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Vaccination obligatoire : le Pr Henri Joyeux va-t-il trop loin ?

Dans une vidéo bien huilée postée sur Internet, le Pr Henri Joyeux pointe du doigt la pénurie suspecte d'un vaccin obligatoire et le silence complice des autorités sanitaires. Depuis 2008, le vaccin obligatoire DT-Polio pour les enfants de moins de 6 ans n’est plus commercialisé en France par les laboratoires pharmaceutiques : on observe depuis septembre une pénurie généralisée de vaccins tétravalents (DT-polio-coqueluche) et pentavalents (DT-polio-hépatite B-coqueluche). "Le résultat est que les parents ont le choix entre laisser leur enfant sans couverture vaccinale et s’exposer, en plus des risques médicaux, aux poursuites pénales prévues par la loi. Ou vacciner leur enfant avec un vaccin hexavalent DT-polio-Hib-coqueluche-hépatite B, l’Infanrix Hexa, le seul qui ne souffre d’aucune pénurie", explique le professeur Joyeux. Un vaccin qui "coûte jusqu’à sept fois plus que les autres vaccins". Une vérité qui dérange ?

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Un emballement médiatique

Comme le souligne Eric Favereau, dans Libé, "dès que l’on touche aux vaccins, tout s’emballe." La vidéo virale du Professeur Joyeux -et la pétition qui l'accompagne (qui a recueilli en un tournemain plus de 500 000 signataires) ont suscité une levée de boucliers médiatiques. Chacun y est allé de son commentaire.

Lire : le nouveau visage de l'opposition à la vaccination

Quand Mediapart révèle des liens occultes entre État et laboratoires pharmaceutiques, passe encore. Mais quand un éminent professeur, cancérologue et chirurgien digestif, s'attaque à relever les conflits d'intérêts des vaccins, pour peu qu'il ait fricoté avec la Manif pour Tous, il faut faire feu de tous bois contre un vieux mandarin rétrograde qui s'est égaré. Très rapidement après la diffusion de la vidéo controversée, la ministre de la Santé, en personne, a répondu au Professeur Joyeux : "On ne joue pas avec des sujets aussi importants que la vaccination, on n’attise pas les craintes", dénonçant au passage des positions tenues "par un médecin qui s’est déclaré contre la pilule, contre l’avortement, qui a pris des positions rétrogrades sur toute une série de sujets". Il ne manquerait plus qu'il soit homophobe... Un rapide coup d'oeil sur le Net nous renseigne sur la teneur des attaques; il n'y a pas pire que les conspirationistes conspirant contre les conspirationistes...

La controverse

Pourtant le professeur Joyeux met le doigt sur une aberration sidérante : sur les ruptures de stocks d'un vaccin obligatoire et le silence des autorités sanitaires. Cette pénurie ne laisse plus le choix aux parents. Et dans le seul cocktail vaccinal disponible, l'hexavalent, trois vaccins seulement sont obligatoires. Pourquoi les stocks sont en rupture depuis 2008 ? La réponse de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) est lapidaire et technique : "Un Etat ne peut pas imposer la production d’un vaccin à un fabricant. Or, depuis plusieurs années, il y a des problèmes de production sur le vaccin contre la coqueluche. Tous les fabricants travaillent à flux tendu. Ils ont du mal à prioriser, et on en subit les conséquences." Le Haut Conseil en Santé Publique a d'ailleurs alerté sur ces stocks limités : "Des tensions ou des ruptures d’approvisionnement en vaccins combinés tétravalents et pentavalents contenant la valence coqueluche sont à prévoir.(...)  le HCSP déplore les épisodes répétés de rupture d’approvisionnement de vaccins qui mettent en péril l’application de la politique vaccinale".

Lire : la vaccination plébiscitée ?

De plus,  le cocktail hexavalent inclut un vaccin non obligatoire contre l’hépatite B. Un vaccin controversé, soupçonné d'être à l'origine de scléroses en plaques, et que les parents ne souhaitent pas administrer à leur enfant. Aucune étude scientifique n'a établi de lien clair de causalité entre vaccin et maladie. Mais l'Organisation mondiale de la santé parle de "coïncidence". Pour rappel, en France, seuls les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont obligatoires. Les autres vaccins (rougeole, coqueluche, hépatite B…) sont fortement "recommandés".

Lire : la santé publique au défi de la vaccination

Des risques médicaux

Le Professeur Joyeux reproche à l'Infanrix hexa de contenir aluminium et formaldéhyde, des substances dangereuses. "Les adjuvants servent à créer une réponse inflammatoire, afin de mieux "marquer" le système immunitaire. Ils fonctionnent forcément en agressant le corps, sans quoi celui-ci ne chercherait pas à se défendre. Ce sont par définition des produits agressifs. (...) Mais il faut considérer le fait que les adjuvants sont administrés non à des adultes mais à des nourrissons. Qu’ils ne passent pas par le système digestif, et donc pas par le filtre du foie, mais qu’ils sont injectés directement dans le sang."

Si le Haut Conseil à la santé publique récuse prudemment tout lien de causalité dans un rapport sur les adjuvants estimant que "les données scientifiques disponibles à ce jour ne permettent pas de remettre en cause la sécurité des vaccins contenant de l’aluminium, au regard de leur balance bénéfices/risques". L'Agence du médicament a toutefois accordé des fonds à un chercheur, Romain Gherardi, pour qu'il poursuive ses études sur cette maladie qui a probablement des causes génétiques... Il avait déjà

Reste que derrière un discours potentiellement anxiogène, surtout par l'emballement médiatique qu'il a engendré, beaucoup de questions restent en suspend. Le Professeur Joyeux réclame un débat télévisé avec la ministre de la santé... mais le silence risque de peser encore un peu de temps.

Crédits photos : Sylvain Thomin.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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