Tag archives : accès aux soins

Déserts médicaux : des airs de déjà vu

Éditorial de la 418ème Dans la langueur de l’été, un énième rapport sur les mesures incitatives dans les zones sous-dotées vient de paraître, rejoignant le cortège des multiples publications sur la désertification médicale restées sans écho. À croire que les « déserts médicaux » ne dessèchent que les encriers. Lire : Et si les déserts médicaux étaient un mirage ? Comme nous le rappelions, le mot « désertification médicale » semble apparaître pour la première foi dans la bouche de Bernard Debré le 11 avril 1991 à propos de la « chute des hôpitaux généraux ». Il est repris en janvier 1999 dans un rapport sur la télémédecine du Conseil National de l’Ordre des Médecins du Pr Dusserre (p.8). Lire : Désertification, métropolisation et lutte des classes : les médecins dans le viseur A partir des années 2000, (suite…)

[Re]vue de Web : Santé, enfin du concret

Si Emmanuel Macron déroulait sa pensée complexe lundi dernier à Versailles devant des parlementaires pantois, Édouard Philippe, le lendemain s’attachait, quant à lui, à détailler une feuille de route bien plus concrète sur les « sujets qui fâchent« . Lire : On badine à Versailles, on folâtre à Nancy  « À force de constater que François Hollande était incapable de prendre de la hauteur, Emmanuel Macron a visiblement décidé d’adopter l’attitude inverse. Avec excès. (…) Mais les parlementaires n’avaient pas fait le voyage de Versailles pour entendre un discours si stratosphérique. Ils en sont repartis avec la conviction que Jupiter devrait redescendre sur terre, ou tout au moins s’en rapprocher » remarque avec malice Paul-Henri du Limbert dans l’édito du Figaro de mardi dernier. Dans Valeurs Actuelles, Yves de Kerdrel ironise : Macron aurait confondu (suite…)

#2 Les Chinois sont accros à la perfusion

Cet article écrit par Olivier Milcamps a été initialement publié pour Kea-Partners. Le dossier complet est accessible ici. La consommation des médicaments en Chine : des pratiques à repenser d’urgence. Lorsque vous rentrez dans le hall des consultations externes d’un hôpital chinois, outre la hauteur des colonnes en marbre et les files d’attente aux guichets d’enregistrement, vous serez forcément surpris par la foule assise dans une salle en rangs serrés… et sous perfusion d’antibiotiques ou de fortifiants. Il s’agit en effet en Chine du traitement de première intention pour toute personne présentant une fièvre, toux, grippe ou gastro-entérite. Les Chinois sont devenus totalement « accros à la perfusion », la grande majorité considérant qu’une perfusion d’antibiotiques constitue la panacée, y compris pour une maladie virale. Résultat : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappelle régulièrement la (suite…)

#1 En Chine, il est difficile et coûteux de voir un médecin

Cet article écrit par Olivier Milcamps a été initialement publié pour Kea-Partners. Le dossier complet est accessible ici. L’accès aux médecins et aux soins en Chine. Une réforme profonde du système de santé a été lancée en 2009. La plus importante depuis l’ère maoïste. Des progrès significatifs ont été réalisés : 96% de la population bénéficie aujourd’hui d’une assurance santé obligatoire de base contre 45% en 2006 et moins de 5% en 1980 30% d’hôpitaux supplémentaires sont sortis de terre, soit 7 000 nouveaux hôpitaux. Malgré cela, « kàn bìng nán, kàn bìng guì«  « Il est difficile de voir un médecin, c’est coûteux de voir un médecin » est devenue une phrase courante dans les conversations. Au-delà de la disparité structurelle ville riche / campagne pauvre, l’accès aux soins demeure très déséquilibré. (suite…)

Inégalités de santé : acteurs de santé et territoires

Joy Raynaud est géographe de la santé. Son travail s’intéresse particulièrement à l’amélioration de l’accès aux soins, la démographie médicale, les organisations de l’offre de soins et la sociologie des professionnels de santé. Elle a déjà contribué à La Lettre de Galilée au travers d’un dossier spécial sur l’accès aux soins. Aujourd’hui, elle publie un livre intitulé « Inégalités de santé«  aux éditions Economica et se prête à une interview pour nous.   Vous êtes géographe, un métier peu répandu, en quoi cela consiste ? La géographie est une discipline de sciences humaines enseignée à l’Université, elle comprend plusieurs branches telles que la géographie environnementale, économique, urbaine, la géopolitique, etc. J’ai choisi d’étudier la géographie de la santé et l’aménagement du territoire car l’accès aux soins est l’une des préoccupations majeures des français, il constitue donc (suite…)

Les inégalités d’accès aux soins dentaires

Selon une étude de l’IRDES de 2008, « en 2006, un Français sur sept déclare avoir renoncé à des soins pour des raisons financières au cours des douze derniers mois. » Les soins dentaires représentaient 63 % de ces cas de renoncements (contre 25 % pour les lunettes). Lire aussi l’instructif chapitre 13 sur les soins dentaires du rapport de la Cour des Comptes de 2010. Lire : Conventionnement des professions libérales : la fin d'un système ? Crédits photos : Môsieur J. (suite…)

Jean de Kervasdoué : nostalgies et portes ouvertes

Plutôt décevant, le livre de Jean de Kervasdoué « ils ont perdu la raison » est resté  discret. Normal :  les lecteurs ont connu mieux. Jean de Kervasdoué fait partie de cette aristocratie catho bretonne qui a viré à gauche, en gardant la particule, le regard altier et cette façon de parler avec componction comme si chaque mot produit devait être une pépite que s’arracherait un auditoire conquis. Le livre qu’il vient de commettre, ils ont perdu la raison, paru en février 2014 aux Éditions Robert Laffont est un essai, écrit à la première personne, livrant pêle-mêle ses coups de blues et ses nostalgies de militant socialiste, ses coups de gueule sur les grands sujets de société, ses coups de griffe (plutôt succulents) sur des écolos devenus imbéciles, ses analyses (plutôt pertinentes) (suite…)

Santé et territoire : le réveil tardif des Régions

L’intérêt croissant des collectivités régionales pour la santé ne va pas à contresens de l’histoire. Au contraire, les régions ont même perdu dix ans.

Un contexte de démesure

La caractéristique actuelle est la démesure des expressions données au phénomène de diminution du nombre de médecins. Le tapage fait sur cette affaire est sans commune mesure avec la réalité car il n’y a jamais eu autant de médecins actifs en France.

Lire : Médecine de proximité : la longue histoire d’un fiasco d’État

Il est nécessaire de comprendre les raisons pour lesquelles il y a un tel matraquage de l’opinion sur une situation présentée comme au mieux une catastrophe, au pire un séisme sur lequel se fonde le soulèvement médiatique des élus locaux. On serait tenté de penser que la médecine de proximité devient un alibi pour masquer une double intention : d’une part, une volonté larvée de mettre la médecine libérale au pli, vieux rêve de l’énarchie française ; d’autre part, l’échec d’une politique d’aménagement du territoire qui a sacrifié le rural au profit de la mégapolisation des régions.

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L’archidémago rapport Archimbaud

Commandé par le Premier Ministre en mars 2013 à la sénatrice Aline Archimbaud, le rapport « l’accès aux soins des plus démunis : 40 propositions pour un choc de solidarité » répond… à côté.

La commande était pourtant claire : il s’agissait « d’établir les raisons pour lesquelles les personnes malades se détournent des prestations auxquelles elles peuvent prétendre ». Visés expressément par la feuille de route : l’accès à la complémentaire santé (ACS), la Couverture maladie universelle complémentaire (CMUC) et l’aide médicale aux personnes en situation irrégulière (AME), trois dispositifs boudés par leurs bénéficiaires.

On s’attendait, au minimum, à quelques explications sur l’inaccessibilité. Que nenni ! Le rapport empile des réponses convenues, des affirmations non fondées, des solutions approximatives qui vont toutes dans le sens du poil d’un électorat qui érige la lutte contre l’inégalité en véritable religion.

Démago à gogo

La première ligne de la préface donne le ton : « des centaines de milliers de nos concitoyens se voient refuser l’accès aux soins… ».
« Se voient refuser » : l’intention accusatoire n’échappe à personne.
Juste après, isolée entre deux interlignes pour bien la mettre en exergue, une phrase hyperbolique qui se jette à vos yeux comme une évidence : « Il y a le mur de l’argent… »
Et comme bien sûr, vous n’avez pas encore tout compris, on vous parle alors de « stigmatisation des chômeurs », de la vilaine administration qui se mobilise contre la « triche sociale », de ces fonctionnaires sûrement psychopathes qui rognent sournoisement, à coups de circulaires, l’édifice de la couverture universelle.
« Cette offense à la cohésion nationale et cette déchirure profonde du lien social… » glose la sénatrice avec des relents de guerre civile, est la seule cause des difficultés d’accès aux soins des plus démunis. La réalité dit-elle, est celle d’un « parcours du combattant », « dans un système qui semble ne pas avoir été conçu pour ces personnes et où la lutte contre la fraude a pris ces dernières années une importance démesurée au regard des enjeux financiers. »

Y-aurait-il, embusqués derrière les guichets désuets de la sécurité sociale, quelques activistes du front national appliqués à faire régner un climat de terreur.
Ainsi lit-on à la page 57 : « Le climat de suspicion généralisée qui en résulte est désastreux : le système semble tourné, et toutes les énergies mobilisées, vers la chasse aux fraudeurs, plutôt que vers la recherche des bénéficiaires des droits et la lutte contre le non recours. Il est par exemple frappant d’entendre la CNAMTS se féliciter des possibilités d’échanges avec les CAF et la direction générale des finances publiques, et envisager une diversification de ces échanges, notamment au moyen des signalements par les URSSAF des ressources dissimulées. »

On y lit un peu plus loin : « Des travailleurs sociaux ont fait part à la mission de l’existence dans certaines caisses primaires « d’entretiens ‘’piégeants’’ et de l’initiative prise par certaines associations d’organiser des séances de coaching … » pour les éviter.

Même si Frédéric Van Roekeghem ne fait pas dans Lire la suite…

Malades ignorés et malades qui s’ignorent

On ne saurait trop insister, dans ce 4ème volet de notre première leçon, sur la relativité des attitudes face à la maladie et au système de soins. Autrefois dans une société dont l’organisation était largement sous-tendue par la religion, la grande consolation était que tout le monde finirait par mourir pour se retrouver devant dieu… à égalité.

Piètre consolation car, depuis toujours, nous ne sommes pas égaux devant la mort. Selon que vous serez puissant ou misérable comme disait le bon vieux La Fontaine dans les animaux malades de la peste, vous ne mourrez pas au même âge. Ça fait des lustres que le différentiel d’espérance de vie entre l’ouvrier agricole et le cadre supérieur est de plus de dix ans et si, globalement, l’espérance de vie n’a pas cessé de s’améliorer depuis un siècle, le différentiel demeure.

1 -Malades ignorants

Il faut chercher dans les nombreuses études sociologiques publiées depuis une cinquantaine d’années les explications à la complexité des attitudes face aux situations pathologiques. Georges Canguilhem (1), considéré comme l’initiateur d’une réflexion réellement philosophique sur la pathologie a donné l’impulsion à plusieurs générations de chercheurs qui ont permis de mieux comprendre notamment les mécanismes d’inaccessibilité aux soins. François Steudler a également présenté dans les années 70 l’état des recherches réalisées sur le sujet. Aujourd’hui, de nouvelles études viennent tempérer, confirmer ou contredire les soubassements épistémologiques de la socio-économie sanitaire.

Que ressort-il de ces recherches ? Pour faire simple il apparaît :

  • qu’il n’existe pas d’explication mono-factorielle des différences d’accès aux soins et que si le facteur économique est bien sûr omniprésent, celui-ci n’est pas essentiel,
  • que le facteur majeur est culturel et puise ses sources dans les profondeurs anthropologiques des Français

a – Le renoncement aux soins

Les comparaisons économiques menées il y a une quarantaine d’années montraient une… Lire la suite…

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