La Lettre de Galilée

Tactiques d’avants…

Ce n’est pas du passé qu’il s’agit, mais de rugbystique. Car en ouvrant le 39ème congrès de la mutualité française, sur fond bleu de France, Jean-Pierre Davant, nom et physique prédestinés à s’engouffrer dans la mêlée, s’offrait son ultime match de gala devant 3000 supporteurs.Préparé de longue date en recourant au débat public sur Internet – qui dira que la Mutualité n’est pas moderne ?– le rapport présenté à Bordeaux le 4 juin par la FNMFavec un titre très tendance, « Innover pour un monde plus solidaire : de nouveaux territoires pour la Mutualité », plantait quelques drops entre les deux piliers rectilignes de l’assurance maladie obligatoire.

À commencer par ce « coup de pied en coin » sur l’hégémonie des régimes obligatoires dans des relations avec l’UNOCAM où, à ce qu’il se dit, le maître de la CNAMTS règne sans partage mais où les rares occasions données aux organismes complémentaires de proposer des alternatives se révèlent bien piètres.

Forte de ses 38 millions de bénéficiaires, mais mal à l’aise avec les autres fédérations d’organismes complémentaires, compagnons d’infortune, la Mutualité se veut à part. Brandissant la solidarité comme signe de sa distinction par rapport aux « entreprises commerciales » (entendez : les compagnies d’assurances et les institutions de prévoyance), le mouvement mutualiste revendique tout à la fois une assurance maladie universelle, une « réforme de la gouvernance de la CMU-C », un droit d’accès aux données de remboursement (actuellement impérialement distillées dans le système NOEMIE ), et enfin, pour faire bon compte, une sorte de statut particulier de ses réserves de trésorerie que la LFSS 2009 a puissamment ponctionnées pour renflouer le déficit.
« Comment faire face à la concurrence ? en se différenciant sur le fondement des valeurs de solidarité », martèle l’orientation n° 6 du pensum présenté au congrès. C’est donc en tant que représentant des usagers –au grand dam de Christian Saout président du CISS et représentant patenté des usagers depuis la loi Kouchner de 2002– que Jean-Pierre Davant, en talonneur avisé, enfonce ses crampons sur le terrain de la protection sociale et justifie sa présence dans les conseils des caisses.

Il n’en fallait pas plus au Président de la République pour rattraper la balle au bond.
« Si je suis parmi vous aujourd’hui, ce n’est pas seulement par goût de la tradition ! »
On dit souvent qu’une équipe de rugby se compose de pianistes et de porteurs de pianos. Demi d’ouverture ingénieux, Nicolas Sarkozy –qui doute encore de son sens de l’ouverture ? – promettait dans la foulée à la Mutualité d’être représentée dans le conseil de surveillance des agences régionales de santé. Ce qui vaut assurément mieux pour elle que son alliance nostalgique avec la CFDT dans un conseil de la CNAMTS franchement moribond.

Le problème de fond, martelé tout au long du discours du Président de la République, est l’incapacité prévisible, annoncée, inéluctable des régimes obligatoires à faire face au double effet de la croissance des maladies chroniques simultanément à la crise économique.
Il convenait donc de mobiliser absolument toutes les énergies. Nicolas Sarkozy n’a pas ménagé ses encouragements aux mutualistes : d’accord pour leur consentir un rôle plus important, notamment au moment de la signature des accords conventionnels, d’accord avec eux pour juguler pour de bon les dépassements d’honoraires, d’accord enfin pour inventer des nouvelles formes de prise en charge des maladies chroniques (Cf. Les Échos 5-6 juin) à laquelle les caisses d’assurance maladie ne pourront plus faire face toutes seules.

Et voilà donc le « pack » mutualiste pourvu d’un mandat présidentiel : faire bouger les lignes, occuper le terrain en mordant la pelouse, « être une force d’entraînement pour les autres organismes complémentaires », ces trois-quarts qui courent vite, et qui avancent en ligne pour transformer l’essai. À ce propos, selon le rapport présenté aux congressistes, la part de marché de la mutualité aurait augmenté de 3% en 2008 contre 9,4% pour les institutions de prévoyance et 10,4% pour les assurances privées… Le 39ème congrès de la mutualité pourrait bien être un congrès historique. Et le président de la FNMF, qui devrait terminer son mandat dans un an et demi, est, si on en croit La Dépêche, promis à une autre présidence… celle du club de rugby de Tarbes-Pyrénées.
A moins –esprit d’ouverture oblige– que le Président n’ait pour lui une autre ambition à l’instar du cursus de son prédécesseur, René Teulade ?

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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