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PLFSS 2019 : adoption dans la tourmente

Éditorial de la 462ème

Dans le climat insurrectionnel qui embrase la France ces derniers jours, la rhétorique de la pédagogie se heurte à celle, irrationnelle, de la colère. Emmanuel Macron s'est imposé comme l'incarnation même du changement et s'était gardé jusqu'alors de céder comme ses prédécesseurs face à des événements de contestation. Le Gouvernement, donc, au lieu de reculer sur ses décisions, explique sa politique. L'expliquer au travers de débats participatifs permet fort commodément de ne rien changer tout en gagnant du temps. Les Français sont des veaux disait de Gaulle. Et en communiquant mieux, certainement que la pilule finira par passer. Et pour preuve, au final, les gilets jaunes ont obtenu un bel os à ronger, un "moratoire" sur les carburants...

Cette pédagogie, personne n'est dupe, instaure une dialectique où toute sortie de crise semble impossible. Surtout que la crise sociale actuelle est protéiforme. Et on a beau jeu de tenter de la comparer aux élans révolutionnaires passés, il n'empêche qu'elle surprend par son ampleur et sa spontanéité. Face aux Cerbères qui bloquent les ronds-points, la pédagogie des thuriféraires tourne en rond.

Malgré ce chaos, le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019 (PLFSS) a été adopté lundi 3 décembre. Encore un bel effort de pédagogie pour son rapporteur général, Olivier Véran. Sous les huées de députés, sur des rangs bien clairsemés de l'Assemblée nationale, la lecture définitive du PLFSS a été chahutée. Déjà fin novembre, le Sénat avait balayé le texte, estimant que de nombreux "points de désaccords" subsistaient, notamment le "quasi-gel des pensions" des retraités,  la "sous-revalorisation des prestations sociales" au détriment des bénéficiaires d'autres prestations, en particulier les familles, et, surtout, "que l'ampleur des coupes financières programmées au détriment de la sécurité sociale, ne reposant sur aucun principe clair, est de nature à compromettre son retour durable à l'équilibre ainsi que l'amortissement de la dette de la branche maladie et du Fonds de solidarité vieillesse". Car malgré l'annonce en fanfare d'un retour à l'équilibre, les comptes de la Sécu (FSV inclus), selon la Commission des affaires sociales du Sénat, seraient dans le rouge à -200 M€ au lieu des +400 M€ prévus par le Gouvernement, en raison des arbitrages sur la CSG et la CRDS.

L'adoption du PLFSS pour 2019 résoudra-t-elle le chaos social que connaît la France ? Agnès Buzyn s'est pourtant escrimée à vanter, sur BFMTV, "le plus beau système de solidarité du monde" et son RAC 0 sur les soins dentaires et les lunettes. Le montage de la vidéo est sidérant : on voit la Ministre  dans un petit médaillon défendre sa politique sur un fond d'émeutes urbaines.

Autre annonce, à l'Assemblée cette fois-ci, le dégel des 415M€ de crédits mis en réserve à destination des hôpitaux. Il s'agissait d'une demande récurrente des établissements de santé qui voyaient une partie des fonds qui leur étaient normalement alloués gelés en début d'exercice. L'occasion de jouer sur les mots en parlant d'"investissement" plutôt que d'un simple "dégel" de recettes déjà provisionnées...

 

 

Il y a certainement toujours une part de mensonge dans la pédagogie d'un communicant, creusant d'autant plus le fossé entre les élites dirigeantes et le peuple.

Une chose est sûre, néanmoins, dans le domaine de la santé, le ras-le-bol de la vague jaune légitimera davantage la politique de santé mise en place depuis Touraine. La réponse à la tourmente passera par une mainmise encore plus importante des services de l'État sur la santé. Cette rhétorique de la pédagogie devient rapidement une rhétorique de la démagogie : la course à l'égalitarisme d'une santé pour tous motivera une étatisation croissante de la santé (fixation des prix du médicament et des tarifs conventionnels, coercition des professionnels de santé renforcée, etc.). La tentation beveridgienne a toujours été forte pour l'État français; les gilets jaunes seront un prétexte tout à fait opportun pour étatiser les derniers pans de notre système de santé.

Crédits photos : Hector Milla.

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
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