La Lettre de Galilée

Trois pataquès et une usine à gaz

La semaine avait commencé avec un couac de taille : la Cour des comptes qui, depuis quelques temps il est vrai, nous fournit généreusement une matière inépuisable, lançait un pavé dans le marigot des comptes de la sécurité sociale, en refusant de certifier les recettes encaissées par l’ACOSS (agence centrale des organismes de sécurité sociale). « Le déficit affiché ne reflète pas fidèlement la réalité » avait signifié gravement Philippe Séguin, premier président de la Cour, au ministre du budget Eric Woerth, tout étonné d’un durcissement de la haute juridiction par rapport à l’exercice passé.
Il est vrai que l’erreur ne porte pas sur des vétilles : rien moins qu’un milliard d’euros dont il faudra bien faire l’économie un jour ou l’autre.

Dans le même temps, le directeur de la CNAMTS, Fréderic Van Roekeghem, invité il y a quelques semaines, à recourir à l’artillerie lourde pour trouver 3 milliards d’économies (cf. lettre de Galilée n° 36), se faisait lâcher par ses commanditaires patentés, le ministre du budget Eric Woerth, celui du travail, Xavier Bertrand et celle de la santé (qui n’y est pas allée de main morte), Roselyne Bachelot.
Dur retour de culasse ! Il y a quatre ans, le redoutable directeur de cabinet de Philippe Douste-Blazy peaufinait une réforme qui devait museler définitivement les conseils d’administration et allait donner à l’assurance maladie un grand patron comme à la SNCF ou à Air France. La cruelle différence est que, d’un côté on applaudit lorsqu’il y a davantage de TGV qui partent ou d’avions qui décollent ; de l’autre, n’en déplaise à Jacques Attali, l’augmentation des actes médicaux et des prescriptions de médicaments est toujours considérée comme une dérive économique.
Va pour les économies ! Mais, pas touche aux assurés sociaux ! Le conseil de la CNAMTS qui, depuis quatre ans s’exprimait par infrasons, langage caractéristique des pachydermes, vient d’être entendu par les ministres subitement émus de l’assaut fait par le directeur de la CNAMTS sur les ALD.
Même si les organismes complémentaires, assis sur un trésor de guerre, ont l’arme au pied et si le « grand déballage » des ALD est inéluctable, il convient pour l’instant de se taire.

Jamais 2 sans 3, c’est dans un autre pataquès que la ministre de la santé embourbe cette fois-ci le dossier médical partagé. Tout allait bien pourtant depuis la relance, certes à retardement, du projet par la ministre elle-même sur les bases du rapport établi par Michel Gagneux. Le Landerneau de l’informatique médicale avait repris des couleurs et les porteurs de projets devaient se retrouver ce mercredi à Paris pour reprendre leur souffle.
Patatras ! Voilà Jacques Sauret, l’inusable directeur du GIP-DMP, prié de se contenter d’expédier les affaires courantes en attendant la nomination du futur big boss de la nouvelle agence qui couvrira toute la machinerie de l’informatique santé du pays. Lequel sera recruté par un « chasseur de têtes » selon une procédure appelée à durer ... quelques mois. Tous les ingrédients étaient pourtant réunis pour réussir un redémarrage attendu : des acteurs re-motivés, un leader dont les compétences s’étaient désamidonnées, un consensus patiemment gagné… eh bien non ! Tout est à refaire !

Plus silencieuse est l’énorme tuyauterie mise en place par Jean-Marie Bertrand (rien à voir avec son homonyme ministériel), le secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales, pilote en chef du projet d’agences régionales de santé. Un vrai Beaubourg à quatre étages au sommet duquel on trouve un comité stratégique avec nos trois ministres précités, un COMEX (comité exécutif) avec la plupart des directeurs centraux et les directeurs de caisses nationales d’assurance maladie, un COMOP (comité opérationnel) composé, hiérarchie oblige, des représentants du précédent et enfin quatre groupes de travail.
Tenue à un calendrier d’enfer, cette usine à produire beaucoup d’idées et un peu de consensus, avance comme l’Amoco Cadiz aux larges des côtes bretonnes : le périmètre de la gouvernance des futures ARS s’élargit comme une marée noire. Ce qu’on ne sait pas laisser dehors, on le met dedans. On évoque ainsi le nombre de 400 personnes en moyenne par ARS. Ce qui laisse supposer au passage que, arithmétiquement, l’assurance maladie y laisserait la moitié de ses plumes.
On évoque aussi la cohabitation des statuts. Bonjour le management ! C’est bien sur ce point que les ARH ont montré leur faiblesse. Faute d’avoir su créer un corps de super-shérifs, les pouvoirs publics ont puisé dans le corps des DRASS (directions régionales des affaires sanitaires et sociales) faisant des ARH des super-DRASS que le ras de marée du plan Juppé aurait finalement pu épargner.
Le ban et l’arrière-ban des caisses d’assurance maladie étaient réunis mardi 1er juillet pour découvrir les premières conclusions des travaux de ce think tank assisté, comme il se doit, par les grands consultants de la place. Difficile de dire aujourd’hui s’il s’agit d’une résignation entendue ou si, les bottes dans le goudron, l’assurance maladie monnaie ses compétences au prix fort.

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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