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Santé : Quand Big Brother surveille votre comportement

Le rapport Lemoine en 2014, celui du Conseil national du numérique ou du Sénat en 2015 ont déjà largement évoqué, et alerté, sur les intrusions des politiques de santé, privées comme publiques, dans la vie et le comportement des individus. Assurances d'entreprise adaptées au comportement et à l'état de santé des salariés, taxes comportementales sur les produits néfastes pour la santé (soda, huile, etc.), interdiction et sanctions en tous genres... le panel est large aujourd'hui pour régenter les sociétés. D'autant qu'elles en sont demandeuses : 80 % des salariés français estiment que l’entreprise a un rôle à jouer pour contribuer à leur bonne santé et 1 Français sur 2 réclame un accompagnement personnalisé  de prévention (sondage Deloitte et Viavolce). "Les masses ne se révoltent jamais de leur propre mouvement, et elles ne se révoltent jamais par le seul fait qu'elles sont opprimées." Orwell avait résolument raison.

Le comportement des individus a toujours fasciné les politiques de santé publique. Dans un article consacré à Michel Foucault et la santé publique, Michela Marzano s'interroge : "comment concilier le droit d’un État d’intervenir sur les comportements individuels dès lors qu’ils sont jugés nuisibles à l’ensemble de la société avec les libertés personnelles de chacun qui s’expriment désormais par le biais du consentement des individus.(...) Néanmoins, aucune politique ne peut être totalement "neutre". (...) Les politiques de santé publique vont de pair avec la surveillance des individus et la mise en place du pouvoir disciplinaire, qu’il s’agisse du contrôle des naissances, de la nécessité de réguler les accidents du travail par des mécanismes assurantiels ou encore des politiques de vaccination. (...) N’y a-t-il pas derrière ce souci des autres une volonté de discipliner les individus en rentrant dans leur propre vie ?"

Lire : e-santé, les connexions dangereuses.

Du coup de pouce au coup de fouet

Depuis quelques années, l'économie comportementale intègre une régulation de nos modes de vie en proposant à chacun une "architecture de (bons) choix". Ainsi, en santé publique, pour lutter contre l'obésité, le tabagisme ou l'alcoolisme, les gens sont incités en douceur à changer leur comportement, plutôt que de les y contraindre par la force ou de les sanctionner. Cette méthode a été popularisée en 2008 dans le livre de Cass Sunstein et Richard Thaler intitulé "Nudge : la méthode douce pour inspirer la bonne décision". Elle a ainsi été baptisée "nudge" (coup de pouce) car elle organise les choix sans forcer les individus qui agissent de manière irrationnelle.

Lire : l'ubérisation de la santé est en marche.

Concrètement, "une idée toute simple a permis de rendre les toilettes masculines plus propres. Il a suffi de mettre un autocollant représentant une mouche à un endroit stratégique de l’urinoir. Cette mouche constitue une cible que les hommes ne manquent pas de viser. Cet exemple, qui peut paraître trivial voire risible, a cependant des conséquences non négligeables sur la propreté des latrines puisque cette astuce permet à elle seule de diminuer de près de 80 % les projections d’urine sur le mur ou sur le sol, soit un gain manifeste au niveau de l’hygiène et une économie substantielle en termes d’entretien." (p.50) selon un document d'étude sur le sujet du Centre d'Analyse Stratégique en 2010. Néanmoins, quelques pages plus tard, les auteurs s'interrogent : "se posent les questionnements éthiques soulevés par le paternalisme libertaire. A-t-on le droit d’orienter le comportement des citoyens ? Il faut veiller à ce que la volonté d’inciter pour le bien de chacun ne se mue pas en désir de contraindre. Tant que le citoyen restera « l’architecte de son choix », ce ne sera pas le cas. Autrement dit, tant que les individus seront informés de la méthode et maîtres de choisir une voie qui n’est pas celle vers laquelle les oriente le nudge, cette politique pourra être légitimement appliquée." (p.54)

Mardi dernier  l'assureur Generali a annoncé pour ses clients entreprises (134 000 entreprises en France) la mise en place d'un programme de prévention "clé en main et novateur"  visant à "améliorer le bien-être de leurs salariés". Baptisé Generali Vitality, ce programme est déployé en France et en Allemagne, "selon des modalités différentes, en fonction des stratégies et réglementations locales". Car pour contourner les interdictions et la réglementation en vigueur en France, il a fallu filouter. A deux reprises :

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À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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