Une nouvelle naissance ?

Éditorial de la 354

Ce 1er avril correspond au lancement officiel de l’expérimentation des 9 maisons de naissance pour une durée de 5 ans. Paris, Vitry sur-Seine, Castres, Grenoble, Bourgoin-Jallieu, Sélestat, Nancy, la Guadeloupe et la Réunion auront donc leur maison de naissance. C’est la loi du 6 décembre 2013 qui autorise, selon le cahier des charges défini par la Haute Autorité de Santé, cette expérimentation. Les dossiers de candidature avaient jusqu’au 15 septembre dernier pour être déposés. A l'époque, France Inter avait consacré un sujet, à réécouter. Une goutte d’eau pour les 800 000 naissances que compte la France chaque année. Mais une goutte d’eau suffisante pour raviver une petite guéguerre digne de celle entre Rousseau et Descartes...

Le collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE) rappelle d'ailleurs sur son site que le terme "Maisons de Naissance" est déposé à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) depuis 1999 conjointement par la Fédération Naissance et libertés, l’Association Nationale des Sages-Femmes Libérales, l’Organisation Nationale des Syndicats de Sages-Femmes et l’Union des Syndicats de Sages-Femmes. Ce groupe, détenteur de la définition du terme, serait légitimement habilité à poursuivre en justice ceux qui usurpent cette appellation. D'autant que CIANE insiste sur le fait qu'une "maison de naissance, selon la définition commune, est une structure autonome, située en dehors des établissements hospitaliers".

Au regard de la base de remboursement de l’assurance maladie (et de la dotation pour ces maisons expérimentales de 150 000€), le modèle économique n’a pas l’air très rentable : local, assurance, personnel (2 sages-femmes obligatoires) plomberont le budget. Et au final ce seront les mamans qui devront débourser pour se payer le luxe d’un accouchement personnalisé et original. Quelles économies réelles sur une prise en charge classique pour l'assurance maladie ? Reste à savoir si l'évaluation prévue dans 2 ans par les agences de santé sera pertinente...

Mais face aux fermetures progressives des maternités, malgré les vœux pieux du Ministère, certainement que ce modèle alternatif trouvera un écho de plus en plus favorable dans une France encore trop hospitalo-centrée ?

Le nombre de maternité a été divisé par 3 en 40 ans rappelle l'analyse des Décodeurs du Monde. La Croix consacre un reportage d’actualité sur l’hôpital de Pithiviers dans le Loiret qui peine à recruter des praticiens pour maintenir son activité de maternité. "Sans parler de fuite massive, il est clair que l’hôpital ne fait plus autant rêver les praticiens (…) C’est surtout pour gagner davantage que nombre de médecins s’en vont (…) Dans cette discipline, la concurrence fait rage entre les hôpitaux et les cliniques, souvent très offensives pour "faire leur marché" dans le camp d’en face. "Il y a aussi une concurrence terrible avec l’intérim médical, également très bien rémunéré, indique le docteur Rebuffat. Beaucoup de médecins préfèrent travailler à temps partiel dans leur hôpital pour pouvoir faire des remplacements à 650 € la journée dans un autre établissement. C’est illégal, mais tout le monde ferme les yeux car c’est le seul moyen pour faire tourner certains services." Une situation que connaît bien le docteur Habart à Pithiviers. "Faute d’avoir des titulaires, on est obligé de faire travailler des intérimaires sans pouvoir toujours vérifier leur niveau. Plusieurs fois, on a eu des mauvaises surprises et on a été obligé de trouver à la dernière minute un intérimaire pour remplacer un autre intérimaire qui ne faisait pas l’affaire."

Espérons que la "prime d’exercice territorial", une des dispositions des engagements du plan d'action de Marisol Touraine pour rendre l'exercice médical à l'hôpital public attractif présentée en novembre 2015, porte ses fruits. Mais les professionnels l'avaient accueilli avec quelque tiédeur...

Crédits photos : Darren Johnson.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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