Poudre et mèche courte

Éditorial de la 290

Claironnée par la presse, l'embellie économique annoncée par l'INSEE pour 2015 au grand dam des déclinologues patentés qui auront fini par donner le bourdon aux Français, donne du baume au cœur au président qui remonte de deux points dans les sondages. De là, pour certains, à imaginer que François Hollande se met en piste pour 2017... Comme le lui fait dire Anne Roumanoff dans Le Journal du Dimanche du 21 décembre : "ma nouvelle stratégie : Macron au charbon, Valls aux commandes et moi en voyage".

L'année qui vient de s'écouler, au-delà des gesticulations politiques qui n'auront eu d'autres conséquences que de détourner un peu plus les citoyens de leurs élus (et de l'idée chère à Victor Hugo que "les bulletins de vote en démocratie se sont substitués à la poudre des fusils") aura eu au moins le mérite des mises à plat et des thérapies de choc sur la plupart des dossiers.
En vérité, avec un peu de recul, la question dominante tourne autour du rôle de l'Etat. C'est l'historien Georges Duby qui évoquait avec justesse les phénomènes de "balancier" des relations sociales. En tant de crise disait-il, "la famille est le premier refuge où l'individu menacé vient se mettre à l'abri pendant les défaillances de l'Etat. Mais dès que les institutions politiques lui permettent des garanties suffisantes, il esquive la contrainte familiale..."

Sur le dossier de la décentralisation, l’État aurait placé son fléau (le fléau de la balance, s'entend) un peu trop du côté des édiles. La Cour de comptes dans un rapport rendu public le 14 octobre dernier, en est venue à stigmatiser la gestion des collectivités locales.
Il est vrai qu'avec 37 000 communes, 100 départements et 26 régions, l'aménagement du territoire ressemble davantage à une somme de petits arrangements de clochers qu'à une politique cohérente. Les préfets, démunis de prérogatives en matière d'urbanisation depuis 1982, réclament un peu plus d'interventionnisme, car ce sont vers eux que se dirigent les tracteurs et les tombereaux de fumier quand les citoyens sont en colère. Les inondations de l'automne dans le sud de la France et la condamnation du maire de la Faute-sur-Mer plaident en faveur d'un retour de l’État garant de la sécurité de la population.

Il en va tout autrement de la protection sociale.
Par touches successives, l'Etat a mis le grappin dessus. Feu Marc Blondel, l'ancien pape de FO, ne faisait pas preuve d'un trotskisme échevelé lorsqu'il parlait de "rapt de la sécurité sociale" à l'annonce du plan Juppé en 1995. La thèse du "salaire différé" a fait long feu et l’État a dédaigneusement envoyé le syndicalisme gestionnaire dans les oubliettes.
Pour autant, depuis près de 20 ans, l'Etat (et la représentation nationale) n'a pas fait la preuve de son efficacité puisque le dérapage des dépenses d'assurance maladie (devenues publiques donc) est constant. L'embellie des comptes ces deux dernières années, à en croire l'analyse de la rédaction du journal Les Echos, ne serait due qu'à la conjoncture économique.
L'impéritie des pouvoirs publics n'empêche pas les grands corps de contrôle de l’État de continuer à faire grossir le Minotaure. En y regardant bien, le rapport de la Cour des comptes sur les déficits annoncés des caisses de retraites complémentaires ARRCO-AGIRC fait partie de ces tentatives d'intox sur le bien public. "De quoi je me mêle" auraient répondu moins poliment les présidents de ces deux institutions dans leur communiqué.
Idem pour le rapport conjoint de l'IGAS et de l'IGF de septembre 2013 rendu public seulement le 15 décembre dernier. Que cherchent à faire comprendre, dans leur grande sagesse, les rédacteurs du rapport ? Avec une prudence de sioux ("la mission a considéré qu’il ne lui appartenait pas d’aborder le sujet de la partition de l’assurance maladie entre AMO et AMC, pas plus que de remettre en question les droits à prestations actuels ou de juger de l’existence même de régimes distincts d’assurance‐ maladie"), la mission en vient à dire qu'il y a trop d'opérateurs, aussi bien du côté obligatoire que complémentaire, et laisse conclure le lecteur lui-même qu'une uniformisation serait la bienvenue.

Le projet de loi de santé participe de cette étatisation rampante dont parle avec colère Jean-Paul Ortiz, le président de la CSMF. : "La loi de santé orchestre l’étatisation du système de soins et place les médecins libéraux sous la double tutelle des ARS et des hôpitaux" dit-il, pugnace.
Comme le rappelait il y a quelques jours Le Quotidien du Médecin, la consigne de fermeture des cabinets à partir de demain entraîne, il fallait s'y attendre, l'appel à la grève des urgentistes à partir d'aujourd'hui.

Le projet de loi de Marisol Touraine est une poudrière. La mèche allumée par MG-France et la CSMF risque d'être un peu courte car le débat parlementaire n'est prévu qu'en avril. L'explosion viendra trop tôt.
Et d'ici là, François Hollande, porté par des indicateurs à la hausse, risque de procrastiner.

L'équipe de La Lettre de Galilée souhaite à tous ses lecteurs de bonnes fêtes de fin d'année et leur donne rendez-vous à l'an neuf.

À propos de Remy Fromentin

Cofondateur de La Lettre de Galilée en 2007, il a mené une carrière de dirigeant au sein de l'Assurance maladie jusqu'en 2002. Il est depuis cette date consultant international. Voir tous ses articles.
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