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Quand tout le monde s’emmêle

Éditorial de la 307

Léditorial de Richard Horton, le rédacteur en chef de la prestigieuse revue The Lancet, publié le 11 avril dernier, fait vraiment très mal. Pour lui, "une grande partie de la littérature scientifique, peut-être la moitié, est tout simplement fausse. Contenant des études avec de petits échantillons, aux effets minimes, aux analyses exploratoires invalides, et avec des conflits d'intérêts évidents, avec l'obsession de suivre des tendances à la mode d'importance douteuse, la science a pris un virage vers l'obscurantisme." Plus loin, il s'en prend aux chercheurs qui "sculptent leurs données pour les adapter aux théories les plus à la mode dans le monde", "polluant" ainsi la littérature, au sein de "journaux complaisants"avec des résultats largement biaisés. Un sérieux coup de pied dans la fourmilière de la recherche scientifique...

En France, pour revenir aux sujets qui fâchent, également, les médecins rouspètent toujours... En cause : la publication d'une circulaire prévoyant l'ouverture de la Classification commune des actes médicaux (CCAM) aux sages-femmes. Le Syndicat des médecins libéraux (SML) et l'Union nationale des médecins spécialistes confédérés (Umespe-CSMF) crient au loup en déplorant la brèche ouverte par la loi de santé prévoyant la "banalisation des transferts des tâches". La fameuse circulaire rappelle que la profession de sage-femme est inscrite dans le code de la santé publique "en tant que profession médicale, comme les médecins et les chirurgiens-dentistes" et qu'à ce titre les sages-femmes relèvent de l’autorité fonctionnelle des chefs de pôle et non de la hiérarchie paramédicale. Elle prévoit également de renforcer leur représentativité au sein des commissions médicales d’établissement (CME). De leur côté, les sages-femmes, en grève depuis six mois, déplorent une circulaire "vide de substance", simple "rappel" de la circulaire Couty de 2002. L’Ordre des sages-femmes reste quant à lui dubitatif sur "la mise en œuvre effective des mesures énoncées".

Deuxième sujet d'agacement des médecins : les élections professionnelles et la suppression du deuxième collège électoral. Les élections des Unions régionales des professionnels de santé (URPS) médecins ont été fixées au 12 octobre mais MG France et l'Union française pour une médecine libre (UFML) jugent que ce calendrier "télescope celui du vote de la loi de Santé prévu en septembre" et que "dans le contexte d'opposition des professionnels à la loi de Santé, cette proximité ne peut que perturber les échanges et les débats nécessaires". Dénonçant "l'utilisation de ce calendrier comme un pare-feu pour protéger la loi de modernisation du système de santé", ils demandent le report en 2016. Autre sujet, la suppression du deuxième collège électoral qui contribue à "faire disparaître la représentativité" et une capacité "de nuisance"...

La note qui fâche. Dernier sujet de mécontentement, cette fois-ci pour le Ministère de la Santé. Le Trésor a publié une note proposant de réformer en profondeur le système de prise en charge des affections de longue durée (ALD), au coût exponentiel, renouant ainsi avec l’idée du "bouclier sanitaire" de Martin Hirsch en 2007. Raoul Briet et Bertrand Fragonard dans un rapport rendu en septembre 2007 avaient alors suggéré de moduler cette prise en charge sur le modèle du fameux "bouclier fiscal" de Sarkozy. L’idée n'avait pas été suivie.
Les auteurs de la note du Trésor veulent supprimer la prise en charge à 100 % des dépenses de soins liées aux ALD (environ 10 millions de personnes en France pour une dépense pour l’Assurance Maladie de 90 Mds) en plafonnant le reste à charge annuel pour tous les assurés sociaux. Exit le ticket modérateur pour les malades de pathologies graves ou longues. Un cap radical basé sur un système de franchise, chiffré à 570 euro, au-delà duquel l’Assurance Maladie prendrait le relais à 100%... Accueillie fraîchement par le Ministère de la santé, le débat n’est tout simplement pas à l’ordre du jour…
Une note qui tombe bien mal au moment où le Gouvernement vient de présenter son programme de stabilité pour 2015-2018 : 5 Mds d’efforts supplémentaires sont attendus dont 2,2 Mds sur les dépenses sociales. Ce qui signifie une progression de l'Ondam pour 2016 et 2017 maîtrisée à 1,75 % (au lieu des 2 % votés en loi de programmation des finances publiques). Un tour de vis historique qui risque de faire mal…

VF

Crédits photos : Guy Castellano

À propos de Vincent Fromentin

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