Touraine en mode mineur

Polémique autour du portefeuille de Marisol Touraine : si la Ministre est reconduite dans ses fonctions, le terme « santé » a disparu de l’intitulé du ministère. La santé sera confiée à un secrétaire d’État dont on attend la nomination prochaine.

Lire : Valls... a mis le temps

La Lettre de Galilée

Réactions indignées

Le Conseil de l’Ordre des Médecins croit encore au poisson d’avril et demande dans un communiqué lapidaire de réparer au plus vite cet « oubli ». Le Dr Hamon de la FMF déplore également cette absence et s’interroge sur ce remaniement dont « le maintien de Marisol Touraine tient sans doute plus à la solidarité  gouvernementale dont elle a fait preuve plutôt qu’à son bilan où l’immobilisme était en marche et le dogmatisme constamment présent. » La pilule passe mal confie au Nouvel Obs Mickael Benzaqui, secrétaire général de l’ISNI, pour qui la déception est grande après l’annonce de Hollande de faire de la santé une priorité nationale. « Même s’il semble évident qu’un ministre aura la Santé dans son champ d’action, comment peut-on afficher un objectif comme prioritaire le lundi pour en supprimer toute représentation gouvernementale le mercredi suivant ? ». Cette décision est « symptomatique de l’incompréhension entre le ministre et les professionnels de santé« .

Quelle est la portée de cette amputation ?

La cinquième roue du carrosse

Au-delà de la dimension symbolique qui ne laisse pas les professionnels de santé sans réactions, la Santé n’a pas toujours constitué un ministère à part entière sous la Vème République et les différents gouvernements ont parfois préféré nommer des secrétaires d’État chargés de la Santé auprès d’autres ministères.

Ainsi, durant les Gouvernements de Pompidou puis de Couve de Murville entre 1966 et 1969, il n’y a tout simplement pas de Ministère de la Santé. Entre mars 1983 et juin 1988, ce sont des ministres délégués auprès du Ministre des Affaires Sociales qui se succèdent en attendant Claude Évin qui rassemble la Solidarité, la Santé et la Protection Sociale sous Rocard jusqu’en 1990. Entre 1990 et 1992, on retrouve un Ministre délégué chargé de la santé aux Affaires sociales, un certain Bruno Durieux, aujourd’hui effacé des mémoires, tout comme Dominique Gillot, Hervé Gaymard et autre Norra Berra.

En 1992, sous Bérégovoy, c’est Bernard Kouchner qui devient Ministre de la Santé et de l’Action Humanitaire. Mais, après les mandats de Simone Veil et Élisabeth Hubert sous les gouvernements de Balladur puis Juppé, ce sont des secrétaires d’État auprès du Ministre du Travail et des Affaires Sociales puis de l’Emploi et de la Solidarité ou encore des ministres délégués –question indiciaire sans doute- qui se succèdent jusqu’en 2001. À cette époque, c’est le médiatique Bernard Kouchner, à peine rentré du Kosovo en tant que représentant de l’ONU, qui est nommé Ministre délégué à la Santé auprès du Ministre de l’Emploi et de la Solidarité. Personnalité forte dont l’art de communiquer sera inversement proportionnel au périmètre de son portefeuille. Suffisamment de talent en tout cas pour se sortir indemne des crises sanitaires à répétition et notamment celle de la vache folle.

Sous le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin c’est en 2002, effet de yoyo, que l’on retrouve un Ministère de la Santé plein pot avec la nomination de Jean-François Mattéi foudroyé en plein vol par une autre crise sanitaire inattendue, la canicule.

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Henri Chenot, premier Ministre de la Santé Publique et de la Population de la Vème République, en novembre 1959, lors d’une visite en Algérie au Congrès de Médecine Rurale (film sans son).

La reconduction du vide

Le maintien de la Ministre n’était pas gagné. Certaines mauvaises langues, lit-on dans Le Monde, attribuent cette reconduction au « fait d’être une femme » et, qui plus est, une fidèle de Hollande. D’autres lui reprochent un bilan quelque peu terne; voulant concilier les affinités de chacun, la Ministre a finalement cédé à l’immobilisme. Selon un sondage Ifop pour le Quotidien du Médecin, la cote de popularité de Marisol Touraine auprès des médecins est moribonde avec 74% de professionnels insatisfaits. Pourtant, la Ministre, femme de communication, défend son bilan avec fermeté, n’hésitant pas le 29 mars dernier à publier une tribune dans la fameuse revue scientifique The Lancet pour défendre sa stratégie nationale de santé (SNS). Bosseuse mais quelque peu « techno », volontiers manœuvrière dans les situations difficiles, notamment avec la gestion discrète mais efficace du dossier des retraites, dans un ministère réputé difficile.

Lire : Stratégie Nationale de Santé, des hommes et des envieux.

La Lettre de Galilée

La reconduction de la ministre dans ses fonctions est un choix logique de continuité : surtout pas de vague. Rien ne s’est produit pendant les 2 premières années de mandat, et Marisol Touraine est la mieux indiquée pour garantir le calme météorologique des 3 années à venir. La stratégie nationale de santé est une coquille vide, aux relents idéologiques sur l’inégalité de santé mais qui ne prévoit rien sur le fond. Car l’enjeu est bien la réforme de l’assurance maladie que le nouveau gouvernement Valls aura bien de peine à mener à bien.

Lire : Valls… a mis le temps

Comme tous les gouvernements précédents, technique vieille comme la politique (Juppé avait dépêché Barrot et Gaymard avant sa déflagration de 1996), la ministre, sûrement flanquée d’un secrétaire d’État si possible médecin, va faire le tour des régions pour tâter le terrain. Sont prévus 150 forums régionaux pour expliquer et détailler la SNS auprès de 23 000 participants au plus près des territoires. Quelques queues de cerise budgétaires seront octroyées aux Agences Régionales de Santé pour poursuivre la feuille de route qu’elle avait détaillée en septembre dernier.

Lire : La révolution du premier recours

De grâce, relisons la stratégie nationale de santé : pas de quoi prétendre en faire une loi en 2015. Celle-ci ne contient rien moins que du blabla sur l’inégalité d’accès aux soins et sur des déserts qui n’existent pas, quelques considérations sur la nécessaire restructuration de la médecine de proximité dont on attend tout d’ARS dépassées par des demandes de chasseurs de prime sans tenir compte des initiatives autofinancées par la médecine libérale elle-même, rien sur la réforme du financement, sur le périmètre du panier de soins, sur le bouclier sanitaire.

Lire : Médecine de proximité, la longue histoire d'un fiasco d'État

 

Qui sera le secrétaire d’État à la santé ? Plusieurs noms circulent : outre Aquilino Morelle, le communicant de l’Élysée et de Matignon, membre de l’IGAS, reçu par Valls jeudi dernier, ou le conseiller santé de Hollande pendant la campagne des présidentielles, Jean-Marie Le Guen, tous deux favoris souvent cités, d’autres noms sont évoquées comme celui de Claude Évin, ancien ministre de la santé et actuel directeur de l’ARS Ile-de-France, de Gérard Bapt ou de Serge Blisko. Quatre médecins sur cinq. Une chose est certaine, ces favoris sont de fortes personnalités qui ne se contenteront pas d’un second rôle…

 

 

Crédits photos : INAÉlysée, Ministère des Affaires Sociales, Parti Socialiste.

 

À propos Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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