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La Lettre de Galilée

[Prospective] Cols blancs, cols bleus et Colbert : quel avenir pour notre santé ?

Le 12 septembre dernier, le Gouvernement a annoncé ses "34 plans de reconquête pour dessiner la France industrielle de demain". Gageons que cela ne reste pas seulement une esquisse.

Comme le titrait d'emblée Le Monde, "François Hollande réinvente le colbertisme" et l'assume (cf. la vidéo ci-dessous). Parmi ces 34 priorités, rédigées avec l'appui du cabinet de conseil McKinsey, quelques unes concernent la santé : les biotechnologies médicales, l'hôpital numérique ou encore les dispositifs médicaux et les nouveaux équipements de santé. De quoi séduire en tous cas les industries du numérique. Quelque peu surpris par la concision des plans proposés (quelques lignes lapidaires plantent le décor), on nous assure que c'est sciemment : certains plans n'aboutiront pas; tout reste à imaginer. Le tout est de "susciter l'investissement privé".

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"La France se relève, la France se réinvente"

Déjà, le 19 août 2013, le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) - nouvelle appellation du Centre d'Analyse Stratégique (CAS)- avait à la demande de François Hollande réfléchit sur les tendances pour les 10 ans à venir. Autour de 3 thèmes majeurs ("mondialisation", "égalité", "progrès"), le CGSP compte rendre un rapport fin 2013 afin, entre autre, de "réinventer le modèle social". Quelques pistes donc pour concrétiser ces plans de reconquête industrielle ?

Il s'agit, selon les mots de Jean Pisany-Ferry à la tête du CGSP, d'un premier document de cadrage permettant d'élaborer différents scénarios prospectifs, autour d'un "débat" -porté en région- valorisant la "multiplicité des points de vue", permettant de réfléchir sur l'évolution de nos modèles (productif, social, économique, républicain, européen). "Notre société a depuis plusieurs années une vision brouillée de son avenir. C’est un handicap, car l’absence d’une perspective commune dans laquelle nos concitoyens se reconnaissent et puissent se projeter affaiblit le collectif et favorise les comportements de chacun-pour-soi. C’est aussi une source d’interrogations pour nos partenaires et les observateurs internationaux qui ne comprennent plus bien à quoi notre pays aspire et ne discernent plus quels moyens il se donne pour atteindre ses objectifs. (...) Réfléchir à ce que nous voulons être dans dix ans, en débattre, fixer sur cette base des orientations, et engager les actions correspondantes peut aider à remobiliser un pays aujourd’hui désorienté."

Ces projets vont révolutionner nos modes de vie, nos moyens de transports, nos façons de nous soigner.

Arnaud Montebourg

Il s'agit donc de redonner confiance aux Français, de leur proposer une vision de l'avenir. Quelques lignes entre lesquelles il faut imaginer l'avenir de la France et notre santé de demain.

Se réinventer ou dire à nouveau ?

Dans un contexte économique aussi contraint, exacerbant les inégalités de santé, une grande place doit être accordée à l'innovation. Le 26 septembre prochain, le CGSP réunit quelques think tanks (Attac, Terra Nova, Fondation Robert Schuman, Fondation Jean Jaurès, Institut Montaigne, etc.) pour réfléchir sur cette France dans 10 ans.

Lire : Économie de la santé : des solutions qui restent prudentes et ambiguës

Mais ces ateliers de prospective rappellent en leurs temps les travaux réalisés par la DATAR dans les années 2000 pour imaginer la France et ses territoires en 2020, 2030 et 2040. Ainsi, dès 2001, Emmanuel Vigneron, Alain Corvez et Roland Sambuc établissaient 7 défis à relever pour l'horizon 2020 :

  • la régulation du système de santé,
  • les nouvelles technologies de l'information et de la communication,
  • l'offre de soins (évolution des métiers et des compétences, concurrences, déséquilibres et prévention sur les territoires),
  • la qualité et les systèmes d'évaluation des systèmes de santé,
  • l'expression de la "démocratie sanitaire" (demande sociale, appropriation par le patient, formes et lieux d'éducation sanitaire)
  • la recomposition des territoires (pertinence et cohérence des territoires),
  • l'activité santé et le développement économique des territoires.

A l'époque de la célèbre "fracture sociale", s'ajoute pour ces géographes de la santé une "fracture spatiale" participant d'un "renouveau du débat de philosophie politique autour des principes fondamentaux de Liberté, d'Égalité, de Fraternité (...) et particulièrement autour de l'égalité qui se pose aussi en termes d'égalité territoriale d'accès aux services publics." Face aux difficultés de financement et de régulation, les questions éthiques et républicaines sont déjà évoquées.

Lire notre dossier : Désertification et accès aux soins : enjeux et contre-vérités

"Mondialisation", "Égalité", "Progrès" sur nos territoires semblent un socle de réflexion éthique assez ancien voire rabâché. Maurice Blanchot dans l'Entretien Infini ne disait-il pas : "Ce qu'il importe, ce n'est pas de dire, c'est de redire et dans cette redite, de dire  chaque fois encore une première fois" ?

L'avenir est numérique

En 2011, le Centre d'Analyse Stratégique avait produit également un document de prospective sur les scénarios de croissance d'ici à 2030. Reprenant d'ailleurs l'une des priorités de la Commission Attali pour "libérer la croissance" en privilégiant les "investissements d'avenir", l'un des axes mis en avant dans un contexte de crise est le pari du numérique et des NTIC. "Dans le domaine de la santé, le développement du numérique peut permettre non seulement d’améliorer la qualité des soins à l’hôpital, au domicile ou en télédiagnostic, mais aussi de réduire les dépenses correspondantes. Dans d’autres secteurs, notamment celui des services, les technologies numériques offrent la possibilité d’associer les consommateurs à la production des services proposés par les entreprises. (p.63)"


Face à l'espoir quelque peu déçu du lancement d'une grande stratégie nationale de santé, beaucoup d'espoir se fonde dans ces plans. Ces ateliers de réflexion et de prospective stratégique permettent d'identifier les signaux faibles engageant les innovations d'avenir. Néanmoins, la tentation colbertiste est grande : l'État ne doit pas réfléchir à la place des innovateurs et des industriels.

Ne pas tenter de gérer l’innovation, aucun gouvernement n’a jamais réussi à le faire car l’innovation est fondamentalement spontanée. Tenter de la gérer revient à la paralyser.

Dr. Dominique Dupagne

On est quand même rassuré quand on lit les 40 pages proposées pour les 34 plans...

Lire notre article : "Numérique & Santé : le baron perché"

Pour être plus à la mode en citant Jeremy Rifkin plutôt que Maurice Blanchot, dans "Une nouvelle conscience pour un monde en crise",  le très courtisé philosophe et économiste américain, nous explique qu'il faut espérer que ces sempiternelles ratiocinations de think tanks et groupes de prospectives préparent ce changement de paradigme tant attendu. Échouant à proposer un avenir à cause de nos structures mentales collectives désuètes et dépassées, il faut espérer une "troisième révolution industrielle" : "peut-être approchons-nous d'un tel moment aujourd'hui. La troisième révolution industrielle et la nouvelle ère du capitalisme distribué nous permettent de sculpter une nouvelle forme de mondialisation, en mettant l'accent, cette fois, sur la continentalisation par le bas. (p.576)". Prédisant la mort de la géopolitique reposant sur "le postulat que l'environnement est un champ de bataille géant, une guerre de tous contre tous", Rifkin poursuit : "les nouveaux processus de continentalisation et de mondialisation par le bas nous permettent d'achever de connecter l'humanité et rendent possible d'étendre la sensibilité empathique à l'ensemble de notre espèce ainsi qu'aux nombreuses autres espèces qui font la vie de la planète. (...) Il faudrait profiter de cette période pour repenser la logique traditionnelle qui nous a conduits dans ce dangereux cul-de-sac de l'histoire de l'humanité, et pour préparer un récit nouveau et puissant à l'intention des générations suivantes, car c'est à elles qu'incombera l'immense responsabilité de guérir la Terre et de crée une planète durable. (pp.577-578)"

On comprend, en lisant à travers les quelques lignes des 34 plans industriels, comment se dessine la France et l'industrie de santé de demain. Et on n'a pas fini d'entendre les think tanks dans le rôle des pythonisses antiques...

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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