols qu’est aujourd’hui la politique française, faut-il nous contenter d’espérer que le cap soit tenu et que, partagée où non, la politique de Valls devienne… autre chose qu’un éphémère rigodon.

À propos Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international.Voir tous ses articles.
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