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Les satyres, les ludions et l’histrion

Éditorial de 348

Le monde de la santé n’en est pas à son premier coup de théâtre. Quoique l’énième couac du Gouvernement sur le tabac entre Marisol Touraine et Michel Sapin relèverait plus du théâtre de Guignols…Mardi dernier, au micro du coryphée Bourdin sur RMC, Michel Sapin (13'40) soutient mordicus qu’il n’y aura pas d’augmentation du prix du tabac en 2016 . Présidentielles ou non, c’est la loi : c’est voté. Dimanche, sur RTL, pour Marisol Touraine, "le prix du tabac est un enjeu de santé publique" et la Ministre souhaite une "augmentation forte et significative du prix du tabac avant la fin du quinquennat". Ce n’est plus la communication qui n’est pas maîtrisée mais bien la politique anti-tabac. Et les engagements du Président Hollande le 4 février 2014 lors de la présentation du Plan Cancer sont partis en fumée… …puisque les selon les bilans annuels de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), pour la première fois depuis 2010, les ventes de tabac en France sont reparties à la hausse : + 6,3 % pour le tabac à rouler, + 1,0 % pour les cigarettes. Le chiffre d'affaires global du tabac est en hausse en 2015 à 18,2 milliards contre 17,9 milliards en 2014.

Le troisième acte du tiers-payant n’est toujours pas joué. L’Assurance maladie et les assurances complémentaires, en chœur, se sont entendues pour entonner une plaidoirie, tant attendue, pour rassurer les médecins (car comme le note le graphique ci-après, le problème du tiers-payant ne concerne vraiment que les médecins et les dentistes) : dans un document de travail conjoint, elles détaillent leurs solutions techniques afin de déployer l’avance de frais auprès de tous les professionnels d’ici à novembre 2017. A défaut d’obtenir un "flux unique de paiement", qui aurait fait de l’Assurance maladie un "payeur unique", il est proposé une "réconciliation des flux sur le poste de travail du médecin". Encore faudra-t-il que les médecins mettent à jour leur logiciel professionnel...

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Concrètement, il faudra s’entendre sur l’utilisation de "normes communes de références" de virement entre Assurance maladie et les 600 mutuelles répertoriées qui circuleront au travers de deux flux : l’un connecté à la Caisse poétiquement appelé "Acquisition des droits" (ADR), l’autre vérifiera l’appartenance du patient à la mutuelle au sein d’un réseau fiabilisé appelé "dispositif normalisé d'interrogation des droits" (IDB). Mais tout reste à créer et le dispositif ne sera opérationnel qu’en 2018.
Et ce verbiage fleuri n’a pas eu raison du désamour des médecins qui déçus, par la voix de leurs syndicats, ont joué les pleureuse grecques.

D’autant que s’ouvrent les négociations conventionnelles. Le conseil de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam) a ainsi publié le 21 janvier dernier sa feuille de route introductive habituelle synthétisant ses orientations pour la négociation de la future convention médicale. Au programme : "accompagner les médecins dans la mise en place d'organisations nouvelles permettant une meilleure structuration de l'offre de soins", "valoriser la qualité des pratiques médicales", "renforcer les actions de prévention, de dépistage et de promotion de la santé" et "améliorer l'accès aux soins de premier recours et spécialisés".
Les médecins de leur côté ont publié un compte-rendu assez éclectique de leur assise de la médecine libérale. On ne sait d’ailleurs pas sur quel pied danser puisqu’aucune base pour le remboursement de la consultation n'est demandée. 25 ? 50 euro ? Par contre le choix du secteur serait "libre" et "réversible chaque année". Ils réclament une classification commune des actes médicaux clinique (CCAM), une meilleure valorisation des actes non programmés (urgence, consultations longues, télémédecine, etc.), la possibilité d'associer acte technique et acte clinique "à taux plein". La controversée rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) est à peine écornée, en demandant une base plus scientifique pour établir ses critères.

Les syndicats souhaitent une "remise à niveau" de tous les forfaits conventionnels existants et une extension des droits sur la base de ceux proposés par les contrats PTMA et PTMG (limités aux seules sous-dotées). Autrement dit, ils demandent l'extension de l'avantage maternité "à toutes les femmes quel que soit le secteur d'exercice" (et pas uniquement à celles de secteur 1 ou sous contrat d'accès aux soins (CAS). Également la réduction du délai de carence à 7 jours, au lieu de 90 actuellement, dont bénéficient pour l'heure seulement les PTMG.

Dernier acte : la démission médiatisée du jeune (26 ans) secrétaire général de la Conférence nationale de santé, Thomas Dietrich. Encore un sous-lieutenant famélique, insolent et nul ?
Il laisse un "brûlot" contre un Ministère de la Santé qui "construit une politique de santé de manière très verticale, sans retour de terrain, un peu en vase clos, dans un ministère coincé dans le 7ème arrondissement de Paris". Ses griefs ? Des "censures" de la part du Ministère pour un comité censé être indépendant. Une plume trop littéraire et pas assez administrative... Sans doute trop divergente sur les questions de vaccination et de fin de vie.

Le poignard dans le dos, c'est certainement le lancement de la Grande Conférence de Santé (à opposer à la "petite" Conférence Nationale de Santé" ?) et de l'Institut pour la Démocratie en Santé, plus dociles car plus subventionnés... Certains ici, ici ou s'engouffrent sans scrupule dans la brèche. Beaucoup de bruit pour rien ?

Crédits photos : Nicolas Vollmer.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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