Une partie du tout

Éditorial de la 368

Barkhane, Chammal et Sentinelle. Ce sont trois noms qui résonnent mal dans la liesse de l’Euro. Malgré l’euphorie générale et les cadeaux fiscaux, la France est en guerre. D’aucuns redoutent même une guerre civile. Pourtant, le Gouvernement s’ingénue à divertir l’opinion pour éviter qu’elle ne désespère de trop et à lui murmurer que tout va s’arranger.

Et quand il a du mal à y croire, le Français croule sous les cadeaux… en plein été. François Hollande a annoncé un geste fiscal de 2 Md€. A un an des présidentielles, l’État ouvre les vannes. Calcul électoral ? Quand il n’y a pas d’idées novatrices pour faire adhérer le vote des électeurs, on redouble de largesses.

Le débat d’orientation sur les finances publiques a eu lieu ce jeudi 7 juillet. Il a fixé le cap du budget 2017 qui enregistre une hausse des dépenses de l’État de 3,3 Md€. Des annonces pour la plupart sans contrepartie d’économies qui se répercuteront sur celui qui sera aux commandes pour présenter un budget en 2018. Autrement dit, le plan d'économies de 50 Mds€ annoncé par Valls en avril 2014, jugé dès son annonce peu crédible, ne portera pas ses fruits. "Le volet "dépenses" du projet de budget pour 2017 acte donc la fin du plan de 50 milliards d'économies promis à Bruxelles." écrit Frédéric Schaeffer dans les Échos. Les 19 Md€ d'économies prévus pour 2017 ne seront pas au rendez-vous. Et encore l'impact budgétaire est décalé d'un an : "Ce sont là les merveilles de la comptabilité budgétaire, doublées d’une once de roublardise" ironise Parick Roger dans Le Monde. La Cour des Comptes n’a eu de cesse de tancer les pronostics du Gouvernement basés sur un "tendanciel" trop optimiste. On sera bien loin des économies escomptées. Parler d’une partie pour oublier le tout.

Lire : le déficit de la protection sociale continue de se résorber

En santé, l'investissement hospitalier se réduit comme peau de chagrin. Et la revalorisation de l'indice pour la fonction hospitalière risque d'accroître davantage les dépenses hospitalières. Finalement, il n'y a guère que sur le médicament que l'on pourra compter pour trouver des économies : 1,5 Md€ sur les 3,4 Md€ initialement portés par la PLFSS2016.

Lire : Le budget de la santé dans le collimateur de la Cour des Comptes 

On savait que la CNAMTS n'avait pas d'argent et que les négociations conventionnelles avec les syndicats de médecins ne seraient pas historiques. La CNAMTS a néanmoins proposé dans le cadre des négociations conventionnelles un plan de revalorisations tarifaires de 743M€ pour les médecins, dont le passage, en deux temps, du tarif de la consultation de 23€ à 25€ au 1er avril 2018. Une insulte pour les syndicats de médecins qui ont claqué la porte ce jeudi 7 juillet. C’est sûr que 2€, en soi, ce n’est pas grand-chose. Mais 8,7% d’augmentation du chiffre d’affaire annuel, on change d’échelle. Une partie du tout… La ménagère, favorable au tiers-payant et attachée à la proximité des services publics et de la santé, verra certainement d’un mauvais œil ce caprice d’enfant gâté. Du pain béni pour le bilan de Marisol Touraine.

Ce jeudi 7 juillet (encore), France Stratégie, l'ex Commissariat général du Plan, a publié un rapport sur la métropolisation dans lequel il revient sur le creusement des inégalités et des fractures territoriales. Patrick Roger dans Le Monde résume les enjeux  : "Comment accompagner un phénomène inéluctable, qui n’est pas propre à la France, de "métropolisation" tout en endiguant le déclin des territoires ? Comment éviter que les fossés interrégionaux ne se creusent à l’heure de la création de grandes régions ?"

Lire : Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur.

La Lettre de Galilée

Peut-être qu'il faudrait s'interroger sur la pertinence des revalorisations tarifaires et sur l'obstination à vouloir repeupler nos déserts médicaux. La France a réussi à envoyer plus de djihadistes dans le désert de Syrie que de médecins dans le désert français…

Crédits photos : Kalaphoto.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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