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Rapport d’activité des ARS 2011 : mi-figue mi-raisin

Une chose est sûre, la bureaucratie d’Etat n’a rien perdu de sa superbe. Véritable usine à papier, la DGOS (et aussi la DGS) a abreuvé les ARS de 321 instructions en un an, ce qui les rend plus méritoires d’avoir su faire le tri entre les réels impératifs régionaux et la « ligne du parti ».

On notera aussi que presque un quart des directeurs généraux ont changé depuis leur entrée en piste fanfaronnante d’avril 2010. Ce turn-over serait-il le signe d’une « préfectoralisation » de la fonction qui a pourtant grand besoin de constance et de durée ? Car on ne transforme pas le paysage hospitalier aussi vite qu’on réprime une manifestation d’éleveurs de cochons devant les grilles de la préfecture.

On serait tentés de pousser des cris d’orfraie à la vue du budget : 1,142 milliard d’euros ! À y regarder de plus près le compte n’y est pas. La dot de la mariée s’est un peu dégonflée et le budget des ARS est aujourd’hui largement inférieur à la somme des moyens mis en œuvre avant la réforme pour faire la même chose. Les ARS ont hérité de 9 330 agents. Tous n’ont pas suivi dans la grande migration voulue par Roseline Bachelot alors que les missions ont été maintenues. Un exemple : la gestion du risque. Lorsque les URCAM géraient le risque (pour la partie ville), et que la CNAMTS voulait bien les laisser s’amuser, elles pouvaient mobiliser les caisses à loisir (ou presque). Aujourd’hui les effectifs des caisses supposés gérer le risque pour le compte de la CNAMTS sont évalués à environ 10 000 agents, c'est-à-dire plus que la totalité des personnels de toutes les ARS réunies.

Il semble aussi que le turn-over pose problème. À en croire l’ARS de Bretagne, le nombre de mouvements de personnel a dépassé la centaine, soit une rotation de 25 %. Ce qui a conduit cette ARS à créer une sorte de bureau d’immigration spécial pour faire le partage entre ceux qui arrivent et ceux qui regagnent leurs pénates.

Les quelques pages sur les « ressources humaines » laissent à penser que tout n’est pas rose. En termes édulcorés, le rapport évoque la prévention des risques psychosociaux. Qu’est-ce à dire ? On a parlé en d’autres temps de « choc des cultures ». Il semblerait bien que ces risques se manifestent de deux façons : d’abord une inadéquation des métiers à la nouvelle culture d’entreprise que réclame une telle réforme. D’où l’importance de la formation interne (60 % des agents ont suivi au moins un stage). Ensuite, et dans une moindre mesure, les différences de statut. Cela peut paraître mesquin mais c’est fou ce que cela empoisonne la vie !

On observera aussi que 92% des agents ont une fiche de poste. Cela veut dire que 746 agents n’en n’ont pas. Le rapport ne dit pas ce que font ces sans-papiers.

La deuxième réaction est plutôt une déception. Le rapport est fabriqué comme un best-of. Pourquoi avoir sélectionné des vétilles régionales pour valoriser les ARS alors que la réelle plus-value se situe dans un travail en profondeur qui ne peut pas se raconter dans un catalogue de 60 pages.

Car, très franchement, qu’importe si l’Alsace et Midi-Pyrénées se lancent dans le DMP, si Rhône-Alpes soutient plus de 100 projets de MSP ou encore si la Haute-Normandie manque de dentistes.

Cette succession de niaiseries rappelle le temps où les URCAM et les ARH s’amusaient à jouer les baronnets de province, même si on peut saluer la réactivité de l’Aquitaine à avoir géré la crise sanitaire de l’escherichia coli ou la capacité d’anticipation de l’Ile-de-France sur le parcours de soins.
Ce que l’on attendait légitimement dans cette présentation vise la capacité des ARS à avoir mis en œuvre les orientations réellement stratégiques de l’Etat. Puisque, sur les 321 instructions nationales, 65 étaient « signalées » (comme on dit dans l’administration depuis Gandouin). Car, les orientations de la Loi HPST ne souffrent pas d’un manque de clarté : les ARS sont des organismes d’Etat chargés de mettre en œuvre une politique d’Etat… à la sauce régionale.

Et là, le rapport d’activité n’assume pas.

…à moins que l’Etat, au plus haut niveau, n’ait rien à dire ?

Pour l’intégralité du rapport, cliquer ici

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