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Vaccination : la controverse lancée par le professeur Joyeux s’enflamme

Les réactions qu'a suscitées la vidéo du Pr Joyeux s'enchaînent un peu partout. Le médecin cancérologue s'alarmait que depuis plusieurs années, le vaccin obligatoire DT-Polio pour les enfants de moins de 6 ans ne soit plus commercialisé en France sous ses formes tétravalents et pentavalents, obligeant les parents à recourir à un vaccin hexavalent, l’Infanrix Hexa, le seul à ne souffrir d’aucune pénurie. Mais certaines voix politiques et médicales s'élèvent contre ses positions jugées radicales et alarmistes.

L'affaire tourne au vinaigre

Jeudi 25 juin, le Conseil de l'Ordre National des Médecins (CNOM) a décidé de porter plainte contre le professeur Joyeux. Dans Le Monde, le Dr Patrick Bouet, le président du CNOM, estime qu'"on ne peut pas dire n’importe quoi sur une action de santé publique qui a sauvé des vies. Nous ne pouvons pas cautionner des dérives individuelles dans ce débat qui agite la société française, il faut apporter des faits scientifiques et pas des convictions individuelles". 

Lire : Vaccination obligatoire, le professeur Joyeux va-t-il trop loin ?

Michel Cymès, le médiatique docteur et animateur de télévision, s'en est pris aux anti-vaccins sur Twitter, leur reprochant le décès d'un enfant en Espagne que ses parents souhaitaient préserver de la vaccination.

L'enfant de 6 ans, infecté par la diphtérie, a été hospitalisé en mai dernier à Barcelone. Aucun cas n'avait été enregistré en Espagne depuis 1987. Mais l'antidote a été administré trop tardivement : il n'est plus possible de trouver en Europe des doses d’anti-toxines diphtériques. Madrid a imploré l'Organisation Mondiale de la Santé, en vain. C’est finalement ... la Russie qui a acheminé des doses par valise diplomatique via l’ambassade de Russie en Espagne. De quoi avoir confiance en l'OMS...

Lire : le nouveau visage de l'opposition à la vaccination

Anti ?

La Lettre de Galilée

Eloge de la vaccination à Lille

Le professeur Joyeux se défend d’être un anti-vaccin. Et sa position séduit par sa simplicité : la pénurie de vaccins tétravalents et pentavalents place les parents dans une situation où ils n’ont pas d’autre choix que de vacciner leur enfant avec un hexavalent. Là où sa position est criticable, c’est qu’il insiste sur la dangerosité supposée des adjuvants utilisés dans le cocktail vaccinal de l’hexavalent.
En mai dernier pourtant, un nourrisson de 6 mois est hospitalisé des suites d’une forte fièvre survenue quelques heures après l’administration d’un vaccin hexavalent. La petite Ayana est admise en urgence à l'hôpital d'Alençon, puis transférée au CHU du Mans puis à celui d'Angers, où elle plonge dans le coma.

Aujourd’hui, d’abord opposés à son extubation préconisée par les médecins, ses parents se sont résolus à laisser mourir leur fille qui présentait, selon l’équipe médicale, "des séquelles neurologiques gravissimes, irréversibles, avec un tableau de souffrances, de douleurs, extrêmes".

Lire : les valeurs ajoutées de la vaccination

Une fièvre modérée après un vaccin est normale ; mais une fièvre supérieure à 40°C accompagnée de convulsions est assez rare (de 0,01% à 0,1%). Dans le cas de ce nourrisson, il s’agit d’une hyperthermie maligne qui aurait détruit le cerveau selon les termes de l’avocat des parents. Il s’agit bien d’un cas hors norme, dont les responsabilités médicales sont en cours d’expertise, mais qui relance un vif débat sur la vaccination.

Le bruit des bottes

Dans le bruit médiatique, il y a peu de place pour le débat de fond, pour l'analyse calme et raisonnée. Il faut que le message soit noir ou blanc, il faut que le buzz claque. Et si le Professeur Joyeux a certainement raison, il a joué à l'apprenti sorcier médiatique. Il n'était pas la bonne personne pour parler de ce sujet. Trop marqué. Trop exposé aux critiques de toutes sortes. Il a même réussi a susciter les critiques des vrais anti-vaccins... C'est pour dire. Jouer des médias, c'est tout un art. Nos politiques le savent. Chaque mot est calculé, pesé, conforme aux éléments de langage ambiants. Rien ne doit prêter à critique. A l'ère de la communication, utiliser une bonne vieille pétition en ligne pour remuer l'épineux et ancestral débat sur la vaccination, cela aura contribué à radicaliser davantage le débat et le crisper davantage autour d'une simple posture entre "pour" ou "contre". La Ministre a même poussé des cris d'orfraie : "la vaccination, ça ne se discute pas !". Les labos se frottent les mains. Merci Professeur Joyeux !

Crédits photo : Môsieur J. [version 9.1]

À propos de Vincent Fromentin

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