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Santé en France : quand gronde la colère

Dans son dernier baromètre de l'économie, l'institut d'études Odoxa dresse un bilan de mi-mandat plutôt négatif pour Emmanuel Macron : 7 Français sur 10 n'ont pas confiance en l'avenir. L'année dernière, le Gouvernement avait réussi à noyer le poisson en s'agitant dans tous les sens, à coup de débats et de beaux discours. Mais cette technique ne marche qu'une fois. Comment Agnès Buzyn va-t-elle dégoupiller la grenade de l'hôpital ?

L'avis de la HAS fait tousser les kinés

La Haute Autorité de Santé a publié hier un communiqué de presse sur la prise en charge de la bronchiolite aiguë du nourrisson. Un paragraphe a fait hurler les kinésithérapeutes. "Les techniques de kinésithérapie respiratoires traditionnelles (...) sont contre-indiquées. La technique de l'augmentation du flux expiratoire (AFE) n’est pas efficace dans la prise en charge des nourrissons hospitalisés pour une bronchiolite aiguë. N’ayant pas fait la preuve de son efficacité pour les formes de bronchiolites traitées en ambulatoire non plus, elle n’est donc pas recommandée."

Le problème n'est pas nouveau. Déjà en 2006, la revue Prescrire avait effectué un état de l'art sur le sujet et concluait que le "recours systématique à la kinésithérapie respiratoire n'est pas justifié". En 2012, dans un nouvel article, la revue avançait qu'"on dispose de données solides montrant que chez les nourrissons atteints de bronchiolite, la kinésithérapie respiratoire n'est pas efficace et a une balance bénéfices-risques défavorable, y compris avec la technique habituellement utilisée en France. Mieux vaut épargner cette épreuve aux bébés".

Lire : Kinés acoquinés : l’art de la généralisation

Les kinés quant à eux pointent du doigt la faiblesse des études réalisées en ambulatoire (la HAS s'est basée sur 12 études concernant principalement des nourrissons hospitalisés en phase aiguë) et avancent le témoignage des parents. Interrogée sur FranceInfo, Pascale Mathieu, présidente de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, rappelle que la kinésithérapie respiratoire ne se limite pas au désencombrement bronchique – non recommandé – et assure que les techniques contre-indiquées – le clapping et la vibration – ne sont plus pratiquées depuis des années. Le kiné reste "l'interlocuteur de premier recours" poursuit-elle. "Si on arrêtait cette prise en charge, il y aurait un recours massif aux urgences de parents très inquiets".

La grogne dans les hôpitaux

L'hôpital fait la une de toute la presse. Le HuffingtonPost revient sur cette "grève du codage" dans ses colonnes. Un système expliqué dans dans Le Monde au mois de janvier dernier, par Michel Canis, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Clermont-Ferrand.

Lire : Hôpital : la réforme sera-t-elle au rendez-vous ?

Ce 14 novembre, une grande manifestation a mobilisé les soignants dans la rue. Marie-Cécile Renault nous explique dans Le Figaro que les revendications, décomplexées par le mouvement des gilets jaunes, portent davantage sur le salaire que sur les demandes d’effectifs et d’arrêt des fermetures de lits. Éric Favereau, dans Libération, revient en 5 dates clés sur la destruction des hôpitaux depuis un décret de 1974 et la loi Debré, jusqu'à octobre 2007, date à laquelle Nicolas Sarkozy présente à Bordeaux son plan de réforme de l'hôpital (que Roselyne Bachelot mettra en musique) et lance : "Il faut à l’hôpital public un patron. Et un seul. Et le patron, c’est le directeur."

Lire : Temps de travail à l’hôpital : une réforme incomplète ?

Dans Le Point, l'Institut Santé (créé par Frédéric Bizard) revient aussi sur les ressorts de la crise qui a poussé les soignants à manifester hier. Le premier mal qui a plombé l'hôpital, ce sont les 35 heures en 2002 qui, à ressources humaines quasiment constantes, ont généré une "surcharge de travail et des tensions sociales sans précédent pour les soignants". En 2009, la loi Bachelot est selon les auteurs responsable de la démédicalisation du pilotage des hôpitaux. Cette bureaucratisation s'est renforcée en 2016 avec la loi Touraine qui a créé une "nouvelle strate technocratique" : les groupements hospitaliers de territoire (GHT). Ils ont centralisé toutes les décisions concernant l'investissement ou la gestion des ressources humaines dans les mains de l'administration centrale. "La loi dite Buzyn de 2019 a été au bout cette logique en instaurant une commission médicale d'établissement pour ces GHT, finissant de dépouiller les établissements de leur capacité de pilotage du projet médical."

En plus de ce diagnostic de gestion, les finances n'ont fait que baisser : en dix ans, les valeurs des prix et des salaires ont baissé de 0,3 % en moyenne alors que les volumes de travail ont augmenté de 2,8 % par an. Et de conclure "Outre ces erreurs politiques, c'est aussi la non-adaptation du modèle hospitalier et de l'ensemble de notre système de santé à la triple transition démographique, épidémiologique et technologique qui accélère la désintégration".

De quoi faire fuir les médecins de l'hôpital; un phénomène sur lequel s'est penché Benoît Ballet dans Bourdin Direct sur RMC/BFM.

Même Marine Le Pen y est allé de son commentaire au micro d'Elizabeth Martichoux dans la matinale de LCI hier demandant un "budget" à Agnès Buzyn... ou sa démission.

Quand l'espérance de vie diminue...

L'Institut National d'Éudes Démographiques (INED) a consacré son bulletin mensuel "Population et Sociétés" n° 571 de novembre à l’influence du tabac sur la mortalité en Europe. Fanny Janssen, auteur du bulletin, conclut son étude ainsi : "En 2014, le tabac réduit l’espérance de vie des hommes de 2,7 ans en moyenne et celle des femmes de 1 an. Le tabac explique 28 % de l’écart d’espérance de vie entre les sexes. Sans le tabac, l’espérance de vie n’aurait pas stagné dans des pays comme le Danemark et les Pays-Bas chez les hommes dans les années 1950-1960, et chez les femmes dans les années 1980-1990. Elle aurait augmenté en général de façon plus importante, et les évolutions des hommes et des femmes auraient été plus proches."

Lire : Des hobbies, des lobbies et des bobies

Sciences et Avenir consacre un article sur ce sujet que Fanny Janssen qualifie d'"épidémie". Un travail rétrospectif qui met en lumière la part impressionnante de l'espérance de vie mondiale sacrifiée à cette addiction. La planète compte un milliard de fumeurs en 2016, soit 22% de la population de plus de 15 ans. Jean Nicot, nommé en 1559 ambassadeur de François II au Portugal, ne pensait certainement pas, en introduisant le tabac en Europe, que sa plante médicinale soignant les migraines de Catherine de Médicis, deviendrait le fléau du XXIème siècle...

Nos données de santé, ce trésor inestimable

Dans Les Échos, Florian Dèbes consacrait mercredi un papier intéressant sur le système national des données de santé (SNDS), accessible depuis 2017 aux chercheurs publics ou privés menant des travaux d'intérêt public. En début de semaine, justement, le Financial Time jetait un froid en révélant que les principaux sites de santé en Angleterre partageaient sans leur consentement des données sensibles de leurs utilisateurs avec Google, Amazon, Facebook ou Oracle.

Lire : Données personnelles de santé : un trésor envié et sous-exploité

Depuis l’article 193 de la loi Touraine du 26 janvier 2016, la base santé s'est enrichie notamment en ajoutant aux bases de remboursement de l'Assurance Maladie les données cliniques éparpillées essentiellement dans les hôpitaux.

Lire : Quel avenir pour nos données personnelles de santé ?

Le journaliste pointe tout de même quelques freins. Le "Health Data Hub", annoncé pour la fin de l'année, ne propose encore "rien de concret du point de vue informatique" en raison des difficultés techniques comme pour "corréler une image avec des documents administratifs sans recourir aux algorithmes des géants américains des technologies".

Lire : Cybersécurité, nos données de santé sont-elles en sécurité ?

Malgré toutes les précautions de la Cnil, les risques sont encore importants "de voir ce système dévoyer le secret médical, soit parce qu'il serait utilisé de façon contraire au serment d'Hippocrate, soit en raison d'une attaque informatique". Certains crient au "coup de comm"...

Lire : Rapport Villani sur l’Intelligence Artificielle : quelles perspectives pour la santé ?

Un chantier à suivre.

Crédits photo : Tommaso Meli

 

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée.Voir tous ses articles.
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