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La Lettre de Galilée

Sénateurs sous hyper-pression médiatique

À mesure qu’approche l’heure du débat sénatorial, l’actualité semble concentrer le débat sur le volet hospitalier du dispositif organisé par la Loi HPST. Deux événements largement médiatisés y concourent en effet :
–    la grève orchestrée à l’hôpital dans une semaine tout juste par un conglomérat syndical un peu disparate mais emmené par 25 mandarins d’établissements parisiens, à qui Le Nouvel Obs a complaisamment ouvert ses colonnes, familiers des coulisses du pouvoir et des plateaux de télé où ils alternent JT et émissions people …
–    le brûlot journalistique signé du trio-vedette* de l’hebdomadaire Le Point et qui « cartonne » très opportunément en librairie avec un deuxième retirage qui n’est sans doute pas le dernier.

En face, Roselyne Bachelot n’a guère à avancer que … le Rapport Larcher, qui ne fut jamais un succès de librairie, et une concertation réputée « exemplaire » menée par l’ex-futur président du Sénat, a l’époque mandaté par Nicolas Sarkozy pour une « pige » de luxe. Essayons d’analyser, froidement les arguments en présence.

Ceux invoqués par « l’Appel des 25 » sont au nombre de trois :

–    La préoccupation du projet de loi serait moins la qualité des soins que l’économie, la « rentabilité » de l’hôpital. « Ce serait sans nous » s’emportent les 25 drapés dans la dignité victimaire de « défense des patients et des soignants » ! On ne saurait trop leur conseiller la lecture du Livre Noir des trois journalistes qui au terme d’une remarquable analyse, détaillée et émaillée de témoignages et anecdotes, recueillies de Carhaix-Plouguer à La Pitié-Salpétrière en passant pas Ajaccio ou Caen – procèdent à l’inventaire le moins complaisant jamais réalisé de la gabegie à l’hôpital. En l’occurrence, les mandarins parisiens se trompent de texte : l’exigence comptable en vigueur à l’hôpital l’est depuis quelques années déjà, et plus précisément depuis que la T2A y est devenue la seule règle en usage, sans contournement possible.

–    L’hôpital passerait sous la coupe d’un directeur omnipotent, à tout moment exposé à la censure d’un directeur d’ARS lui-même révocable à chaque Conseil des ministres du mercredi. Si Mme Bachelot leur tient grief d’avoir « mal lu sa loi », alors il lui faut aussi, … se battre un peu la coulpe pour l’avoir mal expliquée. Idem pour Nicolas Sarkozy qui a assez stigmatisé « le pouvoir de dire non », le mieux partagé à l’hôpital. La logique de gouvernance « pyramidale » a ses adeptes mais enfin le management moderne l’a largement amendée au profit d’une gouvernance « en râteau » fut-il doté de deux dents seulement, avec une branche administrative et une branche médicale. On ne saurait non plus sous-estimer le pouvoir universitaire en CHU et le pouvoir syndical ou corporatiste de telle ou telle « catégorie de personnel » : ainsi faudra-t-il un jour s’intéresser au rôle du brancardier comme régulateur du biorythme spécifique de chaque établissement ! En matière de gouvernance, le moins qu’on puisse dire est que le pouvoir change effectivement de braquet et fait litière de la capacité co-gestionnaire du directeur et du président de CME … Une sanction sûrement trop radicale et trop rapide !

–    Les licenciements programmés ! Le paradoxe est qu’ici les deux parties sont également sincères : la ministre a raison d’invoquer les 25 000 postes créés par l’hôpital en 10 ans quand les 25 mandarins parisiens peuvent opportunément avancer le chiffre de 6 à 700 postes promis à la disparition à l’AP de Paris. Ce qu’oublie de dire Mme Bachelot est qu’une majorité de postes est allée à des créations générées par des obligations réglementaires – 35 heures notamment mais aussi bien tâches transversales : CLIN (Comité lutte contre les infections nosocomiales), CLUD (Comité de Lutte contre la Douleur), etc. …– ou des contraintes « médiatiques » : combien de postes créés aux urgences dans la foulée de la canicule de 2003 plutôt qu’une recherche de cohérence avec la permanence des soins ambulatoires. La vérité oblige à dire que peu de ces créations de poste s’avèrent « lisibles » par les cliniciens qui ont l’impression, souvent fondée, de voir hypertrophiées les tâches périphériques au soin.

Le risque évident de ce face-à-face des mandarins et de la ministre est d’occulter le fond du dossier et le pilotage du système caricatural décrit par les auteurs du « Dossier Noir ». A qui profite l’immobilisme ? Sûrement pas au malade à qui devrait être prescrit au moment de son hospitalisation, la lecture d’un seul chapitre du livre, au choix : il y découvrirait que la qualité des soins est aussi importante que la proximité « couvée » par des générations de politiques de tous bords et de toutes époques.

Il est d’ailleurs assez singulier de penser que ce sont les Sénateurs, ambassadeurs parisiens du lobby des élus locaux qui auront à statuer sur … leur perte d’influence auprès des directeurs d’hier. Singulier aussi d’imaginer que c’est Gérard Larcher qui depuis le perchoir du Palais du Luxembourg aura à assumer la paternité de l’échec ou de la responsabilité d’une concertation assez peu poussée au temps où il en avait la charge à la tête d’une « mission » sûrement plus pragmatique qu’approfondie.

* Le Livre Noir des Hôpitaux, par François Malye, Philippe Houdart et Jérôme Vincent, chez Calmann Lévy

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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