Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Scandale du Levothyrox : la Ministre prend les choses en main

Scandale du Levothyrox : la Ministre prend les choses en main

Éditorial de la 423ème

Lorsque la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, évoque un simple "défaut d'information" concernant le dosage du Levothyrox, certaines voix s'interrogent pourtant sur l'ampleur de la controverse. Faut-il hurler avec les loups ?

Pour comprendre ce qu'il se passe avec le Levothyrox, relire le thread du Dr. Lehmann sur Twitter :
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.

Agnès Buzyn fait son job

Face à la déferlante d'inepties qui se déversait sur Internet, alimentant les théories conspirationnistes et complotistes, la Ministre de la Santé a certainement eu raison de clarifier les choses en optant pour des propos tranchés, voire lapidaires. Quitte à crisper davantage le débat. Entre Apollon et Dinoysos, la contorsion était délicate.

D'un autre côté, face à l'inertie institutionnelle, Agnès Buzyn s'est saisie du dossier : elle a rendu publiques toutes les données concernant l'étude de bioéquivalence du Levothyrox. C'est ce que demandaient les associations de patients. Un sérieux désaveu pour l'ANSM...

Le Dr. Dupagne revient sur ces 3000 pages de données et conclut que "malgré [d]es réserves, il apparaît à la lecture des données détaillées de l’étude de bioéquivalence principale que le nouveau LEVOTHYROX est parfaitement adapté au remplacement de l’ancienne formule

La seule erreur a finalement consisté à ne pas prévenir les utilisateurs (par une alerte sur la boîte) qu’il s’agissait d’une nouvelle formule susceptible de modifier leur équilibre hormonal, de ne pas communiquer sur un problème qui était pourtant prévisible (d’autant qu’il était déjà survenu dans d’autres pays dans un contexte identique).

Cette mission a été déléguée par l’ANSM aux médecins et aux pharmaciens, sans que ceux-ci soient suffisamment informés des risques d’effets secondaires notables de la substitution chez un petit pourcentage de patients."

Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.

En même temps

Alors même que la Ministre de la Santé, répondant aux questions de Nicolas Demorand sur France Inter, rappelle que la "qualité de la nouvelle formule de Levothyrox convient à la très grande majorité des patients", elle avoue avoir cédée aux demandes des associations de patients. "J'ai demandé que l'ancien Levothyrox soit accessible, et dans un mois, nous aurons une alternative."

"J'ai reçu les associations de malades (...) j'ai demandé à ce que l'ancien Levothyrox rende le médicament accessible. Dans un mois, il y aura d'autres alternatives, d'autres marques, d'autres médicaments ".

La semaine dernière, Agnès Buzyn demandait de dédramatiser. Aujourd'hui, face à la pression médiatique et aux demandes réitérées des patients, la Ministre leur donne gain de cause : "pour les patients présentant des effets indésirables persistants", d’ici 15 jours, des "stocks européens" de l’ancienne formulation seront mis à disposition.

Comme le souligne le Dr. Nau, "dans l’histoire des polémiques médicamenteuses c’est du jamais vu. Ou presque. Même habillée avec les mots des communicants, l’annonce ministérielle d’Agnès Buzyn sonne comme une forme de capitulation face à des revendications qui n’en apparaissent que plus légitimes."

Que retenir de cette affaire ?

Sur le plan médical, laissons aux experts la parole. Mais la publication des données et l'analyse qui en a été faite tend à invalider l'idée de tout scandale sanitaire.

Sur le plan politique, l'intervention de la Ministre, gérant en direct le dossier, quitte à assumer dans l'urgence des contorsions publiques, a permis de désamorcer la bombe. Car l'affaire a pris une ampleur judiciaire depuis le dépôt de plainte contre X vendredi dernier.

Mais si Agnès Buzyn a fait le job avec brio, elle jette l'opprobre sur Dominique Martin dont les déclarations légères et hasardeuses discréditent l'Agence dont il est directeur, mais également sur le laboratoire Merck resté bien trop silencieux dans cette affaire.

Elle révèle également le délabrement du système de pharmacovigilance français. Dès 2013, un rapport de Bernard Begaud et de Dominique Costaglia avait pourtant émis d'intéressantes recommandations pour éviter ce désastre.

Reste la question du monopole organisé du Levothyrox. En 2009, un générique commercialisé par Servier existait. Pourquoi a-t-il été retiré du marché ?

À l'étranger comme en France, on note déjà dès 2010 des patients souffrants d'effets secondaires liés à la prise de génériques. Une étude de l'Agence de Médicament conduit à placer le Levothyrox et ses génériques parmi 77 médicaments sous surveillance.

Pourquoi l'ANSM demande à Merck, qui commercialise le princeps, de remplacer le lactose, un des excipients du médicament, par du mannitol, qui est justement l'excipient utilisé par le générique Biogaran, pour lequel des effets secondaires avait déjà été constatés ? C'est la première fois qu'une autorité de santé demande à un fabriquant d’un médicament original de modifier son produit pour s’adapter aux génériques.

L'enquête judiciaire risque de mettre au jour la gestion de cette crise. Et pointer du doigt la Ministre de l'époque, Marisol Touraine.

Crédits photos : MonOeil.

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

La Lettre de Galilée

Clap de fin pour l’affaire Levothyrox ?

Éditorial de la 429ème Mardi dernier, le médecin et député Jean-Pierre Door ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer