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“PMA pour toutes” : l’épineuse question que tranchera Macron

Éditorial de la 413ème

Pour sa 40ème édition, l'État a décidé de soutenir la GayPride parisienne samedi 24 juin dernier. "C'est la première fois que l'Etat soutient officiellement la marche" peut-on lire sur le site du Gouvernement. Deux ministres avaient fait le déplacement : Mounir Mahjoubi (Numérique) et Marlène Schiappa (Egalité femmes-hommes). Et un slogan unique : "La PMA pour toutes, sans condition ni restriction, c’est maintenant".

 

Il y a quarante ans, les associations réclamaient un "droit à la différence"; aujourd'hui, il s'agit d'une "égalité de traitement". Pour Alexandre Urwicz, président de l’association des familles homoparentales (ADFH), interrogé par Le Monde, "la PMA n’est pas un traitement qui guérit la stérilité, mais un accès à des techniques médicales qui permettent d’avoir des enfants. Pourquoi la réserver aux couples hétérosexuels ?"

Le sujet de l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux personnes autres qu'hétérosexuelles, promise par François Hollande durant la campagne de 2012, a finalement été évité puis écarté par le quinquennat précédent, déjà fortement plombé par l'épisode du mariage pour tous, instauré le 17 mai 2013.

Le 16 avril dernier, Emmanuel Macron s'était engagé au travers d'une lettre ouverte à "ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires alors que seuls les couples hétérosexuels y ont accès aujourd'hui. Afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé. J’attendrais que le Comité national d’éthique ait rendu son avis prévu pour a fin du printemps 2017 pour pouvoir construire un consensus le plus large possible. Cette question importante mérite un débat serein, préservé des insultes et des attaques qui blessent les couples de même sexe et leur famille."

Aujourd'hui-même, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu, sans surprise, un avis (initialement annoncé pour l'automne 2013...) favorable à l'ouverture de la PMA pour toutes. Un Comité, simplement consultatif, et directement nommé par le Président de la République et le Gouvernement. En 2013, toutes les personnalités religieuses avait été écartées, sans concertation, remplacées par des laïcs. À l'époque, Jean Léonetti avait ironisé : "Au lieu de changer d’avis, le gouvernement préfère changer de comité d’éthique".

Et en 2016, 17 des 39 membres ont été remplacés (voir JO). Comme le notait Agnès Leclair, les sensibilités représentées sont beaucoup plus "laïques". Et on savait depuis longtemps que leur avis penchait désormais pour une ouverture de la PMA conformément aux souhaits du Président.

En 2005 pourtant, le CCNE avait déjà rendu un avis, défavorable, sur la question. Pourquoi proposer aujourd'hui un nouvel avis ? 

Jacques Testard, à l'origine du premier "bébé-éprouvette" français en 1982, qui a d'ailleurs poussé François Mitterand à créer le CCNE, s'interroge sur la "fabrique du consensus bioéthique" : et si la centaine d'avis du CCNE servait à habituer progressivement les gens à la transgression en proposant des avis un peu moins permissifs que les positions tenues par les militants les plus revendicatifs ? Jusqu'à la fois d'après...

"Ce qui peut expliquer l’évolution éthiquement synchrone des diverses structures appelées à se prononcer sur ces sujets, c’est l’étonnante redondance des "personnes-ressources"dans l’expertise. Le "monde expert" pour la révision des lois de 1994 est composé d’à peine deux douzaines de personnes" dont la plupart interviennent simultanément dans les différents comités d’éthique ainsi que comme conseillers de responsables politiques ou des grands instituts de recherche.

Ainsi c’est d’abord dans les instances du pouvoir que se fabrique le consensus, le plus facilement en évinçant ou en négligeant les avis non conformes. Ce que ces instances laissent transpirer au-dehors est destiné à persuader "l’opinion publique" de l’excellence de la réflexion et à lui permettre de se préparer à y adhérer. C’est ainsi qu’on est passé de la sacralisation de l’embryon à sa réification en dix années seulement."

Déjà le 19 juin dernier, dans l'optique de la révision des lois bioéthiques en 2018, l'Académie de Médecine avait rendu un rapport favorable à l’extension de l’auto-conservation des ovocytes aux motifs non-médicaux. Toutes les femmes pourraient ainsi faire prélever leurs ovocytes et les congeler pour procréer plus tard, comme le permet déjà actuellement la législation de nombreux pays européens où s'organise parallèlement un lucratif business autour de la PMA.

Au final, comme le note le Dr.Nau sur son blog, démocratie ou pas, il apparaît que c’est bien le président de la République qui, en personne, décidera de l’issue de ce débat éthique majeur.

Crédits photos : Jeanne Menjoulet.

 

À propos de Vincent Fromentin

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