La Lettre de Galilée

Quoi de neuf? Des noms !

La météorologie politique est  une science délicate …  Bien malin qui pourrait prédire aujourd’hui dans quel état la Loi HPST sortira, début juin, du vote du Sénat. Quel compromis devra être passé, dans la foulée en Commission Mixte Paritaire, entre le Palais Bourbon et le Luxembourg. Puis la portée d’une éventuelle censure du Conseil Constitutionnel lorsqu’il aura été saisi, comme c’est probable, par une Opposition requinquée.

Tel est sans doute le lot des textes législatifs trop composites : la Loi HPST était au départ un ambitieux dispositif censé répondre simultanément aux dysfonctionnements de l’hôpital comme du secteur ambulatoire, mais aussi  rénover la gestion du risque et sa gouvernance, la FMC et la permanence des soins, … en soignant de menues irritations comme la vente aux mineurs des boissons alcoolisées ou l’ouverture du capital social des SEL de biologie. Joli catalogue à la Prévert, la poésie en moins !

Ajoutez-y un zeste de folie lors du débat à l’Assemblée nationale avec des députés désinhibés qui, sans doute pour démentir cette méchante rumeur qui les traite de godillots, ont fait assaut d’imagination … un peu perverse. Prenez un Yves Bur, un Jacques Domergue, par exemple, ou encore un Jean-Luc Préel, ordinairement placides, mais tellement marris de se voir assimilés au « lobby médical », qu’ils ressentaient simultanément le besoin de s’affranchir de cette … mauvaise réputation. Et vous obtenez quelques amendements inutilement provocateurs mais authentiquement constitutifs d’un climat détonant. Ajoutez-y quelques marques d’inattention d’une ministre ravie du mauvais tour joué à des médecins qui ne l’ont jamais considérée pour autre chose qu’une « potarde »

Personne, à vrai dire, n’avait vraiment vu qu’une mèche lente venait d’être allumée au bout de cet OLMI (Objet législatif mal identifié) ; et comme le chemin était décidément trop long entre les deux Palais délibératifs de la République, les oppositions ont eu tout le temps de s’organiser. Pour atteindre ce paroxysme surréaliste du 28 avril avec, sur le pavé de Paris, un Bernard Debré (UMP) et un Jean-Marie Le Guen (PS) au coude à coude, sinon bras dessus, bras dessous … Ne manquait à la photo qu’un Patrick Pelloux, … sans doute de garde ! Toujours est-il que cette manif a sonné comme le signal du repli gouvernemental, organisé, sur ordre suprême venu de l’Élysée. On en est là à ce jour avec des perspectives moroses pour la gouvernance hospitalières qui va donc se perdre dans les sables mouvants d’une cogestion théorique entre pouvoir administratif et médical, pour l’accessibilité, géographique et sociale, à des soins d’égale qualité, pour la lisibilité et partant, l’efficacité du pilotage décentralisé du dispositif par les futures ARS (Agences régionales de santé) …  Les dégâts ne sont pas mineurs mais enfin on a appris, et singulièrement avec les Ordonnances Juppé, que les textes ne valent que pour ce que les hommes sont, sur le terrain, disposés à en faire.

Les hommes justement. De ce point de vue, la réforme des ressources humaines avance plus rapidement que le ravalement législatif. Une dizaine de noms émergent aujourd’hui de la « short list » de 60 évoquée par un membre du Secrétariat Général du ministère. Sans parler de quotas, on sait qu’un savant dosage réserve une place équilibrée aux différents corps « éligibles ». Ainsi dans les rangs des actuels ARH, trouve-t-on les noms de MM. Deroubaix (actuel ARH du Nord-Pas de Calais), favori pour PACA ou Alain Corvez (actuel ARH de Languedoc-Roussillon), tous deux issus de la cellule mise en place par M. Bertrand, mais également Jean-Yves Grall (actuel ARH de Lorraine) ou encore Patrice Legrand (son homologue du Centre).

Du côté de l’assurance maladie, les noms les plus souvent avancés sont ceux de Jean-Marc Aubert, actuel directeur de cabinet de M. Van Roekeghem à l’UNCAM, de Pierre-Jean Lancry, Directeur Santé de la MSA, de Patrice Négaret, directeur de la CPAM du Mans (Sarthes) ou de François-Emmanuel Blanc (son homologue marseillais). Le nom de Denis Piveteau fait partie des rumeurs plus « spéculatives » mais peut être porté dans un quinté …

Aucune rumeur ne précède le peloton des candidats issus de la « Préfectorale », qu’on assimilera ici à … la Grande Muette. En revanche, celui des personnalités issues de la « société civile » déborde sur une sorte de « prime à la gauche » matérialisée par deux noms, celui de Claude Évin, ancien ministre et  celui de Gilles Johanet, ancien directeur de la CNAMTS « passé au privé » … Si le sort du premier se joue dans le bureau de Nicolas Sarkozy (les deux hommes auraient noué une certaine complicité sur les bancs de l’Assemblée quand ils n’étaient que des « jeunes loups »), celui du second est plus hypothétique. Enfin deux anciens DARH, Benoit Péricart (aujourd’hui directeur des activités Santé de KPMG) et Loïc Geoffroy (actuellement enseignant à Lyon) seraient également « nominés » …

Du beau monde en vérité, où l’on sent à la fois la patte de Jean-Marie Bertrand et Jean-Martin Folz (ex-Président de Peugeot) qui a beaucoup participé à la sélection mais aussi bien d’un Raymond Soubie, conseiller social de l’Élysée (également proche de François Fillon) par qui transitera l’arrêté de nomination. Mais enfin, on peut aussi se dire qu’avec un recrutement pareil, la réforme a encore quelques chances d’être mise sur « les bons rails ».

À propos de Jean-Pol Durand et Rémy Fromentin

Depuis 2007, chaque mardi, Jean-Pol Durand, ancien rédacteur en chef du Quotidien du Médecin, Impact-Médecin Quotidien, Filières & Réseaux, et Rémy Fromentin, ancien haut responsable de l’assurance maladie, ont partagé leur vision sur l’actualité de la santé en France autour d’une lettre commune.
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