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[Re]vue de Web : Le stéthoscope, les honoraires et l’innovation en santé

Pour les 200 ans du stéthoscope, Jean-Marie Vailloud revient sur cet anniversaire  sur son blog. L'occasion de faire un tour sur les solutions comme ce "qui paraissait être une merveille, l’iPhone des stéthoscopes: le Thinklabs One." Mais, conclut-il , "quel intérêt d’acheter très cher une technologie qui va me faire plaisir, mais ne va absolument pas modifier ma prise en charge ?"

Reprenant la fameuse phrase de Céline dans son "Voyage au bout de la nuit" : "La médecine, c’est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l’air d’un larbin, par les pauvres on a tout d’un voleur", Jean-Yves Nau s'étonne des conseils avisés prodigués par Le Parisien/Aujourd’hui en France lorsqu'un médecin généraliste réclame plus de 23 euro à un patient. Ainsi, un chargé d’études à l’association UFC-Que choisir répond : "Vous êtes en droit de lui demander de justifier la différence. Faites valoir le droit, votre situation financière, l’absence de prise en charge par votre complémentaire… Le plus souvent, le médecin obtempère. Dans le cas contraire, vous devrez payer mais vous pouvez ensuite alerter votre Caisse d’assurance-maladie par écrit, qui normalement doit rappeler à l’ordre le praticien, voire le sanctionnera par une pénalité financière s’il persiste." Le médecin blogueur s'interroge : "Que dire de tels conseils ? Les interpréter comme on interprète des symptômes ? Ceux d’une société qui entend, pour mille et une raisons, réduire la relation médicale à un échange commercial ? On ne peut pas ne pas imaginer que ces tensions tarifaires sur les honoraires perturbent lourdement la qualité du colloque singulier dans le champ de l’exercice libéral. On pourrait même en venir à penser que les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour que certains militent, comme dans les années 1970, afin d’en finir avec le paiement à l’acte, afin d’inventer un autre système, collectif, d’honoraires."

Serge Cannasse propose une lecture du dernier livre de Pierre Muller, spécialiste renommé des politiques publiques, intitulé "La société de l’efficacité globale". Un peu de hauteur pour comprendre les enjeux de santé publique.

La Lettre de Galilée"Chacun perçoit plus ou moins confusément les changements en cours dans le monde des soins : reconfiguration des identités professionnelles, intrication des prises en charges médicales, psychologiques et sociales, difficultés de la prévention liées à la prépondérance des facteurs non médicaux, financement des soins dépendant de données économiques (richesse du pays, coût du travail,...), internationalisation des moyens thérapeutiques et techniques, etc. Chacun comprend aussi plus ou moins nettement que ces bouleversements s’inscrivent dans des transformations majeures de la société, souvent rassemblées sous l’étiquette "mondialisation". (...) Les sociétés modernes ne peuvent plus s’appuyer sur un fondement transcendantal (Dieu, par exemple). Elles ne peuvent fonctionner qu’en se référant à elles-mêmes. Comment ? Grâce à l’État, car s’il n’a évidemment pas le privilège de la pensée, il a celui de l’action. (...) Il s’adapte plus ou moins bien aux changements du monde. Son principal outil est la mise en secteurs de la société : santé, sécurité, social, économie, relations internationales, etc. Répondant à l’inévitable division du travail des sociétés industrielles, cette fragmentation a malgré tout besoin d’une vision globale assurant la cohérence de l’ensemble. Jusqu’à présent, c’est l’économie qui s’en chargée, au détriment des autres sciences humaines, parce que la priorité a été donnée à l’augmentation de la richesse, y compris celle de tout un chacun. Depuis le 19ème siècle, cette vision globale a connu successivement trois phases : libérale (l’État assure en priorité la police et la sécurité des frontières), celle de l’État Providence et, depuis les années 80, celle de l’État entreprise, dont la valeur cardinale est l’efficience. Un des problèmes majeurs de la France est que ses élites n’ont pas assumé publiquement le passage à cette dernière phase, bien qu’elles aient agi en concordance avec la vision globale qui la fonde."

Ces modifications invisibles pour le commun des citoyens a abouti à une "crise d’intelligibilité"  renforcée par l’interpénétration croissante des secteurs entre eux dans un "monde organisé de plus en plus en réseaux non hiérarchisés, aux frontières floues et mobiles et aux ramifications internationales". Nous entrons dans une phase où tout enjeu localisé contient des enjeux globaux. "L’action sur le monde passe par une parole qui donne du sens à un changement qui nous dépasse."

En parlant de numérique qui nourrit ce début d'année 2016, Marisol Touraine, à l’occasion de la première Journée nationale de l’innovation en santé, organisé ce week-end à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, a promis de doper le futur fonds de soutien aux start-up innovantes en santé, qui va passer de 100 millions à 340 millions d’euros.

Devant les arguments avancés par l'industrie pharmaceutique pour relancer la recherche dans les antibiotiques, lors du Forum économique mondial de Davos, notre ministre a aussi affirmé son intention de mener "une grande offensive européenne" pour booster l’innovation "décisive pour les années à venir ". La ministre a ainsi annoncé la tenue d’une grande conférence début avril à Lyon, pour "nous accorder sur le meilleur moyen de garantir un retour d’investissement aux industriels qui développent des traitements innovants, tout en permettant à tous les patients d’y accéder et à la collectivité de les assumer ". Les industriels pharmaceutiques seront-ils pour autant rassurés ?

Crédits photos : Julian Fong.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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