Accueil / Les éditos des différentes Lettres de Galilée / Plan Priorité Prévention : le Gouvernement présente ses 25 mesures phares

Plan Priorité Prévention : le Gouvernement présente ses 25 mesures phares

Éditorial de la 445ème

La prévention a toujours été une arlésienne des politiques de santé. Ce lundi, pourtant, le Premier Ministre, Édouard Philippe, et la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ont annoncé 25 mesures-phares pour que "la prévention ne soit plus seulement un concept mais une réalité" et "qu'elle devienne centrale dans toutes les actions" afin de "préserver près de 100 000 vies par an".

Le plan présenté hier, dans les locaux de Santé publique France, première brique de la Stratégie nationale de santé, décline ainsi plusieurs mesures pour chaque période de la vie (grossesse, 1000 premiers jours, enfance, etc.) pour un investissement de 400M€ sur 5 ans.

Le temps périnatal et la petite enfance

Dès le temps périnatal, les actions de prévention reposeront sur une sensibilisation accrue des femmes enceintes au travers de messages/questionnaires de santé publique (alcool, tabac, cannabis). Mais également avec un apport recommandé en vitamine B9 (nécessaire pour le système nerveux du foetus) "au moins 4 semaines avant la conception et au moins durant les deux premiers mois de grossesse".

Les perturbateurs endocriniens sont également évoqués dans les actions à mener avec la création d'un site internet d'information grand public sur les "produits chimiques contenus dans les produits de consommation courante".

L'enfance et les jeunes

Une nouvelle version du carnet de santé et des certificats de santé de l’enfant sera diffusée en 2018 et les certificats de santé de l’enfant seront dématérialisés d’ici 2020. Une expérimentation sur 3 territoires test sera réalisée afin de "déployer progressivement des coordinations adaptées" pour "améliorer le taux de participation à la visite médicale avant six ans".

Lire : Vaccination obligatoire : ni clause d’exemption, ni sanction

Afin de réduire le surpoids et l’obésité chez les enfants, le Gouvernement souhaite se baser sur une expérimentation menée dans 4 départements (le Nord, le Pas-de-Calais, en Seine Saint Denis et à la Réunion) pour proposer la prescription, dans le cadre d’un forfait, des consultations diététiques, des bilans d'activité physique ou des consultations psychologiques, voire d'activité physique adaptée pour les patients atteints de maladies chroniques ou ayant des facteurs de risques.

Lire : Quand Big Brother surveille votre comportement

Les territoires d’outre-mer présentent un déficit de temps médical sur certaines spécialités : réanimation, anesthésie, obstétrique, néonatologie... Le plan prévoit de créer une centaine de postes d’assistants spécialistes « outre-mer ».

Dans les établissements scolaires, le Gouvernement souhaite développer la promotion de la santé en instaurant des "ambassadeurs élèves" qui auront pour mission de partager des "messages de prévention auprès des autres élèves" grâce à une mallette pédagogique regroupant différentes interventions de prévention (notamment tabac, alcool, nutrition, activité physique, environnement). Les parents auront droit également à une mallette "entièrement revue pour la rentrée scolaire 2018". Le plan prévoit également de renforcer les liens entre les consultation jeunes consommateurs (CJC) et les équipes éducatives.

Les jeunes sont aussi confrontés à des troubles sévères et irréversibles de l’audition à cause de pratiques d’écoute à risque. Les mesures prévoient de redéployer les 20 examens de santé de l’enfant entre 0 et 18 ans plutôt qu'entre 0 et 6 ans "afin de prendre en compte les problématiques spécifiques de l’enfant puis de l’adolescent".

Pour les moins de 25 ans, une carte permettra d'obtenir des préservatifs gratuitement dans le cadre d'un programme d'information et de sensibilisation sur la santé sexuelle. Cette expérimentation dans certains territoires à forte incidence d'IST ne devrait toutefois pas voir le jour avant 2019.

Le Gouvernement rappelle que les niveaux de consommation des produits psychoactifs sont préoccupants en France et globalement supérieurs à la moyenne des autres pays européens, en particulier chez les jeunes. La moitié des jeunes de 17 ans interrogés ont connu une alcoolisation ponctuelle massive au cours du mois précédent, près de 4 adolescents sur 10 ont déjà fumé du cannabis. Le plan souhaite ainsi renforcer les consultations jeunes consommateurs sur le territoire pour des adolescents en difficulté avec une consommation de substances (tabac, alcool, cannabis...) ou une pratique (écrans, jeux...). "Ce renforcement des interventions des consultations jeunes consommateurs sera soutenu financièrement par les recettes de l’amende forfaitaire pour usage simple de stupéfiant." Ah. Donc plus il y aura de consommateurs de cannabis et mieux on financera la lutte contre la dépendance. CQFD.

Lire : L’alcoolisme chez les jeunes : un phénomène préoccupant

Pour les jeunes admis aux urgences ou hospitalisés après un épisode d’alcoolisation massive, le plan propose systématiquement un accompagnement spécialisé.

Par ailleurs, le plan souhaite former 80% de la population aux gestes de premiers secours. Mais également introduire à titre expérimental une formation aux premiers secours en santé mentale.

La santé des adultes

Avec plus de 13 millions de fumeurs en France, le plan souhaite rembourser totalement le forfait d’aide au sevrage actuellement à 150€ par an et par assuré, même si le Gouvernement reconnaît que cela "implique une démarche des laboratoires".

Lire : La santé fait un tabac

Le plan gouvernement promet d'éliminer l’hépatite C d’ici 2025 en renforçant l’accessibilité aux traitements de l’hépatite C grâce à de nouveaux prescripteurs, en renforçant également le dépistage de proximité par test rapide d’orientation diagnostique (TROD) et en allant chercher grâce à des "actions innovantes" des publics prioritaires et éloignés du système de santé.

Le dépistage du cancer du col de l'utérus est renforcé grâce à 3ème programme national de dépistage : "toutes les femmes n’ayant pas réalisé de frottis dans les 3 dernières années seront invitées à le faire, avec une prise en charge à 100 % du frottis. Par ailleurs, les recommandations d’un intervalle de réalisation des frottis tous les 3 ans seront rappelées afin de réduire la fréquence des dépistages chez les femmes qui en font trop régulièrement."

Concernant le parcours vaccinal, le plan prévoit de généraliser la vaccination anti-grippale par les pharmaciens. "L’objectif du Gouvernement est d’élargir les compétences vaccinales des professionnels de santé, en concertation avec tous les acteurs, et notamment de généraliser dès 2019 la vaccination antigrippale par les pharmaciens d’officine dont les premiers résultats sont positifs".

Lire : Contre la grippe, les remèdes du Pr. Pierre Dac

Hérité de la loi santé de Touraine, le Nutri-Score fait son entrée dans la restauration collective. Mais le logo doit être adapté et ne sera déployé qu'au 1er janvier 2020. Dans la même thématique nutritionnelle, le Gouvernement compte inciter les industriels, par des mécanismes d’auto-régulation, à réduire la teneur en sel des aliments (de 10% par exemple). Idem pour les perturbateurs endocriniens : il s'agit de "susciter des engagements volontaires des industriels" pour substituer, dans les produits de consommation courante, les substances pouvant présenter des propriétés de perturbation endocrinienne, informer les consommateurs par la diffusion de messages de prévention ou par un étiquetage par exemple. Et pour relayer les messages de santé publique, le Gouvernement souhaite investir les fédérations sportives à l'occasion des grands événements sportifs.

Des voeux pieux et des belles paroles bien naïves quand même...

Les personnes en situation de handicap

Quelques mesures pour mieux prendre en compte leurs besoins : un bilan de santé annuel afin de repérer les besoins de soins courants (santé bucco-dentaire, alimentation, sédentarité, vaccinations, dépistages organisés, santé sexuelle).

Il s'agit également de "mieux prendre en compte la complexité de la prise en charge médicale des patients en situation de handicap dans les tarifs des professionnels et établissements de santé". L'accessibilité du cabinet du professionnel de santé sera mentionnée sur le site Ameli.fr.

Pour les personnes en établissement, le plan propose de développer une téléconsultation de repérage et dépistage.

La santé des plus de 65 ans

La solitude et l'isolement touchent de plus en plus de personnes âgées. Les mesures proposées s'attacheront à mieux repérer les personnes âgées isolées et fragiles à partir des registres nominatifs en cas de canicule et des outils de repérage des retraités fragilisés de la caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) au travers d'actions départementales de lutte contre l'isolement.

Lire : Grève dans les EHPAD : est ce vraiment à l’État de financer les maisons de retraite ?

Des missions de service civique seront déployées auprès des personnes âgées isolées et/ou précaires en appui aux actions portées par des équipes de bénévoles.

Un programme de prévention de 15M€ à destination des EHPAD a été prévu (notamment pour la prévention de la santé bucco-dentaire). Mais dès l'âge de départ à la retraite, le Gouvernement souhaite systématiser le bilan de santé de la CNAM et des caisses de retraite "repérer et prévenir les risques de perte d’autonomie".

Pour déployer cette batterie de mesures, le service sanitaire, fort de 48 000 futurs médecins, sages-femmes ou infirmiers, permettra dès la rentrée 2018, d'intervenir dans les collèges, les lycées et les universités, voire plus tard, dans les EHPAD, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les prisons, les structures médico-sociales, les entreprises publiques et privées...

 

Une liste à la Prévert avec quelques annonces attendues : le remboursement des substituts nicotiniques (c'était une idée de Xavier Bertrand, Ministre de la Santé en 2007) et l’annonce de la généralisation de la vaccination contre la grippe par les pharmaciens volontaires dès 2019.

L'incohérence du financement des actions du CJC/Éducation nationale par l'amende forfaitaire cannabis relevée par France Addiction : "S’il est logique de taxer un produit pour contribuer à en traiter les conséquences, il n’est pas envisageable de lier le financement d’une réponse santé à l’interpellation des usagers concernés".

L'imbroglio politique sur le vin aura eu raison de la santé publique : au final, pas un mot sur l'alcool (si ce n'est l'élargissement du pictogramme pour les femmes enceintes).

Crédits photos :

À propos de Vincent Fromentin

Blogueur santé et directeur de publication de La Lettre de Galilée. Voir tous ses articles.
Contenu non disponible.
Merci d’accepter les cookies en cliquant sur « Accepter » sur la bannière.
x

Lisez-aussi

Le match de Macron avec Bourdin et Plenel : rien de nouveau pour la santé

Éditorial de la 447ème Pas d'annonces fracassantes lors de l'interview d'Emmanuel Macron par ...

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer