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Stratégie nationale de santé : des hommes et des envieux

Avec l’éviction de Claude Evin pour piloter la stratégie nationale de santé, l’été aura été riche en rebondissements. Contestée, Marisol Touraine doit faire face aux critiques. Mais Matignon ne peut se permettre de remercier sa Ministre alors que le dossier des retraites accapare toute les attentions de cette rentrée 2013.

La stratégie nationale de santé : chronique d’une mort annoncée ?

Lorsque Jean-Marc Ayrault annonce le 8 février 2013 le lancement d’une stratégie nationale de santé, les discours sont laudateurs et les commentaires enthousiastes : il faut "changer de paradigme", "gommer les inégalités", quitter l'"hospitalo-centralisme". Un comité des sages présidé par Alain Cordier est convoqué pour réfléchir sur les réformes possibles.

Il faut engager sans tarder une réforme de fond, une réforme structurelle de notre système de santé et cela ne sera pas l’œuvre de quelques mois, mais des cinq ans et je dirais même voire plus, peut-être des dix ans à venir si nous voulons pleinement réussir. (…)il faut réinventer, il faut refonder. Et c’est pourquoi je parle de nouveau modèle français. Ça ne vaut pas que pour la santé, ça vaut pour l’ensemble de ce que nous avons à faire pour la France.

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Quelque peu poire molle, le discours du Premier ministre éveille certains doutes et laisse des syndicats médicaux sceptiques (la CSMF sur la coercition à l’installation en appelant à "négocier la médecine de proximité inscrite dans l’avenant n°8 à la convention médicale", la FMF fustigeant le "catalogue de bonnes intentions et de paroles creuses").

On n’ose pas redire que tout cela paraît «un peu jargonneux», et que bizarrement il n’y a aucun objectif en termes de santé publique qui est fixé, mais non, on se tait, et on écoute le refrain: «parcours de santé», «territorialité», «stratégie nationale de santé», sans oublier «proximité». Pourquoi pas ?

Éric Favereau, Libé

D'autres, comme la FHF soulignant un "rapport ambitieux" ou comme MG France un rapport qui "doit ouvrir la voie à une réforme aussi importante que celle initiée pour l’hôpital par Robert Debré en 1958" , rejoignent le camp des thuriféraires de cette "nouvelle gouvernance" proposée par le comité des 7 sages.

Les 19 propositions du rapport Cordier

      • 1. Promouvoir la santé de chacun et de tous
      • 2. Impliquer et accompagner la personne malade, soutenir l’entourage
      • 3. Créer une instance représentative des associations des usagers du système de santé
      • 4. Favoriser la constitution d’équipes de soins de santé primaires
      • 5. Garantir pour les malades chroniques une coordination des professionnels de santé, sous la responsabilité du médecin traitant
      • 6. Renforcer les outils d’appui à l’intégration des acteurs territoriaux
      • 7. Créer un service public de l’information pour la santé
      • 8. Se donner les outils de la coordination et de la continuité ville-hôpital
      • 9. Optimiser la place de l’hôpital dans le territoire de santé
      • 10. Aider à la transmission d’informations entre professionnels de santé
      • 11.   Développer la télémédecine à bon escient
      • 12. Mieux garantir la pertinence des organisations et des actes
      • 13. Réformer les modalités de rémunération et de tarification
      • 14. Repenser la formation pour répondre aux nouveaux enjeux
      • 15. Œuvrer au développement de nouvelles fonctions et de nouveaux métiers de santé
      • 16. Mieux cibler et mieux coordonner les programmes de recherche
      • 17. Renforcer les capacités prospectives et stratégiques
      • 18. Avec les ARS faire le choix de la subsidiarité
      • 19. Réorganiser le pilotage national

En réalité, ces préconisations frappent par leur simplicité et leur bon sens. Elles n'apportent rien de neuf mais ont le mérite de synthétiser ce que tout le monde sait !

Lire aussi notre dossier : 18 mois de cogitations sur la santé

Bruits de couloir et cafouillages

Néanmoins, ces conclusions, mêmes si elles se font attendre, sèment le trouble avant l'heure. Le rapport Cordier, déjà connu de pas mal de monde dès le début de l'été, ne doit officiellement être remis au Ministre qu’en septembre. Embarrassé, le Ministère s'est fendu d'un communiqué le 15 juillet dernier où il reconnaît un "apport précieux à la définition d’une politique nationale de santé" tout en rappelant que le "le Gouvernement présentera l’ensemble des suites qu’il entend apporter à cette démarche, ainsi que les conditions pratiques de sa mise en œuvre."

Certains y voient un "désaveu" de la Ministre, une volonté d'"enterrer" le rapport. En tous cas, les couacs de communication ternissent une prometteuse "stratégie nationale" annoncée en grande pompe à Grenoble. La feuille de route semble achopper sur les questions de gouvernance et ces tergiversations masquent une bataille d'ego certaine. Déjà, fin 2012, le directeur de cabinet de Marisol Touraine, Jean-Luc Névache, avait été congédié par Matignon afin de "resserrer les boulons" et redonner un peu de personnalité et de pugnacité à un Ministère jugé trop "technocrate". Denis Morin lui succède. Dans ce climat tendu entre Matignon et l'avenue de Ségur, est-ce à dire que Marisol Touraine, en sacrifiant le travail du comité des sages, aurait sciemment fait capoter le nouveau modèle du système de santé prôné par Jean-Marc Ayrault ?

Lire aussi : Les rapports du HCFi-PS, pré-shampoing avant la douche

Dès avant l'été, les bruits de couloir susurraient le nom du pragmatique et photogénique Claude Evin, actuel DG de l'ARS Ile-de-France, seul à même de porter cette nouvelle stratégie de santé. Entre temps, c'est Denis Piveteau, conseiller d’État, nommé en janvier dernier au poste de secrétaire général des ministères chargés des Affaires sociales pour coordonner l’action des ARS, pourtant proche d'Alain Cordier mais en désaccord sur le pilotage national de la stratégie santé à adopter, qui claque la porte. Fin août, rapporte Libé, la rencontre entre Evin et Touraine capote : la Ministre souhaite un "profil plus modeste". Lui voulait retrouver un bureau à Matignon, elle ne lui a proposé qu'un poste de chargé de mission au Ministère ? Exit Evin.

La réforme des retraites ne sera donc pas le seul sujet attendu de la rentrée...

Lire aussi : L'avis du HCAAM sur la généralisation des complémentaires 

Nombreux sont ceux qui critiquent les relations crispées dans l'entourage de Marisol Touraine, décrivant une Ministre "autoritaire et sévère". La promulgation du plan autisme en a fait les frais... En torpillant la nomination de Claude Evin, la Ministre jette, une nouvelle fois, de l'huile sur le feu et un discrédit profond sur la stratégie nationale de santé, promise pour durer 10 ans et devenir une réforme digne de celle de 58, mais qui n'aura durer qu'un été...

La prochaine loi sur la santé publique sera l'occasion de rabibocher tout le monde. A moins que l'occasion ne vienne d'un prochain remaniement...

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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