Politique

Quand les Qataris investissent dans les déserts… médicaux !

En ces temps houleux d’élections municipales, on aurait pensé que les maires et les candidats en lice se seraient saisis des enjeux de la désertification médicale sur leurs territoires. Les maisons médicales représentent souvent une solution commode pour se faire réélire : en promettant le médecin ou l’infirmière, on achète la paix sociale et l’électeur. Certaines communes n’ont d’ailleurs pas hésité à salarier leurs professionnels de santé. Lors de la visite de François Hollande, l’émir du Qatar avait promis d’investir 10 milliards d’euro dans des « institutions françaises majeures« . Sans plus de précisions. Mais on ne pensait pas que cet investissement concernerait à hauteur de près de 2,5 milliards d’euro la Stratégie Nationale de Santé ! Lire notre article : la révolution du premier recours Du désert saoudien au désert jurassien La (suite…)

La Cour… toujours

Le roboratif rapport annuel de la Cour des Comptes fait le point sur les suites données à ses contrôles. Le Gouvernement n’est pas le plus mauvais élève. Mais on ne sait rien sur les communes. Élections obligent.

La Lettre de Galilée

Une remise d’Oscars à l’envers pour la Cour des Comptes

La publication du rapport de la Cour des Comptes est toujours un événement. Entre les primés de la mauvaise gestion et les nominés du laxisme, la Cour mériterait une remise de prix largement diffusée sur les chaînes de télévision publiques, avec smokings et nœuds pap’, magistrats en robe et hermine, gardes républicains en tenue d’apparat.
Une remise d’Oscars à l’envers en quelque sorte avec une distribution de bonnets d’âne.
« Le prix de la gestion la plus désordonnée est attribué à… la CIPAV (caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance vieillesse des professions libérales) ».
« Le prix du meilleur fiasco financier est attribué à… la coopération franco-britannique en matière de porte-avions ».
« Le prix de la débrouille est décerné… aux 800 000 personnes qui voyagent à l’œil à la SNCF. »
Et ainsi de suite, car les 1 500 pages du rapport regorgent de données qui auraient certainement fait le bonheur de Jean-Pierre Pernaut il y a quelques années dans une émission nunuche, « Combien ça coûte ? », malheureusement susceptible de réapparaître sur la chaîne de Bouygues pour le grand bonheur du contribuable moyen.

Le plus succulent sous embargo

Si l’accès public aux contrôles et avis intégraux de la Cour est une exigence démocratique, la vulgarisation par les médias est à prendre avec des pincettes. Le Monde en a fait une présentation plutôt intelligente avec cette tentation cependant (comme nous l’avons fait ci-dessus) de ne retenir que les sujets les plus friands. Idem pour Libération. Mais Le Point fait sa manchette sur le privilège des cheminots et BFMTV fait la même chose, alors que, tout bien pesé, la SNCF n’est pas sur le podium des plus nuls mais dans la catégorie des élèves à surveiller.
C’est là tout le danger. Chaque média puise dans les rayons des comptes publics ce qui correspond à son lectorat au risque de shunter l’essentiel, parler de la fuite du lavabo alors que le pays est inondé.

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Limogeage de Christophe Jacquinet : précisions

Nous publions ci-dessous le texte de M. Jacquinet reçu sur notre site à la suite de notre article de la semaine dernière ainsi que quelques liens utiles sur les interviews accordées à nos confrères. Lire : ARS Rhône-Alpes : les dessous d'un limogeage « Bonjour à toute votre équipe. Difficile d’être juge et partie, quand aux réactions sur mon départ. On vient de m’adresser votre papier à ce sujet. Je vous écris parce que je souhaite vous remercier d’avoir relevé que quelque soit mon parcours de formation (avant ma formation à Sciences-Po puis à Dauphine, j’ai fait médecine, je crois connaitre les professionnels de santé)ou mon parcours professionnel dans le secteur privé lucratif et aussi non lucratif, j’ai tout tenté pour faire valoir la nécessité absolue – de mon point de (suite…)

Démocratie sanitaire : trompe-l’œil, coup d’État ou usine à gaz ?

Le rapport de Claire Compagnon fait un état des lieux exhaustif et objectif de la participation des patients au système de santé. Mais ses recommandations, quand elles ne hérissent pas, sont quand même de tous les dangers.

La connotation très révolutionnaire du rapport que vient de remettre Claire Compagnon à Marisol Touraine sur « la démocratie sanitaire » n’est pas un hasard. Pourquoi en effet avoir choisi le terme « an II » plutôt que « acte II » pour cet imposant codicille aux fondamentaux kouchnériens de 2002 ?
Pour répondre poliment à Marisol Touraine peut-être ? Car le site du ministère précise que « La mission confiée à Claire Compagnon incarne la volonté de refondation (…) au coeur de la stratégie nationale de santé ». « Refonder » veut dire « changer les fondements ». Allons ! On ne touche pas aux textes sacrés, la loi du 4 mars 2002 a été sanctuarisée aussi bien par la gauche que par la droite.
Autre hypothèse pour son auteure : profiter d’une opportunité pour frapper fort sur la forme faute d’être entendue sur le fond, convaincue que, le plus souvent, les rapports ne servent à rien. Comme le remarque Eric Favereau dans Libération « La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a pris une drôle d’habitude : elle commande des rapports à d’éminentes personnalités. Ces dernières les lui rendent, et ensuite… Il ne se passe rien. Vendredi dernier, rebelote. » En réalité, cette habitude n’est pas propre à la ministre actuelle. L’appel à des stars s’est institutionnalisé alors que la Cour des Comptes et l’IGAS sont faites pour ça. Et tous les auteurs réclament l’intégralité et l’immédiateté de la mise en place de leurs recommandations.

La Lettre de Galilée
Dans la lettre de mission, Touraine parle de « prolongement de la mission Couty ». Cela tombe bien car on ne peut pas dire que le rapport de l’ancien directeur de l’organisation des soins ait laissé un souvenir inaltérable.

Le clin d’œil à la Terreur de 1793 est sûrement maladroit mais la relance de cette véritable « révolution copernicienne » (expression de Dominique Thouvenin que reprend l’auteure pour évoquer la révolution des patients) apparaît dans le rapport comme une impérieuse nécessité. La démocratie sanitaire aurait eu sa prise de la Bastille, il lui manquerait un An II. Faudra-t-il couper des têtes ? Non, il y a belle lurette qu’elles sont déjà tombées.
Explications.

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ARS Rhône-Alpes : les dessous d’un limogeage

Le licenciement de Christophe Jacquinet, DG de la deuxième plus grosse ARS de France, déclenche quelques réactions épidermiques mais révèle surtout l’ambiguïté du rôle des ARS. Laconique, le communiqué du Ministère diffusé à l’issue du conseil des ministres laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. La lecture des réactions dans la presse laisse perplexe tant il est vrai que le silence, dans ce genre de situation, n’est jamais bon. En fait, le pouvoir local se trahit tout seul. Le directeur de l’ARS serait devenu indésirable aux yeux des édiles régionaux. Mais alors, dans un montage étatique pyramidal dans lequel les directeurs d’ARS sont « sur un siège éjectable chaque mercredi au conseil des ministres » (pour reprendre l’expression souvent entendue par les intéressés), se pose la question de l’indépendance (suite…)

La santé s’invite dans les municipales parisiennes

La course aux municipales parisiennes a porté un débat discret mais essentiel : la santé des Parisiens. Le territoire de santé de Paris, regroupant un peu plus de 2,2 millions d’habitants, est marqué par de fortes disparités entre les différents arrondissements, des indicateurs de santé parfois alarmants et, contrairement au reste du territoire national, une baisse des effectifs de médecins généralistes (-0,43% par an). Sur les 6 candidats déclarés, quelle est la place de la santé dans leur projet ? Bien loin de l’image que l’on pourrait se faire de la capitale, les media rappellent souvent la réalité de la santé des Parisiens et quelques gros titres rappellent l’avancée de la désertification dans la région parisienne. Le 29 janvier dernier, l’Agence Régionale de Santé, présentant une étude universitaire prospective, rappelait (suite…)

Le testament de Chassang

Avant de passer le relais à son successeur, Michel Chassang a fait adopter un pensum confédéral en faveur d’ « une médecine libérale et sociale ». Peaux de bananes pour le successeur ou pensées visionnaires ? Décorticage.

Michel Chassang, pape de la CSMF depuis 12 ans, tire sa révérence après avoir fait adopter «un projet confédéral» dont les 5 principes directeurs – comme le souligne la première ligne du préambule – «guide(nt) l’action de la CSMF pour les prochaines années».
Drôle de façon de partir. Rester sans être là. Faut-il voir dans ce texte canonique une mission apostolique destinée aux brebis égarées, une sorte de table de la Loi qu’un souffle divin venu de quelque ayatollah en retraite viendrait rappeler aux turbulents ?

Car, pour respectables (et souvent intéressantes) que fussent certaines propositions du plus vieux syndicat de médecins français, d’autres n’en demeurent pas moins rétrogrades et parfois déconcertantes. Comme si une main gauche archaïque avait corrigé une main droite entreprenante.
Au moment où Le Quotidien du Médecin du 16 janvier 2014 fait de sa «une» le résultat d’un sondage réalisé par l’IFOP pour le compte du quotidien sur le sentiment de «déclassement» d’une médecine libérale s’estimant «socialement dévalorisée», les contradictions de la CSMF méritent qu’on s’y arrête. Lire la suite…

La patiente ascension de la médico-économie

Le non renouvellement de Lise Rochaix à la tête de la Commission d’Évaluation Économique et de Santé Publique de la HAS en émeut plus d’un. Faut-il craindre un retour en arrière ?

Quand la HAS s’est mise en place en 2005, on ne donnait pas cher de l’avenir d’une discipline considérée comme celle de l’erreur. Dans ce temple de la médecine triomphante et au moment où commençait l’agonie de Lehmann Brother, n’entendait-on pas des ricanements étouffés sur la capacité naturelle des économistes à… ne rien prévoir.

Il est vrai que, déjà à l’ANDEM (agence nationale pour le développement de l’évaluation médicale) puis à l’ANAES (agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé), nées à l’ère précambienne de l’évaluation médicale dans les dernières décennies du millénaire dernier, un volet économique pouvait accompagner les recommandations médicales de la toute jeune Autorité. Mais c’était encore du bricolage.

De l’individuel au collectif

Dès 2006, sous la houlette de Lise Rochaix, dont la constance n’avait d’égal qu’un sourire à toute épreuve, fut introduite une dimension collective dans les travaux de la Haute Autorité. Car après tout, si la mesure du bénéfice médical individuel restait le fonds de commerce de la HAS, fallait-il savoir aussi si tel produit, tel acte ou tel service avaient un bénéfice pour la société tout entière.
On introduisit alors dans une commission ad-hoc des économistes, des géographes, des sociologues et même – diantre ! – des philosophes.
Et chemin faisant, après 22 réunions mensuelles, le contour de ce que seront quelques années plus tard les méthodes de travail de la commission d’évaluation économique et de santé publique actuelle, a été définitivement tracé.

Était-ce une lubie française ? Un hochet confié à l’une des seules femmes de la HAS pour faire bien sur la photo de famille ?

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Ménage dans les ménages

Le rapport d’une mission parlementaire dénonce le recrutement abusif de médecins intérimaires dans les hôpitaux. Ou comment tendre un bâton pour se faire battre ?

Produit par le fringant député socialiste de l’Isère, Olivier Véran, un rapport au titre accrocheur (« Hôpital cherche médecins coûte que coûte« ) a été remis au Parlement il y a deux semaines non sans provoquer quelques flèches de désapprobation, comme toujours exagérées, lancées par une presse qui aura surtout retenu le sous-titre « Essor et dérives du marché de l’emploi médical temporaire à l’hôpital public »

Où est le problème ?

Venant d’un soldat de la base arrière, on aurait pu s’attendre à l’exhumation de problématiques compliquées et de réflexions absconses comme le PS en a présentement le secret (comme le dernier rapport sur l’immigration). Mais non ! C’est moins le député socialiste que le jeune neurologue du CHU de Grenoble, établissement aujourd’hui sous les projecteurs avec l’hospitalisation de Schumacher, qui a tenu la plume. Car au fond, le rapport Véran est plutôt objectif et plein de bon sens. Du haut de ses 32 ans, le député de l’Isère puise sûrement dans son vécu hospitalier. Les solutions en revanche sont à côté de la plaque.

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Lutte contre la fraude : l’arbre et la forêt

La presse s’est déchaînée jeudi dernier sur la fraude dans l’assurance maladie.
Personne n’a parlé des autres délits et carambouilles dans le reste de la protection sociale.

Il n’y aura pas eu un seul journal bien-pensant qui ne se fît l’écho des résultats de la campagne anti-fraude menée avec poigne par l’assurance maladie depuis plusieurs mois contre les tricheurs de la sécu. Deux professions, plus que les autres, sont montrées du doigt : les infirmiers et les ambulanciers.
Pourtant, quand on y regarde de plus près, la palette est large, aussi bien à l’intérieur de l’assurance maladie qu’en comparaison d’autres administrations sociales ou fiscales.
Pourquoi les infirmiers et les ambulanciers et pas les autres ?

Le bûcheron

En réalité, le « bilan 2012 » de la « lutte contre la fraude »  n’est pas l’une des réjouissantes publications dont la CNAMTS a le secret. Son dernier rapport sur ce succulent sujet remonte à 2011 et porte sur les données 2010.
Il s’agit là d’une production de la délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF),  placée sous l’autorité du premier ministre, et par délégation, sous la houlette du ministre du budget, et chargée de coordonner toute l’activité de répression des fraudes fiscales, sociales et du travail illégal. Il y a donc, autour de cet organisme ignoré du public toutes les administrations de l’Etat, censées, tronçonneuse en mains, marcher en formation commando dans le maquis de la magouille. Et le rapport de la belle inconnue, remis en pâture aux journalistes la semaine dernière, n’oublie aucun secteur.

Pourtant, le seul bruit de hache entendu jeudi 31 octobre sur toutes les radios et télévisions ne concernait que l’assurance maladie et ses 150 millions de prestations indûment versées et récupérées fissa par les caisses primaires. Alors que la DNLF était supposée voler la vedette à la CNAMTS depuis qu’un décret de 2008 lui a confié la coordination, c’est encore à l’assurance maladie que la presse a réservé son inébranlable attachement.
Connaissez-vous un certain Benoît Parlos, général en chef de cette délégation d’élite ? Non. En revanche, le docteur Pierre Fender, directeur de la répression des fraudes à la CNAMTS et accessoirement patron par intérim du service médical de la sécu, était sur TF1 au JT de 20 heures jeudi soir.

L’arbre…

Le mystère s’épaissit à la lecture des résultats car toute la Lire la suite…

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